Home Santé Comment la radiothérapie a-t-elle progressé dans le traitement du cancer ?

Comment la radiothérapie a-t-elle progressé dans le traitement du cancer ?

0 comments 143 views

Publié le 11 octobre 2025. La radiothérapie, une discipline médicale en constante évolution, a vu son efficacité et sa précision considérablement améliorées ces dernières décennies. Une interview de Pat Price, professeur à l’Imperial College London, met en lumière les avancées significatives qui transforment l’expérience des patients atteints de cancer.

  • La radiothérapie est devenue beaucoup plus personnalisée et ciblée grâce aux progrès technologiques, réduisant ainsi les effets secondaires pour les patients.
  • Les techniques modernes permettent de délivrer des doses de radiation plus précises, épargnant les tissus sains environnants et améliorant les taux de guérison.
  • L’accessibilité à cette technologie demeure un enjeu majeur, y compris dans les pays à revenu élevé, malgré son rapport coût-efficacité avantageux.

Lors de la Réunion annuelle 2025 de l’American Society of Radiation Oncology (ASTRO), CancerNetwork® s’est entretenu avec Pat Price, professeur invité d’oncologie à l’Imperial College London et président de Radiotherapy UK. La discussion a porté sur l’évolution de la radiothérapie au XXIe siècle, abordant l’expérience patient, l’efficacité des traitements, la personnalisation et l’accessibilité. Ces échanges font suite à la publication d’un rapport détaillé sur l’impact de la radiothérapie, traçant son passé, son présent et son avenir. On peut lire ce rapport complet dans « Radiothérapie adaptative | Traitement de précision du cancer ».

Une transformation radicale en 25 ans

Pat Price souligne une transformation « terriblement » profonde de la radiothérapie au cours des deux dernières décennies. « Les radiations peuvent affecter les tumeurs, et au fil des ans, nous avons pu les administrer plus efficacement », explique-t-il. Les progrès en matière de matériel, de logiciels et de machines ont permis de rendre le traitement « beaucoup plus précis et individualisé ». Désormais, grâce à l’intelligence artificielle (IA), il est possible de cibler des zones extrêmement précises, voire de le faire de manière adaptative et en mouvement, épargnant ainsi les tissus sains avoisinants. Cette approche personnalisée permet d’administrer une dose plus efficace, dans l’espoir de guérir davantage de tumeurs. La radiothérapie n’est plus une technique « de brûlure », mais un traitement efficace qui permet aux patients de « reprendre leur vie en main ».

Une expérience patient grandement améliorée

Ces avancées technologiques ont un impact direct sur l’expérience des patients. L’un des changements les plus notables est la « meilleure tolérance au traitement », permettant aux patients de poursuivre leur vie quotidienne. Dans des cas comme le cancer de la prostate, la radiothérapie est devenue une option curative viable, même pour les hommes plus âgés ou ceux ne pouvant pas subir de chirurgie. Le contraste avec le passé est saisissant : « Dans les années 1960, on plaisantait en disant qu’il fallait avoir un carré de 10×10 centré sur le deuxième bouton de pantalon parce qu’on n’avait pas d’imagerie », se souvient le professeur Price, évoquant la toxicité des anciennes méthodes basées sur des marqueurs de surface. Auparavant, un traitement de radiothérapie pour la prostate s’étalait sur 32 séances réparties sur 6,5 semaines. Aujourd’hui, avec des techniques comme la radiothérapie à modulation d’intensité (IMRT) et des accélérateurs linéaires équipés d’IRM, il est possible de délivrer un traitement similaire en seulement « 2 séances » ciblées, grâce à des dispositifs écartant l’intestin. L’impact pour le patient est « transformationnel ».

La radiothérapie stéréotaxique corporelle (SBRT) : une précision accrue

Les techniques de radiothérapie hypofractionnée, comme la SBRT, consistent à délivrer une dose très concentrée sur une zone très petite. Cette précision permet de minimiser l’impact sur les tissus sains. Pour la SBRT appliquée au cerveau, par exemple, les anciens traitements pour les métastases pouvaient entraîner un gonflement cérébral et des troubles cognitifs. Désormais, il est possible de cibler spécifiquement la tumeur. Le professeur Price qualifie cette approche de « fantastique », soulignant qu’il est possible de traiter « 4 ou 5 métastases en une seule séance de traitement avec peu de toxicité ».

Communiquer la science au patient

La radiothérapie est une discipline « très fondée sur des preuves », permettant aux médecins d’évaluer avec précision le pronostic des patients. « Nous pouvons expliquer très clairement aux patients quel bénéfice nous pensons qu’ils vont en tirer et quels effets indésirables ils pourraient obtenir », affirme Pat Price. L’adhésion du patient est cruciale, car il s’agit d’un traitement qui, une fois commencé, doit être mené à terme. La préparation et l’engagement du patient sont essentiels, à l’instar d’une intervention chirurgicale. Le soutien des technologues en radiation est également une composante clé. Ces professionnels, au contact quotidien des patients sur les machines, leur prodiguent un soutien global, répondent à leurs questions et les aident à traverser le traitement. Ce soutien « peut être énorme », d’autant plus que les cliniciens suivent les patients, même après le traitement, pour gérer d’éventuels effets tardifs.

Les défis de l’accessibilité mondiale

Malgré les avancées, l’accès à une infrastructure de radiothérapie moderne reste un défi, y compris dans les pays à revenu élevé. Au Royaume-Uni, des problèmes d’accès géographique persistent, particulièrement dans les vastes territoires. Il est alarmant de constater que « 38 pays dans le monde n’ont pas accès à la radiothérapie ». Sur le plan politique, le professeur Price souligne l’importance de faire reconnaître la radiothérapie comme un traitement relativement bon marché. Au Royaume-Uni, le coût d’une machine, bien qu’élevé initialement (environ 2 millions de livres sterling), permet de traiter environ 700 patients par an sur 10 ans, soit environ 400 livres sterling par patient. Le coût du traitement est estimé à un maximum de 7 000 livres sterling par patient, ce qui est négligeable comparé à certains traitements de chimiothérapie ou d’immunothérapie. « Je pense qu’il est très difficile de faire passer ce message auprès des décideurs politiques », regrette-t-il.

Perspectives d’avenir prometteuses

Trois directions principales se dessinent pour les avancées futures en radiothérapie. Premièrement, le développement de technologies toujours plus précises, incluant des techniques de « flash » et des approches de thérapie par particules, comme les ions lourds pour une destruction cellulaire légèrement différente. Deuxièmement, l’interaction croissante avec l’immunothérapie. Troisièmement, la radio-immunothérapie, qui consiste à fixer des radiations sur des composés. Le professeur Price conclut sur une note d’optimisme : « Nous avons de la chance. Les radiations tuent le cancer. C’est ça. Nous n’avons pas inventé les radiations. Elles nous sont données. Il est de notre devoir de trouver des moyens intelligents d’utiliser la physique, l’ingénierie, les logiciels et la réflexion pour guérir davantage de cancers, sauver davantage de vies et offrir aux gens une vie meilleure. C’est le défi, mais il y a un grand avenir pour la radiothérapie ».

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.