Home Économie Cette entreprise était vouée à l’échec. Pourquoi son titre a bondi de 1000%

Cette entreprise était vouée à l’échec. Pourquoi son titre a bondi de 1000%

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Publié le 2024-05-16 10:00:00. Une flambée spectaculaire des actions de Beyond Meat, un géant des alternatives végétales à la viande, défie la logique économique. Alors que l’entreprise affiche des pertes chroniques et des licenciements, ses titres ont connu une envolée fulgurante, alimentée par une vague spéculative sur les réseaux sociaux, éloignée des fondamentaux financiers.

  • Les actions de Beyond Meat ont grimpé de plus de 1 000 % en quatre jours, atteignant jusqu’à 1 300 % à certains moments.
  • Cette envolée n’est pas le fruit d’une amélioration des performances de l’entreprise, mais d’une « folie spéculative » typique des « mèmes actions ».
  • L’industrie des alternatives végétales connaît un ralentissement marqué, affectant des entreprises comme Beyond Meat et Impossible Foods.

Dans le monde de la finance, une entreprise qui perd de l’argent chaque année, procède à des licenciements massifs et n’a jamais dégagé de bénéfice annuel verrait logiquement ses actions s’effondrer. C’était sans compter sur le phénomène des « actions mèmes ». Beyond Meat, le fabricant américain de substituts de viande à base de plantes, en est la dernière illustration : ses actions ont connu une hausse vertigineuse de plus de 1 000 % en l’espace de quatre jours cette semaine, frôlant parfois les 1 300 %.

Il serait erroné de croire que cette envolée est due à une percée scientifique dans la création de viande végétale plus savoureuse, à une demande accrue des restaurants, ou à une amélioration soudaine des résultats financiers. Il s’agit là d’un exemple classique de spéculation débridée, alimentée par les petits investisseurs sur les réseaux sociaux et les traders influents. Beyond Meat, autrefois présenté comme un révolutionnaire du secteur, se retrouve désormais aux côtés de noms comme GameStop et AMC dans la galerie des « mèmes actions ».

L’ascension et le déclin des alternatives végétales

Lors de son introduction en bourse en mai 2019, Beyond Meat avait marqué les esprits avec l’une des introductions les plus réussies depuis la crise financière de 2008. Les actions avaient ouvert à 46 dollars, près du double de leur prix d’émission de 25 dollars, pour clôturer la première journée à 65,50 dollars, valorisant l’entreprise à 3,8 milliards de dollars. L’entreprise se positionnait alors à l’avant-garde d’une révolution alimentaire, promettant des produits végétaux au goût quasi identique à la viande, alliant écologie, éthique et gourmandise.

La pandémie de COVID-19 avait, dans un premier temps, dopé la demande. En mars-avril 2020, les ventes avaient triplé par rapport à l’année précédente, profitant de la raréfaction de la viande traditionnelle et de l’appétit des consommateurs pour la nouveauté. Plus de 5 millions de paquets avaient été vendus rien qu’aux États-Unis en seulement huit semaines.

Cependant, la tendance s’est inversée. Les ventes de viande végétale réfrigérée en supermarché ont reculé de 14 % en volume sur les 52 semaines précédant le 4 décembre 2022. Dans la restauration, les commandes de burgers végétaux ont chuté de 9 % sur les 12 mois précédant novembre, par rapport à trois ans plus tôt.

Une accumulation de difficultés

Au début de l’année, la capitalisation boursière de Beyond Meat avait déjà diminué de 25 %. L’entreprise affiche 226 millions de dollars de trésorerie et réserves, mais aussi 1,1 milliard de dollars de dettes. Un bilan peu reluisant pour une société déficitaire. Son concurrent principal, Impossible Foods, prévoit de supprimer environ 20 % de ses effectifs face à une baisse des ventes de plus d’un cinquième en glissement annuel. Beyond Meat a déjà engagé des réductions d’effectifs.

Les problèmes sont systémiques. Le prix des alternatives végétales n’a jamais réussi à rivaliser avec celui de la viande animale, restant des produits de niche et coûteux. Dans un contexte d’inflation élevée, les consommateurs sont devenus plus attentifs à leurs dépenses, rendant un burger végétal deux fois plus cher qu’un burger classique moins attrayant. Le goût et la texture, bien qu’améliorés, peinent encore à reproduire fidèlement l’original en raison des technologies de production.

Aucune des grandes chaînes de restauration rapide ayant annoncé des partenariats avec Beyond Meat – KFC, Pizza Hut et McDonald’s – n’a introduit de produit végétal permanent à base de viande dans ses menus américains. Dunkin’ a quant à lui cessé sa collaboration en 2022, après avoir lancé un sandwich aux saucisses Beyond Meat en 2019.

La spéculation prend le dessus

C’est dans ce contexte de difficultés croissantes que les petits investisseurs ont vu en Beyond Meat une « opportunité d’achat ». La vague spéculative, amplifiée par les plateformes sociales et les applications de trading, a exercé une pression énorme sur les « short sellers » (ceux qui parient sur la baisse de l’action). Pour couvrir leurs positions, ils ont été contraints d’acheter massivement, faisant ainsi grimper le cours encore plus haut.

Avant ce rallye spéculatif, les « short sellers » avaient accumulé des gains de près de 80 millions de dollars, une somme aujourd’hui évaporée. Mercredi, la réalité a cependant repris ses droits : le cours de BYND est passé de 7,39 $ à 3,33 $, et a terminé la semaine sous les 3 $. Pour de nombreux observateurs, la parenthèse spéculative des « mèmes actions » semble refermée.

La situation actuelle est nettement moins réjouissante qu’il y a un an : on observe une baisse de plus de 55 %. La société a récemment procédé à un échange de dette contre des actions, entraînant l’émission de 326 millions de nouvelles actions. Cette opération dilue significativement la valeur pour les actionnaires existants. Sans profit, lourdement endettée et dans une industrie en plein marasme, Beyond Meat semble engagée sur une pente dangereuse.

La seule différence notable est que, durant quelques jours cette semaine, certains spéculateurs ont vu leurs gains exploser, tandis que d’autres ont vu leurs pertes s’aggraver. Un classique du « mème stock », appliqué cette fois au secteur végétal.

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