Une nouvelle approche thérapeutique promet de réduire la durée et la pénibilité des traitements pour certains cancers de la gorge, ouvrant la voie à une amélioration significative de la qualité de vie des patients. Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal participe activement à un essai clinique international de phase III testant cette thérapie innovante.
Les cancers de l’oropharynx causés par le virus du papillome humain (VPH), autrefois relativement rares, représentent aujourd’hui une préoccupation majeure en oncologie. Le traitement conventionnel, bien qu’efficace, impose un lourd tribut aux patients. « Sept semaines de radiothérapie et de chimiothérapie, durant lesquelles la qualité de vie du patient est gravement compromise », décrit la radio-oncologue Houda Bahig. Les difficultés à déglutir sont si intenses que le recours à une sonde naso-gastrique devient souvent nécessaire. Face à cette réalité, l’objectif est clair : préserver l’efficacité du traitement tout en allégeant son impact sur le quotidien des malades.
C’est dans cette optique que la docteure Bahig et ses collaborateurs, issus d’établissements de recherche aux États-Unis, en Irlande, en Australie et en Italie, explorent une radiothérapie stéréotaxique de haute précision. Cette technique, déjà éprouvée pour d’autres cancers, vise à réduire la durée du traitement à seulement 4,5 semaines. L’ultra-ciblage offert par cette approche, rendu possible par les avancées en imagerie médicale, permet de délivrer des doses de radiation plus importantes directement sur la tumeur. « C’est un type de traitement ultra ciblé qui utilise de l’imagerie pour bien nous positionner, pour rester précis, et qui permet de donner des grosses doses à la fois parce qu’on est capable de cibler la tumeur de façon précise », explique la docteure Bahig.
Le protocole consiste à administrer de fortes doses de radiation en une seule fois sur la tumeur, puis à traiter les ganglions lymphatiques potentiellement atteints à plus faible dose. Bien que la dose globale de radiation reste similaire à celle du traitement conventionnel, sa délivrance ciblée pourrait significativement atténuer les effets secondaires. Les résultats préliminaires de la phase II de l’essai clinique ont été jugés suffisamment encourageants pour lancer la phase III, marquant ainsi une première pour un traitement alternatif prometteur dans cette pathologie. « C’est une approche différente qui, en théorie, permet de réduire les toxicités, les effets secondaires des traitements », souligne la docteure Bahig.
Si elle s’avère concluante, cette méthode pourrait à terme devenir une norme de traitement internationale, générant des économies pour le système de santé en réduisant les hospitalisations et en améliorant la qualité de vie des patients. Par ailleurs, la prévalence des cancers de la gorge liés au VPH est en augmentation constante, dépassant même celle du cancer du col de l’utérus. Cette évolution est notamment marquée par un changement démographique : alors qu’il y a une vingtaine d’années les cancers de la gorge étaient principalement liés au tabac et à l’alcool, on observe désormais une hausse significative des cas liés au VPH, particulièrement dans les pays occidentaux où le tabagisme a reculé.
Ce phénomène touche de plus en plus de patients jeunes, souvent âgés de 40 à 50 ans, majoritairement des hommes. Ces derniers découvrent leur diagnostic à un stade avancé, malgré un absence de tabagisme. La docteure Bahig estime que 80% des cas de cancers de la gorge qu’elle rencontre sont désormais associés au VPH. L’impact de la vaccination, initiée plus récemment, ne sera cependant perceptible qu’à moyen terme, dans une dizaine d’années. « C’est définitivement une population plus jeune qui (est) toujours très surprise d’avoir ce diagnostic-là », conclut-elle. « Ça souligne d’autant plus l’importance de travailler à diminuer les effets secondaires et d’améliorer la qualité de vie. C’est une population de patients qui va vivre plus longtemps et ce qui veut dire qu’ils ont plus de chances de développer et de vivre avec des effets secondaires à plus long terme. »