Publié le 2025-11-05 05:37:00. Une diminution drastique des échantillons de virus grippaux et de COVID-19 envoyés aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC) par des laboratoires internationaux inquiète les experts. Ce phénomène pourrait compromettre la capacité des États-Unis à anticiper de futures pandémies et à développer des vaccins efficaces.
- Les envois d’échantillons viraux, essentiels au suivi mondial de la grippe et à la préparation de vaccins, ont chuté de 60 % en juillet.
- Le retrait des États-Unis de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est pointé du doigt comme une cause majeure de cette désaffection des partenaires internationaux.
- Au-delà de la grippe, la collecte d’échantillons pour d’autres pathogènes, y compris le COVID-19, est également en baisse, complexifiant la détection précoce de nouvelles menaces virales.
Chaque année, des centres nationaux de lutte contre la grippe, répartis dans le monde entier, soumettent des milliers d’échantillons de virus circulants aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis. Ces analyses, coordonnées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), permettent de suivre l’évolution des souches virales à l’échelle planétaire. Cette collecte de données est cruciale non seulement pour l’élaboration du vaccin annuel contre la grippe, mais aussi pour la préparation à d’éventuelles pandémies. Les laboratoires des CDC, tels que le Centre national de vaccination et des maladies respiratoires, utilisaient ces échantillons pour séquencer les virus, les tester, et identifier ceux présentant un potentiel pandémique élevé ou susceptibles de dominer la saison suivante. Ce processus permettait également de fournir la matière première, souvent des œufs, nécessaire à la production de vaccins à grande échelle.
Cependant, un coup d’arrêt a été constaté dans cette collaboration scientifique. Selon Demetre Daskalakis, ancien directeur du Centre national de vaccination et des maladies respiratoires du CDC, le flux d’échantillons s’est « pratiquement arrêté ». En juillet, la quantité d’échantillons reçus avait diminué d’environ 60 %, et plus de la moitié des pays habituellement contributeurs n’avaient pas envoyé leurs données. Ces chiffres alarmants ont été confirmés par Maria Van Kerkhove de l’OMS, qui a observé une réduction globale des échantillons envoyés aux principaux laboratoires de surveillance virale, en partie due à une diminution du financement des expéditions après l’annonce du retrait américain de l’OMS.
La raison invoquée par Demetre Daskalakis et Dan Jernigan, ancien directeur du Centre national des maladies infectieuses émergentes et zoonotiques du CDC, réside dans le retrait des États-Unis de l’OMS. Ils estiment que les centres nationaux de lutte contre la grippe dans d’autres pays pourraient hésiter à partager leurs données avec les États-Unis par crainte que ces informations ne soient plus transmises à l’échelle internationale.
« Ce que nous faisons, c’est travailler sur ces virus. Nous les séquençons. Nous faisons des tests sur les furets. Nous faisons tout cela pour pouvoir dire en quelque sorte que ce virus a un potentiel pandémique plus élevé. C’est un virus qui va totalement circuler la saison prochaine. »
Demetre Daskalakis, ancien directeur du Centre national de vaccination et des maladies respiratoires du CDC
« Lorsque ces virus n’arrivent pas, nous ne savons pas quoi mettre dans le vaccin. Et vous disposerez de vaccins moins efficaces, mais vous ne saurez pas non plus quand ces virus grippaux inhabituels apparaîtront dans d’autres parties du globe. »
Dan Jernigan, ancien directeur du Centre national des maladies infectieuses émergentes et zoonotiques du CDC
Kanta Subbarao, chercheuse spécialisée dans la grippe à l’Université Laval, souligne que cette réduction de la capacité des centres nationaux de lutte contre la grippe à partager leurs échantillons « portera un coup dur à la surveillance de la grippe ».
« Une réduction de la capacité des centres nationaux de lutte contre la grippe à partager leurs échantillons portera un coup dur à la surveillance de la grippe. »
Kanta Subbarao, chercheuse sur la grippe à l’Université Laval
Outre le risque d’un vaccin antigrippal moins adapté, cette diminution des données globales rend également plus complexe la détection de nouvelles variantes virales susceptibles de déclencher une future pandémie, qu’il s’agisse de la grippe, du COVID-19, ou d’autres pathogènes comme la polio. Daskalakis compare le système de surveillance à une recherche d’aiguille dans une botte de foin, précisant que moins de données impliquent un temps de recherche plus long.
« Le système est conçu pour pouvoir trouver des aiguilles dans la botte de foin s’il obtient suffisamment de données. S’il n’en a pas assez, il faudra plus de temps pour trouver l’aiguille dans la botte de foin. »
Demetre Daskalakis
L’ancien responsable met en garde contre la répétition des leçons tirées de la pandémie de COVID-19, où chaque délai et manque de coordination ont eu des conséquences humaines désastreuses. La crainte est que le retrait des États-Unis des efforts mondiaux de traçabilité virale ne conduise à une moindre préparation face aux menaces sanitaires émergentes.
« Chaque jour où nous retardions, chaque jour où nous avions moins de coordination était un jour où des dizaines, des centaines, des milliers de personnes allaient mourir. »
Demetre Daskalakis