La controverse autour de la Journée de Christophe Colomb ne porte pas tant sur l’explorateur lui-même que sur la remise en question de l’existence même de l’Amérique. Alors que certains y voient un symbole de la civilisation occidentale, d’autres remettent en cause cet héritage, créant une fracture profonde dans le débat public.
Dans sa proclamation de 2017, le président Donald Trump avait souligné l’importance du voyage de Colomb : « Le voyage de Colomb a transporté des milliers d’années de sagesse, de philosophie, de raison et de culture à travers l’Atlantique jusqu’aux Amériques, ouvrant la voie au triomphe ultime de la civilisation occidentale moins de trois siècles plus tard, le 4 juillet 1776 ». Ces propos illustrent la vision que défendent les partisans de cette célébration, une vision qui se heurte frontalement aux mouvements progressistes actuels.
Contrairement aux mouvements des décennies passées qui cherchaient à s’approprier l’héritage américain, une frange de la gauche idéologique actuelle semble rejeter cet héritage. Ce rejet trouve un écho dans une perspective historique plus large, où même des figures comme Karl Marx considéraient la propagation de la civilisation bourgeoise comme une étape nécessaire à la révolution. C’est précisément cette civilisation, dont Christophe Colomb est considéré comme un vecteur, que contestent les opposants à la fête.
Un héritage contesté, un symbole revendiqué
Pour les partisans de la Journée de Christophe Colomb, cette fête célèbre l’élargissement des horizons de la civilisation occidentale. Les Italo-Américains, en particulier, tirent une grande fierté de Colomb, fils de l’Italie et de la République maritime de Gênes. Cependant, l’importance de cette célébration dépasse le cadre d’une simple fête ethnique. Tous ceux dont les ancêtres ne résidaient pas sur le continent américain avant l’arrivée de Colomb sont redevables, selon cette vision, à l’explorateur.
En établissant des liens durables entre les Amériques et le reste du monde, Colomb aurait rendu possible le mode de vie actuel. Il aurait ouvert la voie non seulement aux Européens et aux Chrétiens, mais aussi aux peuples de toutes nations et religions, leur offrant la possibilité de rechercher liberté, sécurité et opportunités dans un Nouveau Monde, loin des contraintes et des haines de l’Ancien Monde. L’article rappelle que, ironiquement, l’année même de la traversée de Colomb en 1492, ses patrons espagnols bannissaient les Juifs d’Espagne, mais que ces derniers trouveraient plus tard refuge dans le Nouveau Monde.
Démêler les faits historiques : esclavage, maladies et civilisation
L’article cherche à contextualiser les critiques adressées à Christophe Colomb. Il est précisé que l’esclavage n’a pas été introduit par Colomb dans les Amériques, cette pratique existant déjà parmi les populations indigènes. Son arrivée aurait toutefois marqué le début de la fin des horreurs comme les sacrifices humains aztèques ou le cannibalisme caribéen. Concernant les maladies qui ont décimé les populations autochtones, la source soutient que Colomb n’en est pas responsable directement, arguant que ces peuples, non immunisés contre des infections courantes ailleurs, auraient subi le même sort tragique au contact du monde extérieur, indépendamment de qui aurait initié le contact.
La propagation des maladies est comparée à la Peste noire, venue d’Asie et ayant ravagé l’Europe. L’article met en avant que c’est grâce à la science et à la médecine occidentales modernes que l’humanité peut désormais voyager et commercer sans la même crainte de pandémies dévastatrices, une civilisation dont Colomb a contribué à la diffusion. La capacité à faire face à des menaces comme la COVID-19 est également citée comme un exemple des ressources apportées par cette civilisation.
Une figure complexe, un symbole d’espoir
La Journée de Christophe Colomb n’est pas présentée comme une célébration d’un saint. Comme les pères fondateurs de la nation américaine, Colomb aurait eu ses défauts et serait marqué par les maux de son époque, tel que l’esclavage. Cependant, il est présenté comme un exemple de ce qu’il y a de meilleur dans le caractère humain, un immigrant entreprenant qui a tout risqué pour un nouvel espoir, cherchant à améliorer le sort de sa famille tout en considérant son travail comme un service divin.
Son honneur aux États-Unis remonte à la fin du XVIIIe siècle, lorsque la Société de Tammany de New York a commencé à célébrer son anniversaire. Le jour férié fédéral est plus récent, établi en 1971 après une première proclamation par Franklin Roosevelt dans les années 1930. L’opposition acharnée actuelle à Christophe Colomb est jugée nouvelle.
Le débat contemporain et la notion d’« autochtones »
La controverse récente prend la forme d’appels à remplacer la Journée de Christophe Colomb par une « Journée des peuples autochtones », notamment sur les campus universitaires et dans les capitales des États. Cette demande est qualifiée d’ironique, car le concept même de peuples autochtones serait, selon l’article, dépendant d’une perspective eurocentrique. Il est avancé que tous les groupes « autochtones » ont migré à un moment donné, déplaçant d’autres populations, et que le terme ne désigne donc pas les habitants originels d’une terre.
Selon cette analyse, le terme ferait plutôt référence aux populations antérieures à l’arrivée des Européens ou d’autres groupes jugés « idéologiquement défavorisés », citant l’exemple des Juifs en Terre Sainte pour la gauche « anticolonialiste ». La Journée de Christophe Colomb célébrerait ainsi l’anniversaire de la civilisation occidentale dans son ensemble, dépassant les frontières de l’Europe. Pourtant, l’article conclut que trop de bénéficiaires de cette civilisation regrettent aujourd’hui les réalisations qui ont rendu leur existence possible, y compris les exploits de Christophe Colomb.