Publié le 27 juin 2025 14:30:00. L’administration américaine pousse pour l’adoption mondiale des stablecoins, ces cryptomonnaies indexées sur le dollar, une stratégie qui pourrait bouleverser l’équilibre financier international et placer certains pays dans une situation de dépendance monétaire vis-à-vis des États-Unis.
- Les stablecoins, adossés le plus souvent au dollar, offrent un moyen de paiement universel et rapide.
- Les États-Unis ambitionnent d’imposer ces cryptomonnaies à l’échelle mondiale, ce qui soulève des inquiétudes géopolitiques.
- La « tokenisation » des dépôts bancaires et l’essor des monnaies numériques de banque centrale transforment profondément le paysage financier.
Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump affiche une volonté claire de promouvoir les stablecoins. Pour l’administration américaine, ces cryptomonnaies privées, dont la valeur est censée être stable grâce à un lien avec une monnaie fiduciaire comme le dollar, représentent un outil de puissance économique et pourraient constituer les fondations d’une future économie mondiale. Une ambition qui, si elle se concrétisait, marquerait une rupture profonde dans l’architecture financière internationale, selon Eric Monnet, historien et économiste à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et à l’École d’économie de Paris.
Les stablecoins s’inscrivent dans une transformation plus large du secteur bancaire et des moyens de paiement. Dans les dix à quinze prochaines années, le paysage financier devrait être radicalement modifié. Les cartes bancaires pourraient être supplantées par des paiements par téléphone ou par virements instantanés, tandis que les billets physiques seront progressivement remplacés par des monnaies numériques de banque centrale, à l’instar de l’euro numérique. Parallèlement, les dépôts bancaires seront « tokenisés », c’est-à-dire convertis en jetons numériques enregistrés sur une blockchain – une base de données sécurisée qui retrace toutes les transactions. Ces jetons seront même rémunérés.
Cette « tokenisation » permettra de réaliser des virements intégrant non seulement des sommes d’argent, mais également des clauses juridiques, des validations légales et des garanties. Ces « contrats intelligents » seraient inscrits directement dans les jetons transférés, rendant potentiellement obsolètes certains actes notariés.
La place des stablecoins dans ce nouvel écosystème reste encore incertaine. Ces cryptomonnaies, adossées à des actifs – le plus souvent des dollars – constituent avant tout des moyens de paiement sans intérêt, mais bénéficiant de l’avantage d’une utilisation universelle. L’objectif affiché des États-Unis est de les imposer à l’échelle mondiale. Si cette stratégie aboutissait, ce qui n’est pas acquis, les implications géopolitiques seraient considérables.
Selon Eric Monnet, l’élément véritablement nouveau réside dans l’ambition de lier un système de paiement à une devise étrangère, en l’occurrence le dollar.
« Ce serait équivalent à ce que le monde entier utilise des billets de banque en dollar. »
Eric Monnet, historien et économiste à l’EHESS et à l’École d’économie de Paris
Le risque majeur est que des pays se retrouvent sous la domination monétaire complète d’une autre puissance, une situation comparable à celle des colonies.