Publié le 11 février 2026 17h34. L’essor de l’intelligence artificielle dans la vente d’assurances, notamment via des outils comme ChatGPT, inquiète les investisseurs et pèse sur la valeur des compagnies d’assurance européennes, craignant une remise en question des modèles économiques traditionnels.
- Les valeurs européennes de l’assurance ont subi une pression à la baisse mardi, l’indice sectoriel chutant d’environ 2 %.
- L’action Allianz a temporairement perdu 3 % avant de se stabiliser.
- La plateforme américaine Insurify permet désormais de souscrire directement des assurances via des dialogues basés sur ChatGPT.
La crainte d’une disruption du secteur de l’assurance, provoquée par l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) dans la distribution, a ébranlé les marchés financiers européens ce mardi. L’annonce de la plateforme de comparaison d’assurances Insurify, qui offre désormais la possibilité de souscrire des contrats directement via ChatGPT, a déclenché une vague de vente, notamment sur les actions des grandes compagnies.
L’action Allianz a ainsi temporairement perdu 3 % de sa valeur avant de se redresser partiellement. D’autres acteurs majeurs de l’indice européen Stoxx 600 ont également été affectés par ces inquiétudes. Les investisseurs redoutent que ces nouveaux canaux de vente basés sur l’IA ne rendent obsolètes les intermédiaires traditionnels, comme les courtiers d’assurance, déjà sous pression aux États-Unis, selon l’agence DPA-AFX.
Insurify permet désormais aux utilisateurs de recevoir des offres d’assurance personnalisées, par exemple pour l’assurance habitation ou l’assurance automobile, directement via l’interface ChatGPT. Cette capacité à fournir des prix spécifiques en fonction des données saisies, grâce à l’intégration de services d’assurance dans les outils d’IA, représente un changement majeur par rapport à la simple fourniture d’informations générales.
L’assureur numérique espagnol Tuio est un exemple de cette tendance, tout comme certaines startups américaines spécialisées dans l’assurance habitation et l’assurance automobile. Pour bénéficier de ce service, les fournisseurs d’assurance doivent intégrer leurs offres dans un outil d’IA.
L’IA déjà largement utilisée en interne
Si l’impact se fait sentir en priorité sur la distribution, l’IA est déjà largement utilisée par les assureurs dans leurs opérations internes, notamment dans la gestion des sinistres et la souscription, souligne le Börsen-Zeitung. La détection de la fraude, par exemple, est de plus en plus automatisée grâce à l’IA, tout comme l’évaluation des dommages, que ce soit pour l’assurance habitation ou l’assurance automobile.
Une étude récente de Deloitte et du Insurtech Hub Munich révèle que 47 % des assureurs utilisent déjà l’IA dans la gestion des sinistres. L’assureur R+V utilise ainsi l’IA pour identifier les cas de dommages évidents et les schémas de fraude dans les dommages aux véhicules, réduisant ainsi le besoin de contrôles manuels et accélérant le processus.
L’IA peut désormais déterminer le montant des dégâts avec précision et rapidité, en analysant automatiquement les photos, les rapports de police et autres documents en cas d’accident. Selon R+V, cela permet d’accélérer le traitement des sinistres et de réduire les erreurs.
Talanx, un autre acteur majeur du secteur, souligne les avantages de l’IA dans le traitement de grandes quantités de données. L’IA permet de structurer et d’évaluer plus efficacement ces informations, libérant ainsi les employés pour des tâches à plus forte valeur ajoutée. Outre les gains d’efficacité, l’IA peut également améliorer la qualité de la gestion des contrats, des sinistres et de la souscription.
Une transformation du courtage en perspective
L’IA devrait entraîner des changements majeurs dans le secteur du courtage, particulièrement important pour les assureurs industriels, selon Talanx. Grâce à l’IA, les courtiers peuvent obtenir et traiter beaucoup plus rapidement des offres de différents assureurs. Les assureurs doivent donc s’adapter à cette nouvelle donne, en s’appuyant également sur l’IA.
L’utilisation de l’IA se concentre actuellement sur les applications qui peuvent être mises à l’échelle pour gagner en efficacité. Les chatbots basés sur l’IA sont notamment utilisés pour répondre aux questions simples et courantes. Le chatbot Emmie de R+V répond déjà aux questions sur l’assurance pour animaux de compagnie et la carte d’assurance numérique.
L’IA pour pallier la pénurie de main-d’œuvre
L’IA pourrait également contribuer à combler les lacunes liées à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et au départ à la retraite des baby-boomers. Les assureurs anticipent des départs à la retraite représentant jusqu’à un tiers de leur effectif actuel dans les quatre à six prochaines années.
Pour attirer de nouveaux talents, les assureurs doivent offrir un environnement de travail attractif, avec des tâches stimulantes et variées. Les activités routinières, qui peuvent être automatisées grâce à l’IA, ne sont plus considérées comme un atout.
L’IA offre un potentiel de réduction des coûts important pour les assureurs, notamment dans la distribution, ce qui pourrait compenser les éventuels inconvénients, comme une plus grande transparence des prix. L’utilisation de l’IA dans la gestion et l’examen des sinistres pourrait également contribuer à réduire les coûts.
Le spécialiste des assurances Stephan von Heymann met en garde sur son blog contre un optimisme excessif. Les investisseurs resteront probablement prudents jusqu’à ce qu’il soit clair avec quelle rapidité les canaux de vente basés sur l’IA modifient réellement le comportement des clients et les structures de revenus. Le secteur de l’assurance a massivement investi ces dernières années dans des solutions numériques et basées sur l’IA, non seulement dans les ventes, mais également dans l’analyse des risques, la détection de la fraude et le traitement des sinistres. Ces investissements pourraient constituer un avantage stratégique à moyen terme.