Des visas révoqués sur la base de tweets : le sulfureux nouveau passe-temps du diplomate américain Christopher Landau
Christopher Landau, haut responsable du département d’État américain, a pris une tournure inattendue à sa carrière diplomatique en se lançant dans une chasse aux visas basée sur des publications sur les réseaux sociaux. Après avoir été confirmé au poste de secrétaire d’État adjoint sous Donald Trump, Landau, réputé pour son sérieux et sa diplomatie de bonne foi, utilise désormais son compte X officiel pour traquer et sanctionner des individus dont les propos jugés offensants à l’égard de figures politiques conservatrices lui parviennent via des signalements.
Un nouveau « chasseur de visas » aux méthodes peu conventionnelles
Tout a commencé suite à l’assassinat de Charlie Kirk, figure médiatique de l’organisation conservatrice Turning Point USA, en septembre dernier. Dès le lendemain, Christopher Landau annonçait publiquement sur X son intention de retirer les visas aux étrangers qui « glorifient la violence et la haine ». Il appelait même les internautes à lui signaler de tels commentaires afin que le @StateDept puisse « protéger le peuple américain ».
Ce qui a suivi a rapidement pris des allures de jeu, orchestré en grande partie par des provocateurs d’extrême droite, tels que Laura Loomer, et des influenceurs X, comme l’utilisateur connu sous le nom de « Bad Hombre ». Ces derniers ont activement relayé des captures d’écran de publications potentiellement problématiques, souvent à l’encontre de personnes ordinaires critiquant Charlie Kirk, que ce soit pour sa mort ou pour ses opinions jugées extrémistes.
Christopher Landau, loin de se contenter de déléguer, a activement participé à cette dynamique. Il a répondu à plus d’une douzaine de ces signalements, utilisant principalement un mème signature : une version du Bat-Signal, mais où le sceau du Département d’État américain projette les mots « El Quitavisas », soit « Le r etreur de visa ».
La mécanique de la délation en ligne
Les internautes se sont empressés de répondre à l’appel de Landau, lui soumettant des conversations et des posts des réseaux sociaux provenant du monde entier. Parmi les personnes ciblées, certaines étaient des universitaires ou des militants reconnus dans leur pays, mais la majorité n’avaient pas de notoriété particulière. Les déclarations jugées offensantes allaient de célébrations de la mort de Kirk à des critiques de ses positions sur la violence armée. Landau n’hésitait pas à réagir, utilisant son mème pour contester des articles de presse, comme un média brésilien qui avait simplement qualifié Kirk d’« extrémiste ».
L’un des cas les plus médiatisés est celui de Serena Luciano, une étudiante argentine résidant aux États-Unis avec un visa étudiant. Suite à un commentaire jugé très critique envers Charlie Kirk sur Facebook, elle a été pointée du doigt par « Bad Hombre », qui a relayé son nom, son statut de visa et son employeur. Le membre du Congrès républicain Randy Fine s’est même joint à la conversation en tweetant « déporter ». Mardi, le Département d’État a confirmé la révocation du visa d’un « ressortissant argentin », illustrant sa décision avec une capture de la publication de Luciano.
L’opérateur du compte « Bad Hombre » s’est fièrement attribué le mérite de cette expulsion, recevant un « merci ! » de Landau, accompagné de son fameux mème. Ce dernier a même ajouté, en réponse à un autre internaute : « Rien n’échappe à l’attention des redoutables Quitavisas. Salutations. »
Des méthodes qui rappellent d’autres collaborations
Cette collaboration avec des influenceurs controversés pour des révocations de visa n’est pas une première pour Landau. En juin dernier, il avait répondu à Laura Loomer concernant le groupe de musique britannique Bob Vylan, qui avait exprimé son soutien à la Palestine et sa condamnation de l’armée israélienne lors d’un festival. Loomer avait alors interpellé le secrétaire d’État Marco Rubio, demandant l’interdiction de territoire pour le groupe. Landau avait aussitôt réagi : « C’est fait ! Visas révoqués. Les étrangers qui glorifient la violence et la haine ne sont pas les bienvenus dans notre pays. »
L’ambassadeur de Trump au Mexique de 2019 à 2021, Christopher Landau, d’origine espagnole, a toujours cultivé une présence active sur X, interagissant avec les utilisateurs et publiant des mèmes. Il répond d’ailleurs souvent en espagnol et en portugais sur la plateforme. Les révocations de cette semaine concernent d’ailleurs des ressortissants brésiliens et paraguayens.
Contacté par notre rédaction, un porte-parole du Département d’État a déclaré : « Le ministère dispose de processus bien établis pour refuser et annuler des visas sur la base d’informations désobligeantes. Il n’y a pas de carte de sortie de prison simplement parce qu’un individu a choisi de publier cette information en ligne. Comme l’a clairement indiqué le secrétaire Rubio, les invités dans notre pays qui ont célébré l’assassinat politique de Charlie Kirk verront leur visa révoqué. »
Landau a même étendu son influence, laissant entendre que les ressortissants de pays exemptés de visa pourraient également être visés. Il a ainsi déclaré qu’il était possible de les inscrire sur une liste d’interdiction d’entrée, rappelant que « les Européens sont également soumis à El Quitavisas ».
Reste à savoir si cet alter ego de super-héros ou super-vilain ne fait que commencer, et si les six révocations annoncées cette semaine ne sont que le prélude à une longue série. L’utilisation de son compte officiel gouvernemental pour ce type d’opérations soulève d’ailleurs des questions quant à la séparation des pouvoirs et à la définition des limites dans l’exercice de fonctions diplomatiques.