Publié le 6 février 2026 19h43. L’armée russe, confrontée à des difficultés de communication en Ukraine, a perdu l’accès aux terminaux Starlink après une intervention de SpaceX visant à limiter leur utilisation aux forces ukrainiennes. Cette restriction a entraîné des perturbations significatives sur le champ de bataille, selon des sources militaires et des analystes.
- L’armée russe a été privée de l’accès aux terminaux Starlink suite à l’implémentation d’une « liste blanche » par SpaceX, limitant l’utilisation du service aux forces ukrainiennes.
- Les chaînes Telegram pro-russes font état de problèmes de communication majeurs sur la ligne de front, affectant la coordination des drones et des opérations militaires.
- Les forces ukrainiennes ont également rencontré des difficultés temporaires après avoir été contraintes d’enregistrer leurs terminaux Starlink auprès de SpaceX.
SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk, a pris des mesures pour empêcher l’utilisation non autorisée de son service de communication par satellite Starlink par l’armée russe en Ukraine. Selon Elon Musk, ces mesures ont porté leurs fruits. « Il semble que les mesures que nous avons prises pour freiner l’utilisation non autorisée de Starlink par la Russie ont porté leurs fruits », a-t-il écrit sur X le 1er février.
Les forces armées russes avaient réussi à acquérir des terminaux Starlink via des pays tiers et à les utiliser pendant les hostilités. Ces appareils, facilement disponibles dans le commerce, permettaient notamment aux opérateurs de drones et aux commandants de recevoir des images en temps réel, de maintenir les communications et même de collecter des fonds pour soutenir le front, explique l’analyste militaire Yan Matveev à DW. La perte d’accès à Starlink a rapidement eu des répercussions sur le terrain.
Plusieurs chaînes Telegram pro-russes ont signalé des problèmes de communication importants, et au moins neuf blogueurs proches des forces armées russes ont fait état de la perte des communications Starlink. Alexander Kots, correspondant militaire du journal Komsomolskaïa Pravda, a qualifié Starlink de « talon d’Achille » de la Russie, selon The Moscow Times. Des difficultés de communication ont été signalées dans près de 90 % des secteurs du front.
Certains experts militaires russes ont tenté de minimiser l’importance de Starlink, évoquant la possibilité de recourir à des alternatives russes. Cependant, Yan Matveev souligne que ces alternatives sont peu nombreuses, moins performantes et plus difficiles à acquérir. « Mais il y en a très peu. Ils fonctionnent bien moins bien. Et le principal avantage (de Starlink, ndlr) c’est qu’il était très facile d’acheter un terminal », a-t-il déclaré.
La Russie n’est pas directement couverte par le réseau Starlink, mais les forces armées russes avaient contourné cette limitation en achetant des terminaux via des intermédiaires. « Ces appareils sont vendus en grande quantité simplement dans les magasins. Et tout le reste sera beaucoup plus difficile à acheter et à utiliser », ajoute Matveev.
Le remplacement de Starlink par des communications radio traditionnelles s’avère également problématique, en raison de la présence d’équipements de guerre électronique sur le front, qui perturbent les signaux radio. De plus, l’armée russe souffre d’un manque de stations radio performantes, selon Yan Matveev : « Et le ministère de la Défense ne leur fournit même pas de mauvaises stations de radio. Et celles qu’il fournit fonctionnent très mal, voire pas du tout ».
Du côté ukrainien, l’implémentation de la « liste blanche » a également entraîné des perturbations temporaires. Mikhaïl Fedorov, ministre ukrainien de la Défense, avait signalé en 2024 l’existence d’un grand nombre de terminaux Starlink « non officiels » au sein de l’armée ukrainienne. Kiev a depuis demandé à SpaceX de bloquer tous les appareils non enregistrés auprès du ministère de la Défense.
Les militaires disposant de terminaux privés ont été invités à s’enregistrer via un système électronique spécial, ce qui a entraîné des problèmes de communication temporaires. « Ceux qui n’ont pas soumis rapidement des listes pour les Starlinks privés ont eu des problèmes. Le processus de traitement se poursuit », a commenté Sergueï Beskrestnov, conseiller de Fedorov, sur sa chaîne Telegram.
Cependant, Beskrestnov a estimé que la situation du côté russe était bien plus grave, la qualifiant de « catastrophe ». « Tout commandement et contrôle des troupes a cessé. Dans de nombreuses régions, les opérations d’assaut ont été arrêtées », a-t-il affirmé.
Selon des sources de l’état-major général des forces armées ukrainiennes et des milieux militaires ukrainiens, citées par Radio Liberty et Ukrayinska Pravda, le nombre d’assauts russes a fortement diminué après le blocage des terminaux Starlink non enregistrés. Les 5 et 6 février, 56 et 62 affrontements militaires ont été recensés, contre 147, 137 et 110 les 2, 3 et 4 février.
Selon Matveev, de nombreuses unités russes se retrouveront « sans aucune communication opérationnelle et agiront essentiellement aveuglément, avec une mauvaise coordination avec leurs voisins ou avec le commandement ». Il suppose que certains états-majors russes pourraient se rapprocher de la ligne de front pour maintenir le contact avec leurs unités, ce qui les rendrait plus vulnérables.
« Nous devons voir à plus long terme comment tout cela fonctionnera. Mais, très probablement, les problèmes de communication dans l’armée russe réapparaîtront fin 2022 – début 2023, alors que Starlink n’était pas encore activement utilisé par eux », conclut l’expert. Et cela, selon lui, pourrait entraîner des pertes dans les attaques, une détérioration de la coordination et une baisse générale de la qualité des opérations offensives.