Publié le 7 février 2026 15:34:00. Des chercheurs italiens explorent une nouvelle voie prometteuse dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, en se concentrant non pas sur l’élimination des plaques cérébrales, mais sur le renforcement des défenses immunitaires naturelles du cerveau.
- Une petite molécule, le Sulfavant A, a démontré en laboratoire une capacité à moduler l’activité des microglies, les cellules immunitaires du cerveau.
- Les tests précliniques suggèrent une réduction des plaques amyloïdes, une protection des neurones et une amélioration des fonctions de mémoire grâce à ce composé.
- Cette approche innovante pourrait compléter les stratégies thérapeutiques existantes et ouvrir la voie à de nouveaux traitements pour la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives.
L’Institut de Chimie Biomoléculaire du Conseil National de Recherche (Cnr-Icb) de Pozzuoli, en Italie, mène des recherches novatrices sur la maladie d’Alzheimer. L’équipe, en collaboration avec l’Université Federico II de Naples, l’Université Campus Bio-Medico de Rome et l’IRCCS Fondazione Santa Lucia, a adopté une stratégie radicalement différente de celles habituellement explorées. Au lieu de cibler directement les plaques protéiques considérées comme un marqueur de la maladie, ils se concentrent sur le renforcement des mécanismes de défense propres au cerveau.
Cette nouvelle approche repose sur le développement du Sulfavant A, un composé synthétique breveté par le Cnr. Ce composé a déjà fait l’objet d’études pour ses propriétés immunostimulantes, notamment dans le traitement de certains cancers, comme le mélanome, et dans la lutte contre des infections bactériennes.
Les résultats, publiés dans le Journal of Neuroinflammation, indiquent que le Sulfavant A agit en modulant l’activité des microglies. Ces cellules immunitaires jouent un rôle crucial dans le système nerveux central, assurant la surveillance et l’élimination des déchets cellulaires et des agrégats de protéines. Dans la maladie d’Alzheimer, l’accumulation de peptide bêta-amyloïde, qui s’agglomère en plaques, est un facteur clé de neurotoxicité et de perte neuronale.
Les tests précliniques ont révélé que le traitement par Sulfavant A a permis de réduire la formation de ces plaques et de protéger les neurones, entraînant ainsi une amélioration des fonctions de mémoire. Angelo Fontana, directeur du Cnr-Icb et coordinateur de l’équipe de recherche, explique :
« Les travaux suggèrent un réel changement de perspective dans le traitement de la maladie, c’est-à-dire ne pas se concentrer exclusivement sur l’élimination directe des plaques amyloïdes, mais soutenir et renforcer les mécanismes de défense endogènes du cerveau, avec une attention particulière au rôle de l’immunité innée. Notre recherche a adopté une approche alternative visant à renforcer la fonction des microglies, les cellules immunitaires résidentes du système nerveux central responsables de la surveillance et de l’élimination des débris cellulaires et des agrégats protéiques de la bêta-amyloïde, y compris les formes initiales qui se forment avant l’apparition des symptômes pathologiques. »
Angelo Fontana, directeur du Cnr-Icb
Marcello D’Amelio, responsable de l’unité de neurosciences moléculaires de l’Université Campus Bio-Medico de Rome, souligne l’importance de cette modulation de l’activité microgliale :
« Dans des modèles précliniques de la maladie d’Alzheimer, le traitement par Sulfavant A a entraîné une réduction marquée des plaques bêta-amyloïdes, une diminution des signes de dégénérescence neuronale et une amélioration significative des performances dans les tests de mémoire et d’apprentissage. Les données suggèrent que le soutien de la fonction microgliale, en plus d’une intervention directe sur les dépôts amyloïdes, peut contribuer à la restauration d’un équilibre physiologique compromis dans les phases de la maladie. »
Marcello D’Amelio, responsable de l’unité de neurosciences moléculaires de l’Université Campus Bio-Medico de Rome
Bien que ces résultats soient encourageants, les médecins restent prudents. Les options thérapeutiques disponibles pour la maladie d’Alzheimer restent limitées, ce qui rend crucial le développement de nouvelles approches capables d’intervenir précocement sur les mécanismes de la maladie.
La recherche, financée par des fonds européens et par la Région Campanie, se poursuivra désormais avec une phase de validation clinique. L’équipe espère attirer des partenaires privés pour développer des interventions thérapeutiques sûres et efficaces contre la maladie d’Alzheimer.