Publié le 13 octobre 2025. Une vaste étude menée en Chine sur la longévité et la santé des personnes âgées révèle que la diversité alimentaire pourrait jouer un rôle clé dans le maintien de l’autonomie.
- L’enquête a suivi plus de 17 000 seniors chinois âgés de 65 ans et plus, sur plusieurs vagues entre 2002 et 2014.
- Les chercheurs ont évalué le régime alimentaire des participants, en particulier leur consommation de différents groupes d’aliments, et l’ont comparée à leur capacité à réaliser les gestes du quotidien.
- Les résultats suggèrent qu’une alimentation plus variée est associée à un moindre risque de dépendance pour les activités basiques.
Une cohorte nationale pour décortiquer la longévité
La recherche s’appuie sur les données de l’Enquête Longitudinale Chinoise sur la Longévité en Bonne Santé (CLHLS), une étude de référence lancée en 1998. Celle-ci vise à identifier les facteurs déterminants de la santé et de la longévité chez les seniors résidant dans 23 provinces chinoises. La CLHLS a été reconduite à intervalles réguliers (2000, 2002, 2005, 2008, 2011, 2014, 2018), intégrant de nouveaux participants à chaque vague pour compenser les pertes dues aux décès ou aux abandons. Les entretiens sont menés à domicile par des enquêteurs qualifiés, à l’aide de questionnaires standardisés. L’étude a reçu l’approbation du comité d’éthique biomédicale de l’Université de Pékin, et tous les participants ont donné leur consentement éclairé.
Pour la présente analyse, les chercheurs ont isolé une cohorte de 35 467 seniors, issus des vagues de 2002, 2005, 2008, 2011 et 2014. Divers critères d’exclusion ont été appliqués : les personnes de moins de 65 ans (600), celles présentant déjà une incapacité dans les activités de la vie quotidienne (AVQ) au début de l’étude (9 703), celles dont les informations sur la consommation alimentaire (viande, poisson, œufs, haricots, légumes salés, ail, thé, légumes frais et fruits) étaient incomplètes (662), celles sans suivi des AVQ (4 502), et enfin, celles pour lesquelles les données sur les covariables n’étaient pas complètes (2 836). Au terme de ce processus de sélection, l’échantillon final comptait 17 464 adultes âgés de 65 ans et plus.
Le régime alimentaire, un indicateur clé de l’autonomie
L’évaluation de la diversité alimentaire (DDS) a été réalisée au départ de l’étude, grâce à un questionnaire de fréquence alimentaire dont la fiabilité et la validité ont été préalablement démontrées. Les participants étaient interrogés sur la fréquence de consommation de divers aliments : céréales, huile, légumes frais, fruits, viande, poisson, œufs, haricots, légumes salés, ail et thé, des éléments centraux du régime alimentaire chinois. Les céréales et l’huile, consommées quasiment quotidiennement par l’ensemble de la population, n’ont pas été intégrées dans le calcul du DDS. Les réponses allaient de « presque tous les jours » à « rarement ou jamais ». Un point était attribué si un groupe alimentaire était consommé au moins occasionnellement. Le score DDS, allant de 0 à 9, permettait de mesurer le niveau de diversité alimentaire, les scores les plus élevés indiquant une plus grande variété. Les participants ont ensuite été répartis en quatre groupes en fonction de leur score : moins de 6 points pour le premier quartile, 6 points pour le second, 7 pour le troisième, et 8 points ou plus pour le quatrième.
L’évaluation du handicap dans les AVQ s’est appuyée sur l’indice de Katz, qui examine six domaines : la toilette, l’habillement, l’usage des toilettes, le transfert, la continence et l’alimentation. Les réponses possibles étaient « oui », « un peu difficile » et « incapable de le faire ». Le handicap était diagnostiqué si un participant ne pouvait réaliser l’un de ces actes de manière autonome. L’étude CLHLS a pris soin de documenter l’incidence du handicap dans les AVQ à chaque enquête, recueillant les réponses des participants vivants et celles de leurs proches pour les personnes décédées. Cette approche a permis d’éviter la sous-estimation des handicaps liés à la mortalité.
Un large panel de facteurs pris en compte
Les données démographiques, socio-économiques et liées au mode de vie ont été collectées via un questionnaire initial. Ces variables comprenaient l’âge, le sexe, la région de résidence, la profession, la situation matrimoniale, les conditions de vie, le niveau d’éducation, l’autosuffisance financière, le statut tabagique, la consommation d’alcool, la pratique d’exercice physique, l’indice de masse corporelle, le nombre de dents et l’usage de prothèses dentaires. La multimorbidité, définie par la présence de deux maladies chroniques ou plus parmi l’hypertension, le diabète, les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux ou maladies cardiovasculaires, et les maladies pulmonaires chroniques, a également été enregistrée.
Pour l’analyse statistique, des modèles de risques proportionnels de Cox ont été employés pour estimer le risque d’incapacité dans les AVQ en fonction des quartiles de DDS. Les analyses ont pris en compte une série de covariables : âge, sexe, région, type de résidence (urbaine/rurale), profession, statut marital, conditions de vie, niveau d’éducation, revenu, statut tabagique, consommation d’alcool, exercice, indice de masse corporelle, nombre de dents, usage de prothèses et multimorbidité. Deux ensembles de modèles ont été construits : le premier ajusté pour l’âge et le sexe, le second intégrant toutes les covariables. Des analyses supplémentaires ont examiné l’association entre le handicap dans les AVQ et neuf groupes alimentaires spécifiques. L’analyse des relations dose-réponse entre le DDS et le handicap dans les AVQ a été effectuée par régression spline cubique restreinte. Toutes les analyses ont été réalisées avec le logiciel SAS version 9.4, avec un seuil de significativité fixé à p < 0,05.