Home Sciences et technologies Comment Internet est devenu une caractéristique dangereuse de notre monde moderne

Comment Internet est devenu une caractéristique dangereuse de notre monde moderne

0 comments 59 views

Publié le 2025-10-09 02:41:00. Un phénomène de harcèlement collectif en ligne, souvent déclenché par une seule étincelle, peut avoir des conséquences dévastatrices sur la vie des personnes ciblées, détruisant leur réputation et leur santé mentale.

L’auteure, Clare Stephens, explore dans son livre « La pire chose que j’aie jamais faite » les mécanismes et les ravages des « pile-ons » – ces déferlements de critiques et d’attaques sur les réseaux sociaux. Face à l’incrédulité de ses proches, elle a cherché à comprendre pourquoi les critiques d’un inconnu pouvaient être si déstabilisantes. « Étais-je particulièrement sensible ? Ai-je simplement besoin de m’endurcir, ou est-ce un instinct humain tout à fait normal de chercher à être compris ? Être horrifié à l’idée d’être détesté par les autres ? », s’interroge-t-elle.

Après près de six ans de réflexion, l’auteure conclut que la sphère numérique n’est pas le lieu d’un débat nuancé. Au contraire, le ton y est souvent celui du mépris, où l’opinion divergente est assimilée à une inferiority morale flagrante. Peu importe, semble-t-il, si les paroles blessent, affectent la santé mentale ou causent une souffrance profonde. L’image qui accompagne l’article illustre cette idée : « Les empilements en ligne commencent souvent par l’idée de demander justice, mais finissent par causer des dommages incalculables. »

Pour son livre, Clare Stephens s’est entretenue avec des personnalités publiques – journalistes, acteurs, comédiens – ayant subi des réactions négatives d’une ampleur inimaginable. Ces « pile-ons » ont parfois eu pour origine des erreurs avérées : une photo offensante, une mauvaise tournure de phrase, une blague mal interprétée. D’autres fois, le déclencheur est plus flou, lié à une perception d’abus de statut ou à des propos tenus des années auparavant, jugés hors contexte.

L’expérience émotionnelle de l’humiliation publique s’avère étrangement similaire chez toutes les personnes interrogées. Elles décrivent une haine de soi surpassant la condamnation extérieure, un désir de disparaître, une remise en question de leur identité et de leur valeur. Certaines se sont isolées pendant des jours, des semaines, voire des mois. L’une d’elles raconte avoir été interpellée violemment dans la rue par un homme devant son fils, qui en fut dévasté.

Les conséquences professionnelles sont tout aussi dramatiques. Des opportunités d’emploi sont annulées à la dernière minute, suite à des plaintes émanant du même groupe initial d’activistes en ligne. Ces derniers, apparemment, surveillent les carrières des personnes visées, contactant marques, clients et organisations caritatives, sans que l’on sache quand leur « punition » prendra fin.

Plusieurs personnes ont exprimé leur colère face à l’iniquité du système. En tant que femmes, elles ont vu leur carrière détruite pour des erreurs considérées comme mineures comparées à des faits graves commis par des hommes célèbres, dont les antécédents étaient pourtant connus. L’auteure pointe une distorsion de l’échelle des valeurs, où une simple publication sur les réseaux sociaux peut être jugée plus dommageable que d’autres actions. Elle dénonce également les voix en ligne qui utilisent la justice sociale comme prétexte à la cruauté.

« Leur santé mentale a plongé à des profondeurs qu’ils n’avaient jamais connues. Une femme m’a raconté que ses parents dormaient à tour de rôle devant sa chambre, terrifiés par son risque de suicide. »

La santé mentale des victimes est mise à rude épreuve. Une femme a confié que ses parents veillaient tour à tour devant sa chambre, redoutant un passage à l’acte suicidaire. Une autre, en proie à des pensées suicidaires, a contacté la personne à l’origine d’une campagne de dénigrement virulente, implorant grâce et l’arrêt des attaques. Sans réponse, les messages ont continué.

Il est notable que les femmes, les personnes de couleur et les membres de communautés marginalisées sont les plus touchés par ces « pile-ons ». Ils semblent soumis à des normes plus strictes, leur identité les rendant intrinsèquement « politiques ». Une attente irréaliste de compassion et de perfection morale pèse sur eux, une exigence qui ne s’applique pas de la même manière aux hommes blancs hétérosexuels.

Beaucoup de ces personnalités publiques ont confié à l’auteure leur réticence à parler publiquement des répercussions à long terme de ces attaques, par peur de relancer le phénomène. Cependant, un changement semble s’opérer, plusieurs ayant accepté de partager leurs expériences. Ces récits alimentent le podcast « The Pile-On », qui explore les conséquences d’un déferlement médiatique sur un individu.

À l’ère du tout-numérique, nous devons impérativement prendre conscience de la manière dont Internet érode notre capacité au dialogue civilisé. Les plateformes de médias sociaux, conçues pour exacerber la colère et le jugement, nous incitent à surveiller les transgressions, la rage devenant parfois le seul ciment d’une société fragmentée. Le mépris, souligne l’auteure, est un obstacle majeur à tout progrès, que ce soit dans les relations personnelles, la recherche de consensus ou la résolution de problèmes. Sans respect mutuel, il est illusoire d’espérer infléchir des opinions, ce qui est pourtant le but recherché lorsque l’on défend une cause importante.

Les individus ne sont pas interchangeables avec leurs idées ou idéologies. Les réduire à une caricature à détruire dans la paume de nos mains engendre des conséquences brutales et psychiquement douloureuses. Nous avons créé un environnement où la personne au cœur de l’indignation n’a ni droit à la souffrance ni espoir de rédemption, lui donnant le sentiment qu’il n’y a aucune échappatoire.

Si l’empathie est souvent le moteur de notre rectitude morale, alimentant les « pile-ons », nos conversations en ligne gagneraient sans doute à étendre cette même empathie aux personnes avec lesquelles nous interagissons. Ce n’est qu’à cette condition qu’elles pourront devenir plus productives et significatives.

En cas de détresse psychologique, il est possible de contacter : Lifeline au 13 11 14.

L’ouvrage « La pire chose que j’ai jamais faite » (Atlantic Books) de Clare Stephens est disponible dès maintenant.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.