Publié le 29 octobre 2025. La Russie a annoncé un tir d’essai réussi de son missile de croisière hypersonique à propulsion nucléaire, le Burevestnik. Ce test, salué par Vladimir Poutine comme une avancée technologique majeure, soulève des questions quant à sa réelle capacité d’interception et à la stratégie de communication de Moscou.
- Le missile de croisière Burevestnik, doté d’un moteur nucléaire, possèderait une portée illimitée.
- Selon des experts, malgré la démonstration, l’arme n’est pas prête pour un usage opérationnel et les tests précédents ont connu un faible taux de succès.
- Cette annonce intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, notamment suite aux récentes manœuvres de l’OTAN et aux sanctions américaines.
Une vidéo diffusée par le Kremlin met en scène le président russe, Vladimir Poutine, échangeant avec son chef d’état-major, Valeri Gerasimov, au sujet d’un test du missile de croisière Burevestnik, présenté comme ayant eu lieu le 21 octobre 2025. Cette arme révolutionnaire se distinguerait par sa propulsion nucléaire, une technologie unique au monde selon le dirigeant russe. Valeri Gerasimov a souligné sa « portée illimitée », évoquant une distance de plus de 14 000 kilomètres parcourue en 15 heures de vol lors de cet essai.
Le missile, dont le développement remonte à 2001 pour la Russie, est capable d’emporter des ogives conventionnelles ou nucléaires. L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) le connaît sous le nom de code « Skyfall ».
Quelle est la probabilité d’utilisation du nouveau missile ?
Nils Andreas Stensoenes, chef des services secrets norvégiens, a confirmé à l’agence de presse Reuters qu’un nouveau lancement test de ce missile de croisière à longue portée avait bien eu lieu dans l’archipel de Novaya Zemlya, dans l’Arctique. Cependant, les experts interrogés par DW émettent des doutes quant à une utilisation prochaine de cette arme, révélée pour la première fois en 2018. Carlo Masala, professeur de politique à l’Université de la Bundeswehr à Munich, rappelle que sur les 14 tests connus, seuls trois auraient abouti à un succès.
Nico Lange, chercheur senior à la Conférence de Munich sur la sécurité, a quant à lui critiqué sur les réseaux sociaux l’annonce russe.

Pourquoi la Russie parle-t-elle maintenant de Burevestnik ?
Carlo Masala met en parallèle cette annonce avec les récentes manœuvres de l’OTAN impliquant des armes nucléaires, qui se sont achevées peu de temps auparavant. Pendant deux semaines, 14 pays de l’alliance ont mené des exercices de défense territoriale au-dessus de la mer du Nord, auxquels la Russie a répondu par un exercice parallèle de ses forces nucléaires.
De plus, Masala est convaincu que la communication autour du succès de ce test coïncide avec le renforcement des sanctions américaines contre la Russie. Selon lui, la stratégie de Poutine consiste à rappeler que son pays demeure une puissance nucléaire.
L’OTAN pourrait-elle repousser une attaque ?
Selon la version russe, le Burevestnik serait difficile à intercepter, grâce à des « manœuvres horizontales et verticales complexes » qui démontreraient sa capacité d’évasion. Sa longue portée lui permettrait de survoler la Terre à plusieurs reprises et de déjouer ainsi les défenses. Carlo Masala confirme la difficulté d’interception, tout en précisant que le missile vole à une vitesse subsonique, le rendant « potentiellement détectable et interceptable ».
« Je ne pense pas que le système soit invincible, mais il fait partie de l’escalade des armements dans laquelle nous nous trouvons. Ils ont développé un nouveau système et maintenant nous devons trouver quelque chose pour le faire tomber. »
Jeffrey Lewis, expert en non-prolifération et contrôle des armements à l’Institut d’études internationales de Middlebury à Monterey, Californie.
Comment fonctionne un moteur nucléaire ?
Le principe du Burevestnik s’apparente, de manière simplifiée, à celui d’un turboréacteur classique : l’air aspiré est chauffé et expulsé, générant une poussée. La différence majeure réside dans la source d’énergie : un réacteur nucléaire. Cette propulsion permettrait une autonomie considérablement accrue, sans nécessiter le transport de grandes quantités de carburant.
Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, la Russie et les États-Unis avaient exploré des concepts similaires, avant de les abandonner, notamment en raison des émissions de gaz radioactifs.
À quel point les radiations sont-elles dangereuses ?
L’expert nucléaire indépendant Pavel Podvig se montre prudent quant aux affirmations de « Tchernobyl volant ». Il estime que toute fuite radioactive aurait été détectée.
Nikolai Sokov, chercheur principal au Centre de Vienne pour le désarmement et la non-prolifération (VCDNP), partage cet avis : « C’était une tâche difficile. Apparemment, Rosatom a réussi à développer un moteur qui n’émet pas de radiations graves pendant le vol », explique-t-il.
Le danger serait cependant plus élevé en cas d’accident, que ce soit au décollage ou en vol. L’accident le plus grave connu lié au projet Burevestnik remonte au 8 août 2019, lorsqu’une explosion dans un centre de recherche en mer Blanche a coûté la vie à cinq employés de la société nucléaire russe Rosatom, et a entraîné une augmentation des radiations dans la région. Les décès dus aux radiations ne sont pas confirmés.