Des troubles du sommeil survenant des années avant les premiers symptômes moteurs pourraient constituer un signe précoce de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), également connue sous le nom de maladie de Charcot. Une équipe de recherche française ouvre ainsi de nouvelles perspectives thérapeutiques potentielles pour cette maladie neurodégénérative incurable.
Selon une étude récente de l’Inserm et de l’Université de Strasbourg, les perturbations du sommeil précèdent l’apparition des déficits moteurs caractéristiques de la SLA. Les chercheurs ont analysé les enregistrements de sommeil de patients à différents stades de la maladie, ainsi que ceux de groupes témoins, et ont constaté que les patients, même ceux porteurs de mutations génétiques prédisposantes, présentaient des troubles similaires : un temps d’éveil prolongé et un sommeil moins profond.
« Ces tests montrent que les deux groupes de patients souffraient du même type de troubles du sommeil : ils passaient plus de temps éveillés et dormaient moins profondément que les groupes témoins », ont déclaré les auteurs de l’étude, dont les résultats ont été publiés le 4 février dans la revue Science Translational Medicine.
L’étude met en lumière le rôle des neurones à orexine, situés dans l’hypothalamus et responsables de l’éveil. Chez des souris atteintes de SLA présentant des troubles du sommeil similaires à ceux observés chez les humains, les scientifiques ont constaté des modifications dans les circuits neuronaux contenant ces neurones, dues à la perte de cellules nerveuses de soutien au fur et à mesure de la progression de la maladie.
Des tests sur des souris ont révélé qu’une substance inhibant le récepteur de l’orexine, déjà utilisée pour traiter l’insomnie, pouvait rétablir un sommeil normal après une seule dose orale. L’activité des neurones de soutien s’est également améliorée, et après 15 jours de traitement, une protection des motoneurones a été observée. L’équipe de recherche envisage désormais de tester ces résultats sur des patients atteints de SLA.
La SLA est une maladie neurodégénérative progressive qui entraîne la mort des motoneurones, les cellules nerveuses responsables du contrôle des muscles. Elle se manifeste généralement entre 50 et 70 ans et conduit à une faiblesse musculaire, une atrophie, des troubles moteurs et, finalement, une perte d’autonomie. La défaillance des muscles respiratoires est souvent la cause du décès, généralement dans les trois à cinq ans suivant l’apparition des premiers symptômes.
En France, environ 8 000 personnes sont atteintes de SLA, avec une incidence annuelle de 2,7 cas pour 100 000 habitants. Les premiers symptômes peuvent inclure des difficultés à parler ou à avaler (dans environ 30 % des cas), mais se manifestent le plus souvent par une faiblesse ou une gêne dans un bras, une jambe ou une main.
« Les découvertes de notre équipe sont significatives à double titre », explique Luc Dupuis, l’un des principaux auteurs de l’étude. « Elles attirent l’attention sur une nouvelle séquence temporelle des symptômes de la SLA et soulèvent la question des origines de la maladie et notamment du rôle du cerveau dans celle-ci. Elles donnent aux patients – et à ceux chez qui la maladie est encore en développement – une lueur d’espoir que des contre-mesures précoces pourraient peut-être ralentir la progression extrêmement rapide de la SLA. »