Publié le 2 novembre 2025. Face à la puissance de la colère, une neuroscientifique décrypte les mécanismes cérébraux en jeu et propose des clés pour mieux la maîtriser, transformant ainsi notre rapport à cette émotion intense.
- La colère intense peut provoquer un « détournement de l’amygdale », désactivant temporairement le cortex préfrontal, siège de la rationalité.
- Reconnaître et nommer son émotion, même sans en comprendre immédiatement la cause, aide à en réguler l’intensité.
- Des techniques de respiration, axées sur une expiration plus longue que l’inspiration, permettent de calmer le système nerveux.
La colère, cette émotion souvent dévastatrice, peut nous faire perdre le contrôle de nos actes en un instant. Mais que se passe-t-il concrètement dans notre cerveau lorsque la fureur nous submerge ? Raquel Mascaraque, spécialiste en neurosciences, éclaire les mécanismes de cette réaction intense et livre des pistes pour apprendre à la dompter.
Ce phénomène est désigné par le terme « détournement de l’amygdale », concept introduit par le psychologue Daniel Goleman. L’amygdale, responsable du traitement des émotions, entre alors en surrégime, tandis que le cortex préfrontal, siège de la planification et de la prise de décision rationnelle, voit ses fonctions temporairement altérées. Selon la neuroscientifique, ce n’est pas tant une bataille entre ces deux zones qu’une perturbation de leur équilibre habituel. Des pics de stress élevés, libérant des catécholamines comme la dopamine ou l’adrénaline, peuvent modifier la fonctionnalité du cortex préfrontal, nous poussant à agir de manière plus impulsive.
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Face à la montée de la colère, Raquel Mascaraque préconise d’abord de la reconnaître, sans la réprimer. « La première étape est de nommer l’émotion, de lui accorder sa juste place. Dire ‘Je ressens une grande colère, je ne sais pas exactement pourquoi, mais elle est bien là' », suggère-t-elle. Cet acte, apparemment simple, active le cortex préfrontal ventrolatéral, une zone cérébrale essentielle à la maîtrise des impulsions et à la régulation comportementale. Si cela ne fait pas disparaître l’émotion instantanément, cela en réduit néanmoins l’intensité et facilite la reprise de contrôle.
La respiration se révèle également être un outil puissant pour retrouver son calme. « Pour réguler le système nerveux autonome, une expiration prolongée est particulièrement efficace », insiste la spécialiste. Elle propose une technique accessible : expirer plus longuement que l’on inspire. Compter mentalement les secondes de chaque cycle respiratoire permet de focaliser son esprit sur le moment présent et de briser ainsi les schémas de pensée négatifs. « Concentrez-vous sur les chiffres, cela dirigera l’attention de votre cerveau sur le comptage, plutôt que sur ce qui vous met en rage », explique-t-elle.
@raquelmascaraque Comment combattre la rage et la colère ? (Détournement émotionnel) #rabie #émotions #aprendecontiktok #psychologie #gestionémotionnelle ♬ son original – RaquelMascaraque
La gestion de la colère, rappelle la spécialiste, ne vise pas son éradication mais sa compréhension profonde. « L’intelligence émotionnelle ne consiste pas à contrôler ses émotions, mais à apprendre à interpréter ce que notre cerveau et notre corps nous communiquent. Car plus nous les écoutons, moins ils ont besoin de crier », conclut-elle.