Le bitcoin, loin de se conformer aux catégories habituelles, se révèle de plus en plus influencé par les dynamiques macroéconomiques mondiales, et non par des facteurs intrinsèques à la cryptomonnaie. Son comportement actuel, marqué par une récente correction, s’explique moins par un échec de l’actif que par un retournement des conditions financières globales.
Pendant longtemps, les débats autour du bitcoin ont oscillé entre deux pôles : actif refuge ou investissement à haut risque, or numérique ou technologie spéculative. Ces classifications, cependant, ne rendent plus compte de la réalité. Selon des analyses récentes, le bitcoin se positionne désormais avant tout comme un indicateur de la liquidité mondiale, une sorte d’option financière sensible aux flux de capitaux.
Une étude portant sur la période allant de mai 2013 à juillet 2024 a mis en évidence une corrélation de 0,94 entre le prix du bitcoin et la liquidité mondiale. Cela signifie que dans 83 % des cas, sur une période de 12 mois, le bitcoin évolue en fonction de la disponibilité de l’argent sur les marchés financiers – un chiffre supérieur à celui de toute autre classe d’actifs majeure.
Cette sensibilité à la liquidité explique la forte hausse observée en 2020 et 2021, durant l’ère des taux d’intérêt bas et des politiques d’assouplissement quantitatif. Le bitcoin est alors passé d’environ 5 000 dollars (environ 4 600 euros) en mars 2020 à près de 29 000 dollars (environ 27 000 euros) à la fin de l’année. Inversement, le resserrement monétaire de 2022, en réponse à l’inflation croissante, a entraîné une chute du prix, passant de 47 000 dollars (environ 43 500 euros) à 16 000 dollars (environ 14 800 euros).
Les taux d’intérêt réels jouent également un rôle crucial. En l’absence de revenus intrinsèques, le bitcoin devient moins attractif lorsque les rendements ajustés à l’inflation augmentent, incitant les investisseurs à se tourner vers des actifs plus rémunérateurs. Dans ce contexte, le bitcoin se comporte davantage comme une action de croissance, performant mieux lorsque les taux réels sont bas.
Le dollar américain exerce une influence plus subtile, mais non négligeable. Le prix du bitcoin étant exprimé en dollars, un dollar fort tend à resserrer les conditions financières mondiales, en particulier pour les investisseurs hors des États-Unis. C’est pourquoi le bitcoin réagit souvent aux anticipations de changements de politique de la Réserve fédérale américaine (Fed) ou aux tensions budgétaires, avant même que ces changements ne se concrétisent.
Malgré les discours persistants sur l’or numérique, le bitcoin conserve un profil d’actif à risque. Il évolue en fonction de l’appétit pour les technologies à forte croissance, des cycles de financement du capital-risque et de l’utilisation de l’effet de levier. L’inflation ne profite au bitcoin que dans des circonstances spécifiques, lorsque les banques centrales sont en retard ou contraintes de relancer l’économie.
L’approbation des ETF (fonds négociés en bourse) au comptant Bitcoin par la SEC (Securities and Exchange Commission) en janvier 2024 a marqué une étape importante, avec 103 milliards de dollars (environ 95 milliards d’euros) d’actifs sous gestion. Au quatrième trimestre 2024, les investisseurs institutionnels détenaient 27,4 milliards de dollars (environ 25,3 milliards d’euros) d’ETF Bitcoin, soit 26,3 % du total des actifs, témoignant d’une augmentation de 114 % d’un trimestre à l’autre.
À l’heure actuelle, le bitcoin se négocie comme un instrument macroéconomique pleinement intégré. La récente baisse de son prix ne doit donc pas être interprétée comme un échec, mais comme une conséquence du retournement des conditions macroéconomiques. Pour comprendre son évolution future, il est essentiel de se concentrer sur les tendances de la liquidité mondiale, les taux d’intérêt réels, la force du dollar et l’appétit pour le risque.