Publié le 2025-10-29 10:00:00. La Gironde traverse une période économique difficile, marquée par un net recul de l’activité, une confiance au plus bas et une augmentation des défaillances d’entreprises. Les indicateurs de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Bordeaux-Gironde peignent un tableau préoccupant, touchant tous les secteurs d’activité.
- Le chiffre d’affaires des entreprises girondines a chuté de 18 %, les carnets de commandes de 17 % et la trésorerie de 2 %.
- Le moral des dirigeants est au plus bas, avec seulement 16 % d’entre eux ayant investi récemment et 17 % prévoyant des embauches.
- Plus de neuf entreprises sur dix ont rencontré des difficultés au dernier trimestre, principalement dues à la baisse de la demande, à la hausse des charges et à l’inflation.
« Tout est arrêté », a résumé Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde, en présentant les résultats du baromètre économique trimestriel. Ces données, collectées auprès des entreprises, des tribunaux de commerce de Bordeaux et Libourne, font état d’une situation particulièrement sombre. L’indice de confiance des dirigeants atteint son plus faible niveau depuis 2019, révélant une profonde inquiétude quant à la pérennité de leurs activités.
Sur les neuf premiers mois de 2025, les tribunaux de commerce ont enregistré 1 641 ouvertures de procédures collectives, soit une hausse de 4 % par rapport à la même période en 2024. Parmi celles-ci, 40 % ont conduit à des liquidations judiciaires. Patrick Seguin attribue cette détérioration à l’instabilité politique, aux tensions internationales et à la fragilité des investissements publics. Les difficultés financières du Département de la Gironde, qui est proche d’être placé sous tutelle de l’État, n’améliorent en rien la confiance des acteurs locaux.
Une conjoncture défavorable pour tous
« On est dans le dur », constate le président de la CCI, soulignant que le remboursement des Prêts Garantis par l’État (PGE) n’est plus la principale cause des difficultés. Les entreprises font face à une chute des prix et à un manque de liquidités qui impactent tous les secteurs. L’industrie, en recul de 16 points en un trimestre, anticipe une légère amélioration en fin d’année. Le bâtiment souffre d’une trésorerie fragilisée par la baisse des mises en chantier, un tendance amorcée mi-2023. Les cafés-hôtels-restaurants (CHR) continuent de pâtir de la baisse du pouvoir d’achat, craignant des fêtes de fin d’année moroses.
Le secteur du commerce, qui emploie une part importante de la population active, est également en difficulté, confronté à une concurrence accrue d’Internet. Patrick Seguin insiste sur la nécessité pour les commerçants de moderniser leurs outils, notamment leur présence en ligne. « 37 % n’ont pas de site, donc ils n’existent pas », affirme-t-il. La CCI Bordeaux, en partenariat avec la mairie, travaille à la création d’un office de commerce pour soutenir les commerçants et promouvoir l’offre locale.
« Les valeurs de la solidarité, c’est formidable, nécessaire, mais il faut avoir les moyens. On ne partage que ce que l’on a, sinon, ce sont des subventions, ça creuse le déficit et cela devient de la concurrence déloyale. On est solidaires quand on gagne de l’argent : les deux économies doivent cohabiter, mais faire du profit ne peut pas être un gros mot. »
Patrick Seguin, président de la CCI Bordeaux-Gironde
Adapter les modèles économiques
Dans un contexte où se tient le forum mondial de l’Économie sociale et solidaire (ESS) à Bordeaux, Patrick Seguin appelle à un équilibre entre les valeurs de solidarité et la recherche de rentabilité. Il insiste sur le fait que le profit n’est pas un gros mot et est nécessaire pour partager et investir. La CCI Bordeaux-Gironde renforce son rôle de conseil auprès des entreprises, en recherchant de nouveaux experts pour accompagner les très petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises (PME).
Face à cette conjoncture, la Chambre consulaire multiplie les initiatives pour soutenir le tissu économique. Elle promeut des dispositifs comme la médiation crédit de la Banque de France et encourage les chefs d’entreprise à se placer sous la protection du tribunal de commerce. Des salons professionnels, tels que Commerce Innov le 17 novembre et un nouveau Salon de l’industrie et de l’emploi le 22 novembre, sont également organisés pour aider les acteurs économiques à s’adapter aux nouvelles demandes du marché. Patrick Seguin n’hésite pas à établir un parallèle avec la Grande Dépression américaine des années 1930, évoquant la lecture des « Raisins de la colère » de John Steinbeck : « Tous les ingrédients sont là. Et ça fout la trouille. »