Publié le 8 octobre 2025. James Comey, ancien directeur du FBI, a plaidé non coupable mercredi à Alexandria, en Virginie, face à des accusations criminelles qui pointent vers une instrumentalisation du ministère de la Justice américaine au détriment d’opposants politiques de Donald Trump. Ses avocats affirment que ces poursuites sont politiquement motivées et demandent leur annulation.
- James Comey a comparu mercredi devant un tribunal fédéral d’Alexandria, en Virginie, pour plaider non coupable.
- L’accusation porte sur des déclarations présumées mensongères au Congrès il y a cinq ans.
- La défense dénonce une procédure politiquement motivée et réclame un rejet des charges.
L’audience de comparution, qui n’a duré qu’une trentaine de minutes, revêtait une portée historique, ravivant les inquiétudes quant à une possible utilisation du ministère de la Justice à des fins de répression politique par l’administration Trump. Les conseils de l’ancien directeur du FBI, menés par Patrick Fitzgerald, un proche de longue date ayant servi sous George W. Bush, ont clairement indiqué leur intention de contester la légitimité de la procédure.
Ils envisagent notamment de soulever l’argument d’une « poursuite vindicative » et de questionner la nomination expéditive de la procureure chargée du dossier, Lindsey Halligan, juste après sa nomination par Donald Trump. « C’est un honneur de représenter M. Comey dans cette affaire », a déclaré Me Fitzgerald devant le tribunal.
L’acte d’accusation, rendu public il y a deux semaines, survient après une série d’événements inhabituels, notamment des appels publics de Donald Trump à l’ancienne procureure générale Pam Bondi pour qu’elle agisse contre James Comey et d’autres critiques présumés. La direction de l’enquête aurait été confiée à Lindsey Halligan, une collaboratrice de la Maison Blanche sans expérience préalable en tant que procureure fédérale, en remplacement d’un avocat expérimenté.
Lindsey Halligan aurait précipité le dépôt de plainte, malgré des avertissements internes concernant la faiblesse des preuves. Elle aurait pris place à la table du ministère public lors de l’audience, mais sans intervenir.
Fait notable, les deux procureurs signataires de l’acte d’accusation sont basés en Caroline du Nord, et non dans le district Est de Virginie, désormais dirigé par Mme Halligan.
Ce que dit l’acte d’accusation
L’acte d’accusation, comportant deux chefs d’accusation, allègue que James Comey aurait trompé la Commission judiciaire du Sénat le 30 septembre 2020. Il était alors interrogé sur l’autorisation accordée à un associé de servir de source anonyme aux médias concernant les enquêtes sur Donald Trump ou sur Hillary Clinton, candidate démocrate à la présidentielle de 2016.
James Comey a fermement nié toute faute et a exprimé son impatience en vue d’un procès, fixé provisoirement au 5 janvier 2026 par le juge, date susceptible d’être modifiée.
Les charges de fausse déclaration et d’entrave à une procédure devant le Congrès ne précisent pas l’identité de l’associé ni la nature des informations partagées avec les médias, rendant l’évaluation de la solidité des preuves et l’analyse complète des allégations complexes.
Bien qu’un acte d’accusation marque généralement le début d’un long processus judiciaire, le ministère de la Justice a présenté ce développement comme une victoire en soi, indépendamment de l’issue. Les responsables de l’administration Trump pourraient utiliser toute condamnation pour justifier la procédure, tandis qu’un acquittement ou un classement de l’affaire serait, selon eux, une preuve supplémentaire du parti pris du système judiciaire à leur encontre.
Le juge nommé par l’administration Biden
Le juge Michael Nachmanoff, assigné au dossier par voie de tirage au sort, a été nommé par l’administration démocrate du président Joe Biden. Ancien défenseur public fédéral, il est réputé pour sa rigueur et son calme. Donald Trump avait déjà publiquement critiqué le magistrat, le qualifiant de « juge corrompu nommé par Joe Biden ».
Lors de l’audience, le juge Nachmanoff a indiqué son intention de faire avancer l’affaire rapidement vers un procès, sans retards injustifiés.
Plusieurs membres de la famille Comey étaient présents lors de sa comparution, dont sa fille Maurene, qui a été démis de ses fonctions de procureure fédérale à Manhattan plus tôt cette année, et Troy Edwards Jr., gendre de James Comey, qui a démissionné de son poste de procureur dans le district Est de Virginie – le bureau ayant déposé les accusations – quelques minutes seulement après son beau-père.
James Comey n’est pas le seul opposant de Donald Trump visé par des enquêtes. La procureure générale de New York, Letitia James, et le sénateur Adam Schiff de Californie font également l’objet d’investigations, jugées sans fondement par leurs avocats respectifs.
La relation tendue entre Trump et Comey
Cet acte d’accusation s’inscrit dans la longue et tumultueuse relation entre Donald Trump et James Comey.
À son arrivée au pouvoir en janvier 2017, Donald Trump a trouvé à la tête du FBI James Comey, nommé quatre ans plus tôt par le président Barack Obama. Ce dernier supervisait alors une enquête sur les liens entre la Russie et la campagne présidentielle de Trump en 2016.
La dynamique entre les deux hommes était tendue dès le départ. James Comey a révélé avoir informé Donald Trump, avant son entrée en fonction, de l’existence d’informations compromettantes et non vérifiées circulant sur lui. Il a également rapporté que Donald Trump lui aurait demandé de lui promettre loyauté et d’abandonner l’enquête visant Michael Flynn, son premier conseiller à la sécurité nationale. James Comey a aussi affirmé que le président lui avait demandé de déclarer publiquement qu’il ne faisait pas l’objet d’une enquête dans le cadre de l’ingérence russe, ce qu’il a refusé de faire.
James Comey a été limogé en mai 2017. Donald Trump a plus tard avoué avoir pensé à « cette histoire de Russie » au moment de sa décision. Ce renvoi a été considéré comme un possible acte d’obstruction à la justice dans le cadre de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller.
En 2018, James Comey a publié un mémoire intitulé « A Higher Loyalty », dans lequel il dressait un portrait très peu flatteur de Donald Trump, le comparant à un chef mafieux et le décrivant comme manquant d’éthique et « déconnecté de la vérité ».
Donald Trump, de son côté, n’a jamais caché sa colère envers James Comey, qualifiant l’ancien directeur du FBI de « traître » et de « menteur pathologique », notamment sur les réseaux sociaux, alors que l’enquête russe dominait l’actualité de sa première administration.