À Vouzailles, un village de 500 habitants dans la Vienne, le dernier commerce s’appelle « Chez Tintin ». Il s’agit d’une boucherie-épicerie reprise il y a un an par Justin Adolphe, un jeune boucher de 19 ans qui a choisi de sauver ce lieu de vie essentiel pour sa commune.
À 19 ans, Justin Adolphe, surnommé « Tintin » par les habitants de Vouzailles, est devenu le plus jeune propriétaire de commerce dans ce petit village de la Vienne. Il a repris en octobre 2024 la boucherie-épicerie du village, dernier commerce encore en activité, après avoir terminé ses études. Son objectif : maintenir un point de service vital pour la population locale, notamment les personnes âgées.
« Ce n’était pas tant l’envie de devenir patron », explique le jeune homme. « C’était surtout de savoir si quelqu’un allait racheter la boucherie, car elle était en vente depuis six mois. J’ai terminé mes études, alors autant la reprendre pour qu’il reste un commerce dans ce petit village. » L’ancien boulangerie et le bar ont fermé tour à tour, laissant la boucherie comme unique point de rassemblement et de ravitaillement.
Justin a effectué son apprentissage durant trois ans auprès de l’ancien propriétaire, apprenant ainsi les ficelles du métier et s’attachant à cette commune rurale entourée de champs, à une dizaine de kilomètres des bourgs voisins. « La clientèle à Vouzailles est très gentille », confie-t-il. « Je m’entends bien avec les habitants. Ils comprennent que je ne peux pas tout faire et cela ne les dérange pas du tout. »
Le jeune boucher jongle avec la gestion des livraisons, l’approvisionnement de l’épicerie, la préparation de la viande et les tâches administratives. Malgré les imprévus, la clientèle fait preuve de compréhension.
« C’est un battant ! Il faut en vouloir ! Il faut l’aider à réussir ! », s’exclame une cliente. « Il fait de bonnes choses. Toute la viande provient des fermes alentours. Et la qualité est incroyable. C’est quelqu’un du pays qui a l’esprit de proximité. » Un sentiment partagé par un habitant de 84 ans : « Il faut essayer de conserver ces petits commerces. À nos âges, ce n’est pas toujours évident de se déplacer. »
Un an après sa reprise, Justin Adolphe se sent à l’aise aux commandes. « J’ai toujours voulu faire comme je voulais, effectuer mes préparations à ma façon, faire ce qui me convient », dit-il. « Être déjà patron à cet âge-là, cela fait encore plus plaisir car les perspectives sont plus grandes pour continuer de se développer et faire ce qu’on aime. »
Malgré les démarches administratives pour monter son dossier, les banques lui ont accordé leur confiance. La mairie, propriétaire des locaux, a également apporté son soutien en lui offrant un an de gratuité de loyer et en rénovant l’espace commercial.
Son père, Thierry Adolphe, retraité, lui prête main-forte une heure par jour pour l’aider en attendant que Justin puisse embaucher un employé. « Cela fait plaisir de voir un jeune se lancer. Oui, je suis fier de lui. Le voir tenir la boutique, la gérer, ce n’est pas évident. Au début, j’avais un peu des doutes car il est jeune mais il se débrouille bien », confie le père, ravi d’épauler son fils, une dynamique familiale qu’il qualifie d’« toujours très unie ».
Malgré sa jeunesse, Justin Adolphe dégage une maturité et une détermination qui font l’admiration de son entourage. « Il faut beaucoup de courage. Il ne faut rien lâcher. Certaines personnes vous diront, comme ce fut mon cas, qu’à 18 ans, ce n’est pas possible de devenir patron mais il faut prouver que, si on se donne les moyens, on peut y arriver », assure-t-il.
Il encourage d’autres jeunes à reprendre des commerces ruraux. « Ce n’est pas parce que c’est un petit commerce que l’expérience ne sera pas intéressante. Au contraire, avec un petit commerce, on connaît tous nos clients, on connaît leurs habitudes. Cela ne peut être qu’un plus. Sans avoir un trop gros salaire, je suis heureux, je fais ce que j’aime, je fais plaisir aux personnes que je sers. Je n’ai pas besoin de beaucoup plus. »
En dehors de ses activités commerciales, Justin Adolphe s’engage également en tant que pompier volontaire dans la commune voisine où il réside.