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Ce qu’une récession potentielle pourrait signifier pour les rendements obligataires

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La Récession, Un Étrange Catalyseur Pour Les Obligations ?

Face à un possible ralentissement économique, l’horizon des obligations pourrait bien s’assombrir, un scénario inhabituel qui bouscule les prévisions. Si une récession survient, l’effet immédiat sur le marché obligataire pourrait s’avérer favorable, mais la grande interrogation réside dans l’ampleur d’une éventuelle baisse des rendements.

Les Choix Gouvernementaux, Déterminants Clés

Plusieurs éléments influenceront la tournure des événements, mais la réponse du gouvernement face à une récession constitue la principale contrainte. Rappelons qu’en 2020 et 2021, des chèques ont été distribués pour stimuler l’économie, entraînant, combinés à d’autres dépenses massives et aux ruptures d’approvisionnement, des taux d’inflation records depuis le début des années 1980.

Bien que la prochaine récession ne devrait pas être marquée par les mêmes contraintes d’offre que celles connues durant la pandémie, une nouvelle vague de relance budgétaire, incluant des versements directs aux ménages, pourrait alimenter l’inflation. De plus, des déficits budgétaires jugés trop importants pourraient inciter les acteurs du marché obligataire à exiger des rendements plus élevés.

Les TIPS : Un Rempart Contre L’Inflation ?

Face à ces préoccupations, la question de la protection offerte par les Titres du Trésor Protégés Contre l’Inflation (TIPS) se pose. Pour y répondre, il est pertinent d’analyser la performance récente des TIPS par rapport aux obligations classiques (obligations nominales), notamment durant la période de forte inflation de 2022.

Comparaison : TIPS vs Obligations Nominales (2020-2025)

Illustrons leurs performances sur les cinq dernières années. Nous avons sélectionné un TIPS et une obligation nominale avec des dates d’échéance et d’émission quasi identiques, tous deux arrivant à maturité en octobre 2025.

TIPS

  • Cusip : 91282CAQ4
  • Coupon : 0,125 %
  • Rendement à l’émission : -1,32 %
  • Date d’émission : 15 octobre 2020
  • Date d’échéance : 15 octobre 2025

Obligation Nominale

  • Cusip : 91282CAT8
  • Coupon : 0,250 %
  • Rendement à l’émission : 0,33 %
  • Date d’émission : 11 février 2020
  • Date d’échéance : 31 octobre 2025

À l’émission, le rendement du TIPS était de -1,32 %, tandis que celui de l’obligation nominale s’élevait à +0,33 %. Le taux d’inflation implicite, ou « taux de dépréciation » (break-even inflation rate), pour les cinq années suivantes était donc de 1,65 %. Si l’inflation réelle avait été de 1,65 %, le rendement total du TIPS aurait été identique à celui de l’obligation nominale, soit +0,33 %.

Cependant, l’inflation a largement dépassé les prévisions du marché, atteignant en moyenne 4,43 % depuis l’émission des obligations, selon l’indice des prix à la consommation (IPC). Le rendement de notre TIPS s’est donc établi à 3,11 % (-1,32 % + 4,43 %), récompensant ainsi les investisseurs ayant anticipé une inflation supérieure aux attentes.

Le tableau et le graphique ci-dessous détaillent les rendements totaux de ces deux obligations, incluant les paiements de coupons, l’ajustement lié à l’inflation et les variations de prix.

Mécanisme des TIPS

Les TIPS sont des titres de créance émis par le gouvernement américain. Comme les autres bons du Trésor, ils possèdent une date d’échéance et un taux nominal. La particularité des TIPS réside dans leur valeur principale, qui évolue en fonction de l’inflation. Cette valeur principale, ajustée de l’inflation, est multipliée par le taux du coupon pour déterminer le montant des paiements. Il est important de noter que même en cas d’inflation négative, le principal ne descend jamais en dessous de sa valeur nominale initiale (100).

L’exemple précédent illustre bien ce mécanisme : le facteur d’inflation est passé de 1,00 à l’émission à 1,246 à l’échéance, entraînant une augmentation de 24,6 % du paiement final du coupon par rapport au paiement initial.

Le Point Mort d’Inflation, Un Indicateur Crucial

Lors de la comparaison entre TIPS et obligations classiques, l’attention des investisseurs devrait se porter davantage sur le point mort d’inflation plutôt que sur le rendement à l’échéance.

Dans notre exemple, malgré un rendement initial à l’échéance du TIPS de -1,32 %, le rendement final a atteint +3,11 %. Pour les obligations nominales, le rendement actuariel à l’émission et à l’échéance reste identique. Le taux de point mort d’inflation représente la différence de rendement entre un TIPS et une obligation nominale de même échéance. Si l’inflation réalisée sur la durée de vie d’un TIPS est inférieure à ce point mort, le rendement est moindre qu’avec une obligation nominale. Inversement, si l’inflation dépasse le point mort, l’investisseur en TIPS bénéficie d’un rendement supérieur.

Situation Actuelle

Actuellement, le rendement d’un TIPS à cinq ans s’établit à 1,15 %, contre 3,65 % pour une obligation nominale équivalente. Le point mort d’inflation se situe donc à 2,50 %.

Pour contextualiser, voici quelques estimations de l’inflation pour les cinq prochaines années :

  • Enquête de l’Université du Michigan : 3,70 %
  • Enquête de la Fed de New York : 2,90 %
  • Prévisions de la Fed de Cleveland : 2,32 %
  • Projection à long terme du FOMC de la Fed : 2,00 %

La question clé pour un investisseur est donc de savoir si l’inflation moyenne sur cinq ans sera supérieure ou inférieure à ces 2,50 %.

Il est essentiel de garder à l’esprit que cet équilibre peut être rompu en période de récession. Dans ce contexte, les TIPS pourraient se révéler particulièrement attrayants pour ceux qui anticipent des dépenses budgétaires importantes de la part du gouvernement, susceptibles de stimuler l’inflation.

En Conclusion

Historiquement, les marchés ont souvent extrapolé le passé pour anticiper l’avenir. Jusqu’en 2020, l’hypothèse d’une inflation modérée était prédominante. Ces cinq dernières années ont bouleversé cette prédiction. La question centrale aujourd’hui est de déterminer si la période récente de forte inflation est durable ou si nous assisterons à un retour à une inflation inférieure à 2 %, telle que connue avant la pandémie.

La réponse à cette interrogation pourrait bien dépendre de l’éventualité de nouvelles mesures de soutien gouvernemental destinées à contrer une éventuelle récession.

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