Home Santé Comment des failles qui ont été « guéries » au fil des millions d’années deviennent soudainement des points chauds sismiques

Comment des failles qui ont été « guéries » au fil des millions d’années deviennent soudainement des points chauds sismiques

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Publié le 25 octobre 2025, 9h45. Des chercheurs ont mis en lumière un processus naturel de long terme qui, couplé à l’activité humaine, peut réactiver des failles endormies et accroître le risque sismique. Cette découverte intervient alors que le dossier de la production de gaz à Groningue, aux Pays-Bas, a causé des milliers de séismes dévastateurs.

  • Des failles géologiques, même stables, peuvent accumuler des tensions sur des millions d’années.
  • L’extraction de ressources comme le gaz naturel peut déclencher des tremblements de terre sur ces failles réactivées.
  • L’étude souligne l’importance de comprendre les processus souterrains pour évaluer les risques sismiques induits par l’homme.

La province de Groningue, aux Pays-Bas, a été le théâtre de milliers de tremblements de terre depuis 1986, principalement dus à l’exploitation du plus grand champ gazier d’Europe. Ces secousses ont endommagé des dizaines de milliers de bâtiments et engendré une détresse profonde chez les habitants. « Cela nous a fait vieillir. Beaucoup de stress. Des problèmes cardiaques… ils nous ont enlevé notre joie », confiait une habitante à la BBC en 2022.

Jusqu’à présent, l’origine exacte de cette sismicité anormale dans une région pourtant considérée comme stable sur le plan tectonique suscitait des interrogations. Une étude parue en octobre 2025 dans la revue Nature Communications, menée par des chercheurs de l’Université d’Utrecht, apporte un nouvel éclairage. Les scientifiques ont démontré que les failles terrestres peuvent, au fil de millénaires, développer une résistance accrue. Ce phénomène, décrit comme un « processus de guérison », augmente le frottement statique le long des failles.

Des millions d’années de tension libérées par l’extraction

Grâce à des simulations informatiques, l’équipe de recherche a pu modéliser l’accumulation de cette tension. Selon leurs conclusions, après environ 30 millions d’années de repos, une faille peut accumuler suffisamment d’énergie pour provoquer des séismes d’une magnitude allant jusqu’à 3,6, déclenchés lors d’interventions humaines, comme l’extraction de gaz. Cette magnitude correspond notamment au séisme le plus puissant enregistré à Groningue en 2012. Les chercheurs soulignent que la première secousse significative peut être la plus dangereuse, car elle libère la tension accumulée sur des échelles de temps géologiques.

L’étude met également en garde contre un effet domino : un séisme peut potentiellement activer des failles voisines qui n’auraient pas encore cédé. Cependant, des phénomènes inverses sont également possibles, où des failles adjacentes pourraient contenir le développement de nouvelles secousses.

La fin de la production de gaz et les risques résiduels

Face aux dégâts et aux risques, le gouvernement néerlandais a pris la décision en 2022 de mettre fin à la production de gaz au nord de Groningue. Celle-ci a d’ailleurs cessé en 2024. Néanmoins, les experts rappellent que des tremblements de terre induits par ces activités passées pourraient encore se produire dans la région. Des recherches alertent également sur des phénomènes tels que les séismes « supershear », dont la vitesse de propagation dépasse celle des ondes sismiques.

Ces découvertes ont des implications majeures pour la transition énergétique (Energiewende). Que ce soit pour la géothermie, le stockage de CO2 ou d’autres formes d’exploitation du sous-sol, l’homme pourrait réactiver des failles dormantes. Comprendre précisément les dynamiques à l’œuvre dans les profondeurs terrestres est donc crucial pour une évaluation rigoureuse des risques sismiques anthropiques.

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