Otto von Bismarck, figure emblématique du XIXe siècle, a profondément marqué l’histoire en façonnant l’Allemagne moderne. De ses origines nobles mais terriennes à son rôle d’architecte de l’unification allemande, son parcours est celui d’un homme d’État qui a su manier la diplomatie et la force pour atteindre ses objectifs.
Surnommé le « Chancelier de Fer », Bismarck n’a pas toujours suivi la voie tracée par sa famille. Issu de la petite noblesse prussienne, fils d’un militaire, il aurait pu embrasser une carrière dans l’armée. Cependant, son père souhaitait pour lui une éducation plus poussée. Il étudie ainsi le droit à Göttingen et à Berlin, sans jamais renier ses racines rurales. Pendant quelques années, il préfère se consacrer à la gestion de la ferme familiale, s’éloignant d’une bureaucratie berlinoise qu’il jugeait alors rébarbative. C’est dans le cocon familial qu’il forge ses premières réflexions conservatrices, marquées par une méfiance envers les idées libérales.
Son entrée en politique se fait en 1847, lorsqu’il est élu député au Landtag prussien, le parlement régional. L’historien britannique Alan John Percivale Taylor note à ce propos : « Bismarck a vite compris que ce mot [le discours] pouvait être une arme s’il était utilisé avec sang-froid ». La révolution de 1848, qui secoue l’Europe, le marque profondément et le pousse vers une carrière diplomatique. Il représente ainsi la Prusse à la Diète germanique de Francfort, puis devient ambassadeur à Saint-Pétersbourg et à Paris. Ces expériences à l’étranger lui permettent d’appréhender le rôle que la future Allemagne devra jouer sur la scène internationale. Comme le souligne son biographe Jonathan Steinberg, « aucun homme politique du XIXe siècle n’a dominé avec autant d’instinct l’équilibre des grandes puissances », une observation qui, bien qu’exagérée, révèle la vision stratégique du futur Chancelier.
La création du premier Reich allemand est son œuvre majeure. En septembre 1862, face à une crise politique profonde, le roi Guillaume Ier nomme Bismarck ministre-président. Dès lors, il opte pour une politique volontariste, n’hésitant pas à recourir à la force militaire pour unifier les États allemands. Trois guerres marquent cette période : celle contre le Danemark en 1864 pour les duchés de Holstein et de Schleswig, celle contre l’Autriche en 1866 qui se solde par la victoire de Sadowa, et enfin, celle contre la France de Napoléon III en 1870, achevée par la défaite française à Sedan.
Ces succès militaires mènent à la proclamation de l’Empire allemand en janvier 1871. Bismarck devient le premier Chancelier de ce nouvel État, dont l’assise repose sur la puissance militaire et la construction d’un nationalisme culturel et social. Cette période voit l’émergence d’une identité allemande forte, symbolisée par des œuvres comme celles de Wagner ou la peinture de Adolf von Menzel représentant la proclamation de l’Empire à Versailles.
En 1890, le Kaiser Guillaume II exige sa démission. Bismarck se retire alors dans sa résidence de Friedrichsruh, où il rédige ses mémoires, souhaitant laisser sa propre version de l’histoire et de la destinée de la nation allemande. L’architecte de l’unité et de la modernisation allemandes s’éteint en juillet 1898, laissant derrière lui un héritage complexe, dont l’analyse se poursuit encore aujourd’hui.