Publié le 9 février 2024 11:04:00. Le parti allemand Alternative für Deutschland (AfD) se retrouve sous le feu des critiques pour ses positions ambiguës en matière de politique étrangère, oscillant entre une admiration affichée pour Donald Trump et une proximité troublante avec la Russie de Vladimir Poutine, alors que le conflit en Ukraine continue de faire rage.
- Tino Chrupalla, porte-parole de l’AfD, a affirmé ne pas percevoir de menace actuelle de la part de la Russie envers l’Allemagne, une déclaration vivement critiquée comme relevant de la propagande du Kremlin.
- Le parti se montre divisé sur la politique commerciale de Donald Trump, tout en cherchant à concilier son soutien au libre-échange avec la nécessité de protéger les agriculteurs allemands.
- Lors d’un débat télévisé, M. Chrupalla a été confronté à ses contradictions et a dû se défendre face aux accusations de partialité pro-russe.
Lors de son passage dans l’émission « Caren Miosga » sur la chaîne ARD, Tino Chrupalla a été principalement sur la défensive. Si le thème initial de l’émission portait sur l’influence potentielle de Donald Trump sur l’Allemagne, c’est la question de la Russie qui a rapidement dominé les échanges.
« L’Allemagne n’est pas actuellement menacée par la Russie »
« Il s’agit du récit du Kremlin », a accusé Caren Miosga (56 ans) après une vingtaine de minutes d’échange. Cette réplique faisait suite à l’affirmation de M. Chrupalla selon laquelle il ne percevait « actuellement aucune menace de la part de la Russie envers l’Allemagne ». Il a plaidé pour une reprise rapide des relations diplomatiques avec Moscou et pour l’ouverture de discussions, « afin de mettre fin à cette escalade ».
Caren Miosga a accusé le chef de l’AfD d’adopter le récit du Kremlin
Des extraits de déclarations de Vladimir Poutine (73 ans), dans lesquelles il menaçait d’utiliser des armes nucléaires russes, ont été diffusés. M. Chrupalla a balayé ces menaces d’un revers de main : « Que gagnerait Poutine à détruire l’Europe par le nucléaire ? Il n’y aurait plus d’Europe. » Il a ensuite développé l’argumentaire de l’AfD : les causes du conflit en Ukraine ne résideraient pas uniquement dans l’invasion russe – qu’il a condamnée – mais aussi dans l’expansion de l’OTAN vers l’Est. Caren Miosga, stupéfaite, a répliqué : « Ce que vous nous dites ici relève purement de la propagande du Kremlin. »
Querelle autour de l’accord Mercosur
Le chef de l’AfD s’est également retrouvé sur la défensive concernant la politique commerciale de Donald Trump et l’accord de libre-échange Mercosur, négocié pendant 25 ans. Il a affirmé être favorable au libre-échange, mais a exigé que l’accord soit renégocié afin de tenir compte des intérêts des agriculteurs. « L’accord Mercosur a été négocié pendant 25 ans », a rétorqué l’économiste Veronika Grimm, soulignant l’importance de finaliser cet accord. M. Chrupalla a de nouveau insisté sur les inconvénients pour les agriculteurs, suscitant l’ironie du journaliste Michael Bröcker : « Le fait que M. Chrupalla se soucie du bien-être animal est une nouveauté pour moi. Je trouve cela formidable. » M. Bröcker a rappelé que l’accord Mercosur inclut des mesures de protection pour l’agriculture européenne, et que le libre-échange est bénéfique pour toutes les parties.
Michael Bröcker (48), rédacteur en chef de Table.Briefings, s’est étonné des déclarations du chef de l’AfD
Retour en arrière sur les droits de douane de Trump
Et que pense l’AfD, qui admire Donald Trump, de sa politique douanière ? Tino Chrupalla a pris ses distances avec la politique actuelle des États-Unis. Il a affirmé n’avoir jamais approuvé cette politique douanière, se contentant de dire qu’elle était dans l’intérêt de l’Amérique. Il a reconnu que ces droits de douane étaient compréhensibles du point de vue de Donald Trump. Il a ajouté qu’il était parfois nécessaire de limiter le libre-échange, comme dans le cas de l’accord Mercosur, « si nous voulons protéger nos agriculteurs ». Dans l’ensemble, le libre-échange sans droits de douane est ce qui convient le mieux à une nation industrielle, mais il ne doit pas y avoir qu’un seul gagnant.
Une déclaration que Donald Trump ne sera probablement pas ravi d’entendre de la part de l’AfD.