Une tempête financière s’abat sur de nombreux agriculteurs américains. Entre les répercussions de la guerre commerciale initiée par Donald Trump et l’incertitude entourant les aides à l’assurance santé, la situation devient intenable pour des exploitations familiales qui voient leur avenir s’assombrir.
L’assurance santé, un fardeau croissant
Pour une part non négligeable des agriculteurs américains, l’accès aux soins de santé est devenu une source d’angoisse majeure. Selon un rapport de l’organisation KFF datant de septembre, plus d’un quart des exploitants agricoles dépendent de polices d’assurance souscrites via les marchés de l’Affordable Care Act (ACA). Or, le dispositif de crédit d’impôt qui permet de réduire le coût de ces primes arrivera à expiration fin 2025, à moins d’une intervention du Congrès.
Liz Krug, copropriétaire de la ferme familiale Endless Roots en Pennsylvanie, a reçu une mise en garde alarmante. Si les élus républicains du Congrès ne votent pas la prolongation de ces crédits d’impôt, ses primes d’assurance maladie pourraient connaître une augmentation spectaculaire de 83 %. « Nous sommes extrêmement préoccupés », confie Liz Krug, qui exploite la ferme de six acres avec son mari Mike depuis douze ans. « Pour nous, les options sont limitées : accepter des soins de santé de mauvaise qualité, avec déjà une franchise élevée que nous ne pouvons qu’imaginer aggraver ; y renoncer, ce qui est impensable ; ou l’un de nous doit trouver un emploi en dehors de la ferme, assorti d’avantages sociaux, une perspective que nous trouvons déjà déchirante. » La banqueroute constitue une autre issue envisagée, aussi cruelle soit-elle.
En 2024, selon les informations de Keystone News, plus de 435 000 Pennsylvaniens ont souscrit leur assurance maladie par l’intermédiaire de Pennie, le marché de l’État facilitant l’accès à l’ACA. La ferme Endless Roots, spécialisée dans la production maraîchère annuelle, la vente directe aux consommateurs via des paniers communautaires et un marché en ligne, ainsi que la vente en gros à des organisations à but non lucratif et l’élevage de poules pondeuses, représente l’exemple d’une exploitation qui a investi « sang, sueur et larmes » pour devenir un pilier économique familial.
La guerre tarifaire, un coup de poignard pour le soja
Parallèlement aux enjeux de santé, la guerre tarifaire déclenchée par Donald Trump à l’encontre de la Chine pèse lourdement sur le secteur agricole américain, particulièrement sur celui du soja. Avant le conflit, la Chine absorbait plus de la moitié de la production américaine de soja. Cependant, des représailles tarifaires chinoises sur ses importations, en réponse aux droits de douane américains, ont rendu le soja des États-Unis prohibitif, entraînant selon le New York Times, une perte de près de 20 milliards de dollars en ventes pour les agriculteurs américains dès 2018, année de l’instauration des premiers tarifs par l’administration Trump.
John Boyd Jr., agriculteur de quatrième génération en Virginie et fondateur de la National Black Farmers Association, cultive soja, maïs et blé, et élève bovins et volailles. Il dénonce un « désastre provoqué par l’homme » et un « bouleversement total de l’agriculture » depuis l’arrivée au pouvoir de Trump. « Les seules productions que nous réalisons encore entièrement sur le sol américain, de A à Z, sont le maïs, le blé et le soja », explique-t-il au Pennsylvania Independent. « Tout le reste quitte le pays pour être réassemblé ailleurs. Nous fabriquons, mais nous expédions brut ce maïs, ce blé et ce soja. »
Une vague de faillites et la perte d’un savoir-faire
Les conséquences économiques se traduisent par une augmentation inquiétante des défaillances d’entreprises agricoles. Au premier semestre 2025, 361 fermes ont déclaré leur faillite, soit une hausse de 13 % par rapport à la même période en 2024, selon les données d’AgriBriefing. « Lorsque ces agriculteurs disparaissent, ce n’est pas seulement une exploitation et quelques hectares qui s’évanouissent. C’est un savoir-faire générationnel qui disparaît du paysage agricole », alerte John Boyd Jr. « Ce sera l’impact le plus dévastateur. » Il décrit le sentiment indicible lié à la contemplation quotidienne de sa ferme, et son corollaire, le vide laissé par sa perte lors d’une vente aux enchères ou d’une procédure bancaire.
Les défis de la main-d’œuvre et la résilience des systèmes alimentaires
D’autres facteurs viennent encore fragiliser le monde agricole. La répression de l’immigration a également eu des conséquences désastreuses. « Cette année, des récoltes entières ont pourri dans les champs car nous manquions de main-d’œuvre qualifiée pour travailler sous une chaleur étouffante », déplore Boyd, pointant du doigt les décisions de l’administration et du président en place. « Ces décisions ont affecté la production de denrées essentielles. »
Face à cette cascade de difficultés, Liz Krug souligne l’importance cruciale des fermes locales pour bâtir des systèmes alimentaires résilients. « Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, dans quelques jours ou quelques semaines, mais en soutenant votre agriculteur local, vous construisez ces chaînes d’approvisionnement résilientes », affirme-t-elle. « Qu’il s’agisse d’une catastrophe naturelle, ou d’une administration qui ne parvient pas à mettre en place des politiques favorables aux petites exploitations et aux petites entreprises, nous pouvons toujours être là pour nourrir nos voisins. »
Les Krug, agriculteurs de première génération, exploitent Endless Roots Farm à Waverly, Pennsylvanie.
Chiffres clés
- Primes d’assurance maladie : potentielle augmentation de 83 % pour les agriculteurs dépendant des marchés ACA sans prolongation des crédits d’impôt.
- Agriculteurs bénéficiant de l’ACA : plus de 25 % des exploitants américains.
- Souscriptions via Pennie (Pennsylvanie) : plus de 435 000 en 2024.
- Pertes sur les ventes de soja (2018) : près de 20 milliards de dollars.
- Faillites d’exploitations agricoles (1er semestre 2025) : 361 enregistrées, soit une hausse de 13 % par rapport à 2024.
Sources
- KFF (Kaiser Family Foundation)
- Keystone News
- The New York Times
- AgriBriefing