Publié le 13 février 2026. De nouvelles recommandations issues des travaux de la Société espagnole d’hématologie et d’hémothérapie (SEHH) remettent en question les traitements combinés pour les patients à risque cardiovasculaire, tandis que des avancées prometteuses se dessinent dans la lutte contre les maladies rares du sang et le cancer.
- Une anticoagulation en monothérapie s’avère plus sûre et plus efficace qu’une association avec des antiplaquettaires chez les patients présentant des antécédents de cardiopathie ischémique chronique.
- De nouvelles pistes thérapeutiques, notamment des anticorps bispécifiques, sont à l’étude pour améliorer la prise en charge de la thrombasthénie de Glanzmann, une maladie rare des plaquettes.
- La médecine personnalisée, guidée par les avancées génétiques et moléculaires, s’impose comme une approche clé pour optimiser les traitements des maladies du sang.
Les conclusions d’une réunion nationale organisée par la Société espagnole d’hématologie et d’hémothérapie (SEHH), suite au dernier congrès de l’American Association of Hematology (ASH), mettent en lumière un changement de paradigme dans la gestion des patients à risque cardiovasculaire. Selon les données présentées, l’utilisation d’anticoagulants seuls est préférable à une thérapie combinée associant anticoagulants et antiplaquettaires, cette dernière étant associée à un risque accru de complications.
Cette recommandation se base sur les résultats d’essais cliniques menés auprès de patients ayant des antécédents de cardiopathie ischémique chronique (définie comme une période d’au moins six mois depuis la dernière procédure de revascularisation coronarienne) et recevant déjà un traitement antiplaquettaire. Ces patients présentent également une indication thérapeutique pour une anticoagulation (par exemple, en cas de fibrillation auriculaire ou de thrombose veineuse).
« Il a été démontré que, dans ce scénario, le traitement par anticoagulants seuls est supérieur à la thérapie combinée antiplaquettaire + anticoagulation, non seulement en termes de risque moindre de complications hémorragiques, mais aussi en raison d’un taux plus faible de complications thrombotiques, de décès d’origine cardiovasculaire et de mortalité encore plus faible, quelle qu’en soit la cause. »
Dr Ramón Lecumberri Villamediana, hématologue à l’Université de Clinique de Navarre (Pampelune)
Le Dr Lecumberri, intervenant lors de la table ronde sur l’hémostase et la thrombose, nuance toutefois cette conclusion : « Il n’est pas prudent de généraliser ces résultats à d’autres scénarios, comme les patients ayant des antécédents d’accident vasculaire cérébral ischémique ou de maladie artérielle périphérique. » Il souligne néanmoins l’importance de ces données comme un signal d’alarme pour évaluer attentivement les bénéfices et les risques d’une thérapie combinée. Des données réelles issues de larges registres suggèrent également que, chez les patients atteints du syndrome des antiphospholipides avec thrombose artérielle, l’anticoagulation avec des antagonistes de la vitamine K (AVK) est plus efficace qu’une association AVK et anti-agrégation plaquettaire.
Parallèlement, la recherche progresse dans la compréhension de la thrombose associée au cancer. Les travaux présentés mettent en évidence le rôle crucial du système fibrinolytique – mécanisme enzymatique chargé d’éliminer le caillot de fibrine – dans la progression et la dissémination tumorale. Des molécules telles que l’activateur du plasminogène de type urokinase (U-PA) et son récepteur (U-PAR) pourraient ainsi constituer des cibles thérapeutiques prometteuses, notamment dans le traitement de l’adénocarcinome pancréatique et du glioblastome.
La réunion de la SEHH a également été l’occasion d’aborder la thrombasthénie de Glanzmann, une maladie héréditaire rare (environ un cas par million d’habitants) causée par des mutations des gènes ITGA2B et ITGB3, affectant la production de l’intégrine αIIbβ3, essentielle à l’agrégation plaquettaire et à la formation du caillot.
« Lorsque cette protéine n’est pas exprimée de manière adéquate ou fonctionne mal, les plaquettes ne peuvent pas s’agréger et, par conséquent, les patients ont tendance à saigner. Les saignements touchent principalement la peau et les muqueuses, avec des épisodes fréquents de saignements de nez, d’hémorragies gastro-intestinales et de métrorragies. »
Dr José Mª Bastida Bermejo, hématologue au Complexe de soins universitaire de Salamanque et à l’Institut de recherche biomédicale de cette ville
Le Dr Bastida souligne que, bien que généralement légers ou modérés, ces saignements peuvent parfois être graves, spontanés ou survenir lors d’interventions chirurgicales ou d’accouchements. Le traitement actuel repose sur des transfusions de plaquettes ou de facteur VIIa recombinant activé, ce dernier étant le seul médicament approuvé pour traiter les hémorragies liées à cette maladie. Des anticorps bispécifiques, comme le sutacimig, et des agents de rééquilibrage de l’hémostase, comme l’anti-TFPI, sont actuellement à l’étude pour prévenir les épisodes hémorragiques.
Des premiers résultats d’un essai de phase II avec le sutacimig, présenté lors du congrès ASH 2025, sont encourageants. L’étude, menée sur 34 patients atteints de thrombasthénie de Glanzmann, suggère que le médicament est sûr et bien toléré, avec une réduction significative des saignements à une dose de 0,3 mg/kg/semaine. Un essai de phase III est prévu pour confirmer ces résultats.
« Ce changement est né des avancées génétiques et moléculaires qui nous permettent d’avoir une connaissance plus approfondie des maladies du sang. Désormais, les hématologues peuvent commencer à prédire, grâce à des biomarqueurs, quelle molécule sera la plus utile pour notre patient. »
Dr Lucrecia Yáñez San Segundo, hématologue à l’Hôpital Universitaire Marqués de Valdecilla (Santander)
Enfin, les participants à la réunion de la SEHH ont insisté sur la nécessité d’évoluer vers des stratégies de traitement plus individualisées, rendues possibles par les progrès de la génétique et de la biologie moléculaire. Cette approche permettrait d’adapter les traitements en fonction de la biologie de chaque patient et de sa pathologie, marquant ainsi une transition vers une médecine plus personnalisée.
Une étude européenne coordonnée par l’hôpital universitaire Virgen del Rocío (Séville) a démontré que l’ajout de romiplostim au traitement standard de la thrombopénie immunitaire primaire (PTI) double la proportion de patients pouvant espacer les périodes sans traitement, contribuant ainsi à prévenir la chronicité de cette maladie auto-immune caractérisée par une diminution du nombre de plaquettes et un risque hémorragique accru.