Publié le 19 octobre 2025. Le retour à Gaza de détenus palestiniens libérés dans le cadre d’un échange d’otages avec Israël a été marqué par la stupeur face à la destruction de leur territoire et par des récits accablants de traitements brutaux subis en détention.
- Des centaines de détenus palestiniens, certains sans inculpation, ont été libérés en échange de 20 otages israéliens.
- Les témoignages font état de mauvais traitements systématiques, incluant privation de nourriture, torture et blessures graves.
- Parmi les libérés, nombreux sont des professionnels de santé qui dénoncent un ciblage délibéré du corps médical.
« Gaza n’est plus là », s’est exclamé Shadi Abu Sido, 35 ans, à son arrivée à Khan Younis, décrivant la scène comme un « Jour du Jugement ». Cet homme, caméraman arrêté en mars 2024, affirme avoir été déshabillé, menotté et avoir subi la fracture d’une côte lors de son interpellation. Il dénonce des semaines d’isolement, les yeux bandés, et des punitions corporelles pour toute désobéissance. L’une de ses côtes serait cassée, et il affirme avoir perdu l’usage de son œil suite à des coups, nécessitant des soins spécialisés indisponibles à Gaza.
Abu Sido fait partie des 1 718 détenus palestiniens libérés, aux côtés de 250 prisonniers de sécurité reconnus coupables de crimes graves, dans le cadre de l’accord d’échange. Ces détenus, arrêtés après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, n’avaient pas fait l’objet d’inculpations. Les 20 otages israéliens survivants détenus à Gaza ont été rendus dans le cadre de cet échange.
Des scènes similaires ont été constatées par les organisations humanitaires. Moureen Kaki, une travailleuse humanitaire palestino-américaine de l’ONG Glia, a décrit des détenus arrivant à l’hôpital Nasser « décharnés, boitant et ratatinés ». Elle rapporte que tous les détenus interrogés ont partagé des récits similaires de torture, de privation de nourriture et de contrainte à boire de l’eau des toilettes. Trois d’entre eux présentaient des blessures par balle récentes, suggérant des violences subies même après l’annonce d’un cessez-le-feu.
Le ministère de la Santé de Gaza a par ailleurs rendu publiques des photos de corps de 120 détenus restitués par Israël, présentant des signes de torture, des amputations d’orteils et de doigts.
L’armée israélienne n’a pas répondu aux sollicitations de commentaires de NBC News concernant ces allégations. Néanmoins, dans une affaire distincte, cinq réservistes israéliens ont été inculpés en février pour avoir battu et poignardé un détenu, lui fracturant les côtes, perforant un poumon et déchirant le rectum.
Parmi les nombreux professionnels de santé libérés figure le Dr Ahmed Muhanna, directeur de l’hôpital Al-Awda. Arrêté en décembre 2023 alors qu’il avait refusé de quitter ses patients malgré les avertissements de l’armée israélienne, il a prononcé un discours marquant son retour, dénonçant un ciblage direct du personnel médical. « Mais nous ne quitterons jamais nos hôpitaux », a-t-il affirmé.
L’armée israélienne a déjà défendu ses frappes contre les hôpitaux, arguant de leur utilisation comme bases d’opérations par le Hamas. Selon le groupe de surveillance Healthcare Workers Watch, au moins 115 agents de santé gazaouis figurent parmi les milliers de Palestiniens toujours détenus par Israël. Le Dr Hussam Abu Matin, pédiatre et directeur de l’hôpital Kamal Adwan, figure également parmi les détenus, malgré l’approbation présumée de sa libération par sa famille. Son détention a toutefois été prolongée de six mois par un tribunal israélien jeudi.