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Cognicise : Aider à prévenir la démence avant qu’elle ne commence

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Publié le 12 octobre 2025 à 17:00:00. Au Japon, où près de 10 millions de personnes souffrent de troubles cognitifs, une nouvelle approche combine entraînement cérébral et activité physique pour freiner le déclin cognitif léger (MCI), voire inverser ses effets.

  • Environ 4,7 millions de Japonais souffraient de démence et 5,6 millions de MCI en 2025, un chiffre en hausse avec le vieillissement de la génération du baby-boom.
  • Le MCI, un état intermédiaire entre la cognition normale et la démence, peut évoluer vers des formes plus graves si rien n’est fait.
  • Une méthode d’entraînement appelée « cognicise » allie exercices physiques et stimulation mentale pour renforcer les fonctions cognitives.

Au Japon, la prise de conscience des troubles cognitifs prend de l’ampleur. En 2025, les estimations font état de 4,7 millions de résidents atteints de démence et de 5,6 millions supplémentaires souffrant de troubles cognitifs légers (MCI). Ce chiffre total de plus de 10 millions de personnes s’explique en partie par le vieillissement de la population issue du baby-boom, née à la fin des années 1940, qui atteint désormais l’âge de 75 ans et plus.

Le MCI se caractérise par des oublis et un léger déclin des fonctions cognitives qui n’impactent pas encore de manière significative le quotidien. Contrairement à un simple oubli lié à l’âge, comme ne pas se souvenir de son dernier repas, le MCI peut se manifester par l’incapacité de se rappeler avoir dîné. Sans intervention, le MCI peut évoluer vers la démence, mais des stratégies de prise en charge adaptées peuvent retarder, voire restaurer, les capacités cognitives.

Une approche innovante, le « cognicise » – contraction de « cognition » et « exercise » – suscite un intérêt particulier. Elle vise à stimuler les fonctions cérébrales par le biais d’activités physiques. L’hôpital du sanatorium Tsurukawa, dans la ville de Machida à Tokyo, pionnier dans la prise en charge de la démence, a ouvert en avril 2022 son studio dédié au MCI, baptisé Asmo. Ce centre propose des sessions d’entraînement les mardis et mercredis.

Lors d’une séance observée début août, une douzaine de participants âgés ont pris part à un programme d’exercices combinant activité mentale et physique. Guidés par l’ergothérapeute Ryōsuke Matsuo, ils devaient associer des mouvements (avancer, reculer, se déplacer latéralement) à des chiffres annoncés dans un ordre aléatoire. L’exercice monte en complexité avec l’introduction de calculs arithmétiques simples, puis de soustractions plus complexes, poussant les participants à redoubler d’efforts pour suivre les instructions.

« Peu importe si vous ne pouvez pas suivre les instructions immédiatement. Le simple fait d’essayer de suivre les instructions stimule le cerveau », explique Ryōsuke Matsuo, ergothérapeute.

Selon les spécialistes, cette synergie entre activité mentale et physique renforcerait les fonctions cognitives. À la fin de chaque mois, le studio Asmo propose des consultations individuelles pour évaluer les progrès des participants. Les résultats sont encourageants : la plupart des participants retrouvent une vie plus autonome ou reprennent des activités qu’ils aimaient.

Des données du Centre national de gériatrie et de gérontologie indiquent qu’entre 5% et 15% des personnes atteintes de MCI évoluent chaque année vers la démence. Si les cliniciens restent prudents quant aux affirmations définitives, le centre Asmo semble contribuer à ralentir ce déclin et à améliorer les fonctions cognitives.

Des bénéfices au-delà de la cognition

Fumi Ōtake, 80 ans et pseudonyme pour préserver son anonymat, fréquente Asmo depuis trois ans sur les conseils de sa famille. « Le changement le plus marquant, c’est que j’ai retrouvé la motivation. Quand je rencontre de vieilles amies, elles sont surprises de me voir en si bonne forme », témoigne-t-elle.

Avant de rejoindre Asmo, Fumi avait perdu toute motivation, abandonnant des passions comme le cinéma et le théâtre, un désarroi accentué par le décès de son mari quelques années plus tôt. Elle admet avoir d’abord manqué plusieurs séances, cherchant des excuses pour ne pas venir. Progressivement, sa volonté de se reprendre en main a refait surface.

« Ils m’avaient promis que ça marcherait, et c’est arrivé, quoique progressivement. Les jeunes thérapeutes sont tellement dévoués que je me sens obligée de donner le meilleur de moi-même », confie-t-elle.

Hiroyuki Komatsu, directeur du centre de traitement de la démence de l’hôpital, explique que la stimulation cognitive crée de nouvelles connexions neuronales entre les zones cérébrales liées au mouvement et à la cognition, renforçant ainsi les régions encore saines du cerveau et compensant le déclin d’autres zones.

Les causes multifactorielles du MCI

Le MCI peut être attribué à diverses causes, notamment des perturbations dans la routine quotidienne, une consommation excessive d’alcool ou une suralimentation. Dans ces cas, une modification du mode de vie et l’application de techniques cognitives peuvent permettre de retrouver une fonction cognitive normale.

Cependant, le MCI peut aussi être lié à la maladie d’Alzheimer. L’accumulation de la protéine bêta-amyloïde dans le cerveau, soupçonnée d’être à l’origine de la maladie d’Alzheimer, entraîne la destruction des cellules nerveuses et une atrophie cérébrale. Lorsque cette accumulation dépasse un certain seuil, le MCI se manifeste. « S’agissant d’une maladie évolutive, sa progression ne peut malheureusement être inversée, et les patients développent à terme une démence », précise Hiroyuki Komatsu.

Même en cas de maladie d’Alzheimer diagnostiquée, le traitement par un nouveau médicament, le Lecanemab, au stade MCI, ainsi que la pratique du « cognicise », peuvent contribuer à ralentir la progression de la maladie et à maintenir autant que possible le fonctionnement quotidien.

« Il est essentiel que les gens distinguent les troubles de la mémoire liés à la démence des troubles du fonctionnement quotidien. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas tant les plaques amyloïdes que la capacité des patients à manger, à se laver, à aller aux toilettes, et à vivre sans compromis, en poursuivant leurs passe-temps et en maintenant leur niveau de vie autant que possible », insiste Hiroyuki Komatsu.

L’enjeu du diagnostic précoce

Un diagnostic précoce au stade MCI offre un éventail plus large d’options thérapeutiques, y compris le « cognicise ». Néanmoins, distinguer le MCI des simples oublis liés à l’âge peut s’avérer complexe, car les personnes atteintes de MCI ne rencontrent pas de difficultés majeures dans leurs tâches quotidiennes. Souvent, les patients ne consultent un médecin qu’une fois leurs symptômes aggravés, et beaucoup ne sont diagnostiqués qu’au stade de la démence.

L’estimation de 5,6 millions de cas de MCI au Japon repose sur des approximations et non sur des données de diagnostics cliniques centralisés. La détection des cas non diagnostiqués est donc cruciale pour la prévention de la démence.

Certains gouvernements locaux organisent des « bilans de santé cérébrale » ou des « tests d’oubli » pour dépister le MCI. Cependant, comme le souligne Shun’ichirō Kurita du Health and Global Policy Institute, la participation à ces dépistages reste volontaire et il n’est pas possible de contraindre les individus à se faire tester, ce qui limite la portée de ces programmes.

« Les patients atteints de MCI ne sont généralement pas conscients de leur état. Leurs proches jouent donc un rôle essentiel car ils peuvent observer objectivement les changements », explique Hiroyuki Komatsu. Les médecins traitants, les membres de la famille et les amis proches sont des observateurs clés. Par exemple, des oublis soudains de prendre des médicaments prescrits ou des comportements inhabituels peuvent alerter un médecin généraliste, qui orientera alors vers un spécialiste.

Tant que la compréhension du MCI et de ses symptômes ne s’améliorera pas, il faudra du temps avant que les tests cognitifs ne deviennent une pratique courante. Il est donc primordial que l’entourage des personnes potentiellement atteintes de MCI soit informé de la maladie et de ses signes avant-coureurs.

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