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Antibiotiques préventifs non bêta-lactamines liés à un risque plus élevé d’infections du site opératoire

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Publié le 2025-11-03 20:25:00. Une vaste étude suisse a révélé que l’utilisation d’antibiotiques non bêta-lactamines avant une chirurgie majeure pourrait augmenter le risque d’infections du site opératoire (ISO), remettant en question leur utilisation chez certains patients.

  • L’utilisation d’antibiotiques non bêta-lactamines en prophylaxie chirurgicale est associée à un risque accru d’ISO par rapport aux bêta-lactamines.
  • Ces résultats concernent près de 350 000 patients ayant subi une intervention chirurgicale majeure.
  • Les chercheurs recommandent des tests allergologiques préopératoires pour les patients ayant des antécédents d’allergie aux bêta-lactamines, souvent non confirmée.

Les antibiotiques couramment utilisés pour prévenir les infections après une opération, notamment les bêta-lactamines comme la céfazoline et la céfuroxime, sont généralement considérés comme le traitement de première intention pour la prophylaxie antibiotique chirurgicale (PASC). Ces médicaments, appréciés pour leur large spectre d’action et leur bon profil de sécurité, visent à réduire le risque d’infections du site opératoire (ISO), une complication fréquente pouvant entraîner des hospitalisations prolongées, des coûts de santé supplémentaires et, dans les cas les plus graves, le décès du patient. On estime qu’une intervention chirurgicale sur trente est suivie d’une ISO.

Cependant, les patients rapportant des allergies, qu’elles soient auto-déclarées ou documentées, aux bêta-lactamines nécessitent des alternatives. C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs suisses a analysé les données de près de 350 000 adultes ayant reçu une PASC dans 175 hôpitaux du pays entre 2009 et 2020, en utilisant les informations du système de surveillance Swissnoso SSI. L’étude s’est concentrée sur les dix interventions chirurgicales les plus courantes.

Les conclusions, publiées dans la revue Réseau JAMA ouvert, indiquent que l’utilisation d’antibiotiques non bêta-lactamines s’est traduite par une multiplication par deux du taux d’ISO comparativement à l’usage des bêta-lactamines. Sur les 348 885 patients inclus dans l’analyse (âge médian 63,2 ans, 56,3 % de femmes), 98,3 % ont reçu une PASC à base de bêta-lactamines, tandis que 1,7 % ont bénéficié d’une prophylaxie non bêta-lactamine.

Les antibiotiques bêta-lactamines les plus administrés étaient la céfuroxime (75,1 %) et la céfazoline (24,9 %). Pour les alternatives non bêta-lactamines, il s’agissait principalement de la clindamycine (53,6 %), de la ciprofloxacine (30,5 %) et de la vancomycine (16 %). Les résultats ont montré que parmi les 9 871 patients diagnostiqués avec une ISO, 6,1 % appartenaient au groupe ayant reçu une PASC non bêta-lactamine, contre 2,8 % dans le groupe bêta-lactamine. Cette différence se retrouvait dans les infections incisionnelles superficielles (2,9 % contre 1,0 %), profondes (1,0 % contre 0,4 %) et les infections d’espaces organiques (2,3 % contre 1,3 %).

Après ajustements prenant en compte divers facteurs (liés à l’établissement, au patient et à la péri-opératoire), la PASC non bêta-lactamine est restée significativement associée à un risque plus élevé d’ISO (cotes ajustées [aOR] 1,78). Ce constat s’est avéré valable pour l’ensemble des procédures chirurgicales étudiées. Une analyse appariée par score de propension a également confirmé ce risque accru (aOR, 1,68). Des analyses secondaires ont, de plus, mis en évidence un risque d’ISO plus important avec la ciprofloxacine (aOR, 1,57), la vancomycine (aOR, 1,38) et la clindamycine (aOR, 2,12) par rapport aux bêta-lactamines.

Ces conclusions font écho à une étude de 2017 qui avait déjà suggéré une augmentation de 50 % des ISO chez les patients allergiques à la pénicilline recevant d’autres antibiotiques prophylactiques. Les auteurs de la nouvelle étude soulignent que leurs travaux, basés sur un échantillon beaucoup plus large et une comparaison directe, apportent des résultats plus définitifs, indépendamment du statut allergique réel. Ils rappellent que, si 10 à 15 % des adultes portent une mention d’allergie aux bêta-lactamines, des recherches indiquent que jusqu’à 90 % de ces personnes pourraient en réalité tolérer ces antibiotiques.

Face à ce constat, les chercheurs préconisent que les patients dont l’allergie aux bêta-lactamines n’est pas formellement confirmée fassent l’objet de tests préopératoires. L’expérience montre que de tels dépistages réduisent effectivement le recours à la PASC non bêta-lactamine. « Ces résultats, combinés au risque accru d’ISO associé à la PASC non bêta-lactamine, tel que confirmé par notre étude, devraient encourager les tests préopératoires en cas d’allergie incertaine à la pénicilline », concluent les auteurs.

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