Home International Cinq étapes pratiques pour transformer les engagements en matière de développement social en actions à Doha et au-delà — Enjeux mondiaux

Cinq étapes pratiques pour transformer les engagements en matière de développement social en actions à Doha et au-delà — Enjeux mondiaux

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Doha s’apprête à accueillir un nouveau sommet mondial pour le développement social, mais la société civile exhorte les dirigeants à passer des promesses aux actions concrètes. Trente ans après Copenhague, où le développement humain avait été placé au cœur des priorités, les organisations non gouvernementales insistent sur la nécessité de réformer les contrats sociaux, de rétablir la confiance et de garantir une mise en œuvre effective pour que l’engagement de « ne laisser personne de côté » devienne une réalité tangible.

Alors que les chefs d’État et de gouvernement se retrouveront au Qatar en novembre prochain pour le Deuxième Sommet mondial pour le développement social (WSSD2), l’heure est à la mobilisation pour la société civile. Elle se positionne non pas en simple observatrice, mais en acteur proposant des solutions éprouvées, ancrées dans les réalités locales. Le secteur privé est également appelé à endosser sa part de responsabilité, au-delà de la création d’emplois, en contribuant activement au développement social.

Les stratégies efficaces existent déjà, comme l’illustrent l’extension de la protection sociale aux travailleurs informels, les alliances entre jeunes et entreprises pour garantir des emplois décents, les investissements dans l’économie des soins bénéficiant aux femmes et aux enfants, la transparence des budgets locaux portée par des groupes citoyens, ou encore les programmes d’inclusion numérique conçus avec les personnes handicapées. Ces initiatives, bien que financées, requièrent désormais une volonté politique affirmée, un soutien pérenne et une collaboration sincère entre gouvernements, société civile et communautés.

Des slogans aux actes : une feuille de route pour Doha

Pour transformer les aspirations en réalisations concrètes, cinq mesures sont proposées aux gouvernements, aux agences des Nations Unies et à la société civile, à compter du sommet de Doha :

  1. Mise en place de plateformes nationales pour le développement social d’ici mi-2026 : Ces plateformes, dotées d’un mandat public et d’une composition diversifiée, devront traduire les piliers du développement social en plans nationaux avec des objectifs clairs, des budgets dédiés et des bilans publics annuels. Elles incluront les syndicats, les employeurs, les organisations de défense des droits des femmes, les réseaux de jeunes, les associations de personnes âgées et handicapées, ainsi que les autorités locales. Un suivi indépendant et un tableau de bord public permettront de mesurer les avancées.
  2. Renforcement de la protection sociale, particulièrement pour les plus exclus : L’adoption ou la mise à jour de stratégies nationales s’engageant à une augmentation annuelle d’au moins 2% de la couverture sociale jusqu’à l’atteinte de socles universels est préconisée. La priorité sera donnée aux prestations universelles pour les enfants, aux régimes incluant le handicap et aux garanties pour les personnes âgées. Les mécanismes de réclamation et les cartes de couverture devront être accessibles jusqu’au niveau du district.
  3. Garantir le financement des engagements : Les ministères des Finances et de la Planification devront présenter, dans un délai de 12 mois, un « pacte de dépenses sociales » protégeant les budgets dédiés à la santé, à l’éducation et à la protection sociale. Ce pacte devra inclure des mesures de gestion de la dette préservant ces dépenses et s’engager dans des réformes fiscales transparentes. Les banques multilatérales seront invitées à aligner leurs cadres nationaux et à offrir des financements concessionnels pour les politiques sociales.
  4. Réduire la fracture numérique : L’accès à un internet abordable, aux technologies d’assistance numérique, ainsi qu’aux infrastructures et à l’assistance publiques numériques, devra être considéré comme un catalyseur des droits sociaux. Des objectifs d’inclusion numérique devront être définis conjointement avec les communautés, et des investissements dans la connectivité du dernier kilomètre, les systèmes d’identification inclusifs et l’alphabétisation numérique devront être réalisés, tout en protégeant les droits et la vie privée.
  5. Intégrer la responsabilité dans le calendrier : La Commission des Nations Unies pour le développement social, début 2026, servira de premier point de contrôle. Chaque gouvernement devra présenter son plan de travail national, son pacte de dépenses et ses objectifs de couverture. Des bilans à mi-parcours pourront être organisés au niveau régional. La société civile publiera des rapports parallèles pour suivre les résultats et proposer des solutions.

La Déclaration politique de Doha, bien que réaffirmant les piliers du développement social et les reliant aux droits humains, présente des lacunes. Si elle reconnaît pour la première fois les droits des personnes âgées et s’engage en faveur d’une protection sociale universelle, le financement reste le point faible. La déclaration reste vague sur les modalités de protection des dépenses sociales face à la dette et sur le financement à grande échelle des politiques sociales par les institutions financières internationales. Les contextes de crise, le financement de la santé sexuelle et reproductive, ainsi que les mesures concrètes pour réduire la fracture numérique, sont également abordés avec prudence.

« Ce n’est pas seulement le moment des déclarations, c’est le moment des livraisons », rappelle Essi Lindstedt de Fingo en Finlande. La société civile se dit prête à transformer la promesse de Doha en actions concrètes sur le terrain, dans les quartiers et les villages, là où la confiance se reconstruit et où l’avenir se façonne. Comme le souligne Zia ur Rehman de l’Alliance pour le développement du Pakistan : « Le véritable héritage du Deuxième Sommet mondial pour le développement social ne sera pas le texte convenu à Doha, mais la responsabilité et l’espoir que nous bâtirons par la suite. La société civile a montré que nous étions prêts. La question est maintenant de savoir si les dirigeants sont prêts à faire la moitié du chemin. »

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