Publié le 22 octobre 2025 à 06:11:00. Des chercheurs ont mis en lumière le rôle protecteur de la grossesse et de l’allaitement contre le cancer du sein, confirmant des observations anciennes et ouvrant de nouvelles pistes pour la prévention et le traitement.
Une nouvelle étude parue dans la revue scientifique Nature apporte un éclairage nouveau sur le rôle du système immunitaire dans la protection contre le cancer du sein. Les travaux suggèrent que la grossesse et l’allaitement induisent des modifications durables au sein du système immunitaire, conférant une protection à long terme.
« La grossesse et l’allaitement laissent des cellules immunitaires protectrices durables dans le sein et le corps », explique Sherene Loi, oncologue et chercheuse principale au Centre de cancérologie Peter MacCallum. « Ces cellules contribuent à réduire le risque de cancer du sein et à améliorer l’immunité, notamment contre le cancer du sein triple négatif. » Ces cellules T, comparées à des « sentinelles », sont capables de reconnaître et d’éliminer les cellules anormales avant qu’elles ne deviennent malignes.
Cette découverte représente un « changement de paradigme dans la façon dont nous comprenons l’immunité et la protection à long terme contre le cancer du sein », a souligné Loi.
L’étude, menée sur 260 femmes ayant eu recours à une réduction mammaire ou une mastectomie préventive, a révélé une présence significativement plus élevée de ces lymphocytes T protecteurs dans le tissu mammaire des femmes ayant eu des enfants, et ce, même plusieurs années après leur dernière grossesse. Des expériences menées sur des souris ont corroboré ces observations : les animaux ayant eu des petits et ayant été allaités ont développé moins de tumeurs, et celles-ci étaient de plus petite taille. La suppression des cellules T chez ces animaux a annulé cet effet protecteur.
Par ailleurs, l’analyse des données de plus d’un millier de femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif a montré que celles qui avaient allaité bénéficiaient de meilleures chances de survie. Leurs tumeurs présentaient une concentration plus élevée de cellules immunitaires, signe d’une réponse immunitaire active et continue face aux cellules cancéreuses.
Des recherches antérieures avaient déjà établi un lien entre le nombre d’enfants et le risque de cancer du sein, suggérant une réduction d’environ 7 % par enfant et un bénéfice supplémentaire de 2 % tous les cinq mois d’allaitement. Cependant, le phénomène est complexe : un risque temporaire accru survient peu après l’accouchement, avant de diminuer. Les femmes ayant eu des enfants mais n’ayant pas allaité pourraient présenter un risque plus élevé de développer la forme agressive du cancer triple négatif.
Selon Sherene Loi, cette complexité pourrait expliquer l’augmentation des cas de cancer du sein chez les jeunes femmes : les grossesses surviennent plus tardivement et l’allaitement est souvent plus court, voire absent. « Plus une femme allaite longtemps, plus l’effet protecteur est important. Six mois ou plus semblent optimaux, mais un peu vaut toujours mieux que rien. »
Ces découvertes ouvrent des perspectives prometteuses en matière de prévention et de traitement. Nicolas Huntington, de l’Université Monash, qualifie ces avancées de « étape importante dans la compréhension de la manière dont la reproduction peut influencer de manière permanente le système immunitaire ». Il envisage que ces recherches pourraient mener au développement de nouvelles thérapies, voire de vaccins capables d’imiter les effets protecteurs de l’allaitement.
Le professeur Loi insiste sur le fait que cette recherche ne vise en aucun cas à porter un jugement sur les choix personnels des femmes. « Toutes les femmes ne veulent pas ou ne peuvent pas avoir d’enfants. Il s’agit de comprendre la biologie afin que nous puissions utiliser ces connaissances pour protéger tout le monde », précise-t-elle. Il ne s’agit donc pas d’un appel à procréer, mais plutôt d’une avancée vers des approches de soins innovantes, s’inspirant de la puissance intrinsèque du corps féminin.
Outre les masses palpables, d’autres signes peuvent alerter quant à un possible cancer du sein. Il est possible de consulter la liste complète de ces signaux d’alerte.
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Source : Nature