Publié le 14 février 2026 14:31:00. La Chine étend son ouverture commerciale à l’ensemble du continent africain en supprimant les droits de douane sur les importations provenant de 53 pays, une initiative qui intervient dans un contexte de tensions commerciales et d’incertitudes concernant l’avenir des accords préférentiels avec l’Occident.
- La Chine applique désormais un traitement tarifaire nul à presque tous les pays africains, à l’exception de l’Eswatini.
- Cette décision fait suite à des engagements diplomatiques soutenus de la part des dirigeants africains, notamment le président sud-africain Cyril Ramaphosa.
- Le commerce bilatéral entre la Chine et l’Afrique continue de croître, mais demeure marqué par un déséquilibre important en faveur de la Chine.
Pékin a annoncé l’extension de son régime de franchise tarifaire à l’ensemble des pays africains, une mesure qui pourrait avoir des conséquences significatives pour le commerce et les relations économiques entre la Chine et le continent. Auparavant, ce régime avantageux était limité à certains pays, en particulier les pays les moins avancés (PMA). En 2024, la Chine avait déjà étendu la couverture à tous les produits originaires des PMA africains, mais cette nouvelle initiative va encore plus loin en incluant tous les pays du continent, à l’exception de l’Eswatini, qui entretient des relations diplomatiques avec Taïwan.
Cette décision intervient à un moment crucial, alors que l’avenir de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) – la loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique – est incertain et que les tensions commerciales persistent entre les pays africains et l’Union européenne au sujet des accords de partenariat économique. L’AGOA prévoit un accès sélectif en franchise de droits aux États-Unis, mais son renouvellement périodique est toujours soumis à des conditions et à une possible suspension.
L’initiative chinoise est le fruit d’une diplomatie active menée par les dirigeants africains. Récemment, le président sud-africain Cyril Ramaphosa s’est rendu en Chine pour discuter de l’approfondissement des relations commerciales. Suite à ces discussions, un accord-cadre non contraignant a été signé par le ministre sud-africain du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence, Parks Tau, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, lors d’une réunion conjointe de la Commission économique et commerciale. L’Afrique du Sud est ainsi devenue le 33e pays africain à conclure un tel accord.
Les négociations sur un accord de récolte précoce devraient être finalisées d’ici mars 2026. Une fois conclu, cet accord offrira un accès sans droits de douane aux exportations sud-africaines vers le marché chinois. Le président ougandais Yoweri Museveni a également plaidé à plusieurs reprises pour des mesures visant à corriger les déséquilibres commerciaux structurels entre la Chine et les économies africaines.
La croissance commerciale se poursuit mais le déséquilibre persiste
Le commerce entre la Chine et l’Afrique a connu une croissance rapide, mais reste fortement asymétrique. Selon l’Administration générale des douanes de Chine, le commerce bilatéral a atteint 222,05 milliards de dollars entre janvier et août 2025, en hausse de 15,4 % sur un an. Les exportations chinoises vers l’Afrique ont bondi de 24,7 % pour atteindre 140,79 milliards de dollars, tandis que les importations en provenance d’Afrique n’ont augmenté que de 2,3 % à 81,25 milliards de dollars.
Ce déséquilibre se traduit par un déficit commercial croissant pour l’Afrique. Au cours des huit premiers mois de 2025, ce déficit s’est élevé à 59,55 milliards de dollars, un chiffre proche du déficit enregistré sur l’ensemble de l’année 2024 (61,93 milliards de dollars). Ce phénomène reflète la dépendance de l’Afrique à l’égard des exportations de matières premières – pétrole brut, cuivre, cobalt, minerai de fer – et son importation de produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée en provenance de Chine.
En 2023, les ressources minérales représentaient environ 40 % des importations chinoises en provenance des PMA africains, suivies par les matières premières non comestibles et les produits semi-transformés. Les exportations chinoises comprennent principalement des machines, des appareils électroniques et des équipements liés aux énergies renouvelables. Entre juillet 2024 et juin 2025, l’Afrique a importé 15 032 mégawatts de panneaux solaires chinois, soit une augmentation de 60 % par rapport aux 12 mois précédents.
Positionnement stratégique et compromis en matière de revenus
Pékin justifie ce régime de droits de douane nuls par la volonté de stimuler les exportations africaines et de rééquilibrer les flux commerciaux. Les économistes estiment que la Chine renoncera à environ 1,4 milliard de dollars de recettes douanières dans le cadre de ce programme élargi, renforçant ainsi sa diplomatie économique et son influence sur le continent.
Cette décision positionne également la Chine en contraste avec les programmes commerciaux occidentaux. Le programme « Tout sauf les armes » de l’Union européenne n’offre un accès en franchise de droits de douane qu’aux PMA, tandis que les pays africains non PMA doivent négocier des accords de partenariat économique. L’African Growth and Opportunity Act des États-Unis, quant à lui, prévoit un accès sélectif en franchise de droits, mais reste soumis à un renouvellement périodique et à une possible suspension.
Des contraintes structurelles demeurent
Malgré la suppression des droits de douane, les analystes soulignent que des obstacles structurels persistent. Les barrières non tarifaires, telles que les normes réglementaires, les contraintes logistiques et les difficultés de financement, continuent de limiter la capacité des exportateurs africains à accéder au marché chinois.
Pékin a promis de mettre en place des mesures supplémentaires pour faciliter les échanges, notamment des fonds dédiés et des produits financiers pour soutenir les entreprises opérant en Afrique. Cependant, la réduction du déficit commercial dépendra en fin de compte de la capacité des économies africaines à diversifier leurs exportations au-delà des produits de base et à renforcer leurs capacités manufacturières.