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C’était une erreur de compter entièrement sur l’électrique

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Publié le 2025-10-10 13:41:00. Alors que de nombreux constructeurs automobiles s’étaient lancés à corps perdu dans l’électrification, deux acteurs majeurs, BMW et Toyota, adoptent une approche plus mesurée, misant sur une offre multi-énergies face aux réalités du marché et aux disparités régionales.

Au début des années 2020, le secteur automobile semblait engagé dans une course effrénée à l’électrification. Des marques comme Volvo et Bentley avaient annoncé la fin des moteurs thermiques pour 2030, tandis que Ford Europe s’était fixé pour objectif de ne vendre que des véhicules électriques à la même échéance. D’autres, à l’instar de Porsche, visaient une électrification massive de leurs ventes, espérant que les voitures électriques représenteraient plus de 80 % de leurs livraisons d’ici 2030. Audi, de son côté, prévoyait de cesser la commercialisation de moteurs thermiques dès 2032.

Cependant, bon nombre de ces objectifs ambitieux ont été revus à la baisse, voire reportés indéfiniment. Cette tendance s’explique par une réalité : si la demande pour les véhicules électriques est croissante, elle ne répond pas encore aux attentes initiales de tous les constructeurs.

Audi A6 e-tron Avant (2025) en test
Audi A6 e-tron Avant (2025) en test. Image : InsideEVs.

Deux constructeurs font de la résistance

Deux grands noms de l’industrie automobile se distinguent en ne poursuivant pas une stratégie exclusivement axée sur les véhicules électriques : BMW et Toyota. Ces deux entreprises ont mis en avant des arguments pragmatiques pour justifier leur position.

Selon elles, les véhicules électriques ne sont pas encore universellement viables. Outre leur coût généralement plus élevé par rapport aux modèles thermiques, l’infrastructure de recharge demeure insuffisante dans de nombreuses régions du monde.

Toyota GR Corolla automatique (2025)
Toyota GR Corolla automatique (2025). Image : Jeff Perez / Motor1.

BMW : la philosophie du « choix technologique »

BMW maintient sa stratégie dite de « Power of Choice », proposant à ses clients une large gamme de motorisations : essence, diesel, hybride rechargeable et électrique. Le constructeur bavarois va même plus loin en annonçant pour 2028 un véhicule à pile à combustible à hydrogène, basé sur le futur X5, développé en collaboration avec Toyota.

Prototype BMW iX5 à hydrogène (2028)
Prototype BMW iX5 à hydrogène (2028). Image : BMW.

Le PDG de BMW, Oliver Zipse, a par le passé exprimé des réserves quant à l’interdiction de vente des voitures thermiques neuves prévue par l’Union européenne pour 2035. Il estime qu’une telle mesure limiterait le choix des consommateurs et pourrait entraîner des suppressions d’emplois massives dans l’industrie.

« Nous ne croyons pas aux réglementations techniquement unilatérales qui limitent l’offre. L’e-mobilité, en tant que solution technologique unique, mène à une impasse – c’est désormais clair. Les différences sont tout simplement trop grandes, même au sein de l’Europe. L’Europe a besoin d’une industrie automobile et de ses sous-traitants efficaces. Nous nous battons pour cela et nous nous opposons aux évolutions négatives. »

Oliver Zipse, PDG de BMW

Cela ne signifie pas pour autant que BMW néglige la décarbonation. Le constructeur a investi plus de 10 milliards d’euros dans sa « Neue Klasse », sa plus importante initiative d’investissement à ce jour. Le nouveau BMW iX3, aux côtés d’autres véhicules électriques à venir comme une future i3, témoigne de cet engagement.

BMW iX3 et BMW i3
BMW iX3 et BMW i3. Image : BMW.

BMW continue de croire aux moteurs thermiques, y compris les blocs les plus performants comme les six cylindres en ligne et les V8 de la division M. Ces derniers sont d’ailleurs adaptés à la norme Euro 7, assurant leur avenir dans les modèles sportifs. Les motorisations diesel ne sont pas non plus abandonnées, BMW ayant confirmé leur présence sur la prochaine génération de X5, attendue en 2026.

Toyota : une approche globale des motorisations

De son côté, Toyota explore la possibilité d’utiliser son nouveau moteur à essence pour une multitude d’applications, qu’il s’agisse de véhicules purement électriques, hybrides ou à hydrogène.

Andrea Carlucci, vice-président stratégie produit et marketing chez Toyota Europe, a déclaré : « Nous essayons d’optimiser le nouveau moteur pour chaque type d’application, qu’il s’agisse d’un moteur électrique, hybride ou à hydrogène. »

Toyota Aygo X (2025) avec Full Hybrid
Toyota Aygo X (2025) avec Full Hybrid. Image : Toyota.

L’ancien président de Toyota, Akio Toyoda, avait prédit que les véhicules électriques ne dépasseraient jamais 30 % de part de marché mondiale. L’approche actuelle de Toyota consiste à ne pas limiter artificiellement le choix des clients. Forte de son succès avec les hybrides depuis le lancement de la Prius en 1997, la marque japonaise investit également dans des carburants synthétiques et biosourcés, en partenariat avec Mazda et Subaru. Elle teste même des moteurs à combustion fonctionnant à l’hydrogène, équipant des prototypes de GR Yaris et GR Corolla.

Un avantage concurrentiel inattendu

Contrairement aux constructeurs qui ont dû réajuster leurs stratégies, BMW et Toyota n’ont pas eu à modifier leurs plans initiaux. Cette constance leur confère un avantage concurrentiel aujourd’hui. Porsche, par exemple, se retrouve contrainte à des investissements imprévus pour remplacer la première génération de Macan par un nouveau SUV thermique, une évolution initialement non prévue.

D’autres modèles de Porsche, comme le 718 Boxster et le Cayman, retrouveront des moteurs thermiques. De même, un tout-terrain sept places, d’abord envisagé comme 100% électrique, sera finalement commercialisé avec une motorisation conventionnelle.

Porsche 718 Cayman EV (2026) - Rendu Motor1.com
Porsche 718 Cayman EV (2026) – Rendu Motor1.com. Image : Motor1.com.

Ces changements de cap imprévus engendrent des coûts supplémentaires. Il ne faut cependant pas conclure que les véhicules électriques sont en déclin. Malgré une désinformation croissante sur internet, leurs ventes continuent de progresser, bien qu’à un rythme moins soutenu que prévu par certains constructeurs.

Une croissance portée par la Chine

Selon l’Association des constructeurs automobiles européens (ACEA), la part des véhicules électriques dans les nouvelles immatriculations en Europe a atteint 17,7 % sur les huit premiers mois de l’année, contre 14,1 % un an plus tôt. En Allemagne, ce chiffre s’élevait à 19,3 % en septembre 2025. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit qu’en 2024, plus de 20 % des voitures neuves vendues dans le monde seront électriques.

L’AIE indique par ailleurs que les livraisons mondiales de voitures électriques ont augmenté de plus de 25 % en un an, dépassant les 17 millions d’unités. Pour 2025, l’agence anticipe une nouvelle hausse de 25 %, portant le total à plus de 20 millions d’unités, la Chine représentant environ 14 millions de ces véhicules, soit près de 60 % du marché.

« Parce que BMW et Toyota n’ont jamais eu à réviser leurs stratégies, toutes deux bénéficient désormais d’un avantage concurrentiel. »

Grâce à leur stratégie multi-énergies établie de longue date, BMW et Toyota sont idéalement positionnés pour répondre aux besoins de tous les segments de marché, quelle que soit la vitesse de la transition énergétique dans différentes régions du globe.

La seule certitude est que le rythme de cette transition variera considérablement d’une région à l’autre. En Norvège, par exemple, les véhicules électriques représentaient 89 % des ventes de voitures neuves en 2024. Aux États-Unis, en revanche, seulement 9,2 % des voitures vendues l’année dernière étaient entièrement électriques, selon une étude d’Experian Automobile.

Ces disparités régionales devraient persister, renforçant l’idée que l’approche adoptée par BMW et Toyota est particulièrement pertinente dans le paysage automobile actuel.

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