Home International Comment l’Allemagne envisageait-elle d’aider l’armée russe avant que Poutine n’annexe la Crimée ?

Comment l’Allemagne envisageait-elle d’aider l’armée russe avant que Poutine n’annexe la Crimée ?

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Publié le 2025-10-14 08:15:00. L’Allemagne a noué des liens de coopération militaire et de modernisation significatifs avec la Russie avant l’annexion de la Crimée en 2014. Ces projets, visant à renforcer l’armée russe par la formation et la technologie, ont suscité des inquiétudes chez certains alliés de l’OTAN.

  • Berlin avait initié des programmes de formation pour l’armée russe, impliquant des entreprises de défense allemandes et un budget conséquent.
  • Ces initiatives visaient, selon la justification allemande, à promouvoir la stabilité et la confiance par le biais d’une armée russe moderne et bien dirigée.
  • L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 a conduit à l’abandon de ces projets, tandis que la doctrine militaire russe évoluait vers de nouvelles formes de conflit.

Selon des informations rapportées par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Berlin avait engagé des partenariats d’envergure avec Moscou pour moderniser les forces armées russes. Ces projets ambitieux, chiffrés à un milliard d’euros, visaient notamment la création de centres de formation dotés de technologies de pointe, comme des simulateurs laser pour le combat moderne. L’entreprise de défense allemande Rheinmetall était pressentie comme partenaire industriel principal de ces opérations.

Ces initiatives de coopération ont été lancées après la guerre russo-géorgienne de 2008, conflit qui avait mis en lumière les lacunes de l’armée russe. Face à ces constats, le président Vladimir Poutine avait ordonné une refonte de ses forces armées, trouvant en l’Allemagne un partenaire privilégié pour cette modernisation. Angela Merkel, alors Chancelière, aurait soutenu activement cette perspective, encourageant le secteur allemand de la défense à collaborer avec Moscou.

La justification avancée par le gouvernement allemand reposait sur une approche de « realpolitik ». En 2011, le ministre de la Défense de l’époque, Tomas de Maizière, déclarait :

« Nous avons intérêt, en termes de politique de sécurité, à une armée russe moderne et bien dirigée. »

Tomas de Maizière, alors ministre de la Défense

Der Spiegel précise que l’Allemagne arguait que cette coopération militaire était un levier pour renforcer la confiance mutuelle, considérée comme un vecteur de paix. Berlin espérait également, grâce à ces accords, mieux appréhender les faiblesses militaires de la Russie. Des échanges de personnel haut gradé et la planification d’exercices militaires conjoints sur le flanc oriental de l’OTAN étaient également au programme. Ces exercices avaient suscité des inquiétudes au sein des pays d’Europe centrale et orientale, rappelant le pacte germano-soviétique de 1939.

Cependant, la perception de Moscou ne faisait pas l’unanimité au sein de l’Alliance Atlantique, plusieurs membres doutant de la capacité de cette coopération à garantir la paix et la sécurité en Europe. Malgré ces réserves, les projets se sont poursuivis, incluant un contrat de 135 millions d’euros pour Rheinmetall destiné à la construction d’un complexe de formation à Volos, en Russie. Les premières manœuvres militaires conjointes étaient prévues pour 2014.

La doctrine Gerasimov et la rupture

Cependant, peu avant l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, le général Valery Gerasimov, chef d’état-major des armées russes, avait exposé une nouvelle conception de la guerre. La « doctrine Gerasimov » postule que le conflit ne nécessite plus de déclaration formelle et peut être mené par des moyens non conventionnels, incluant « un recours généralisé à la désinformation et à des mesures politiques, économiques, humanitaires et autres mesures gênantes ».

Cette évolution stratégique a marqué un tournant, conduisant à l’abandon du pacte militaire avec Moscou. Rheinmetall, confronté à l’annulation de ses contrats, aurait menacé de poursuites judiciaires contre le gouvernement allemand. Finalement, un accord aurait été trouvé.

Le matériel destiné au centre de formation de Volos est resté stocké chez Rheinmetall. Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’entreprise aurait envisagé de céder gratuitement cet équipement à l’Ukraine, à la fois par solidarité et comme manœuvre de communication, selon Der Spiegel. Le centre de formation de Mulino, près de Volos, a quant à lui continué ses activités sans la participation de Rheinmetall, accueillant en 2021 les dernières grandes manœuvres russes « Zapad » avant l’offensive à grande échelle contre l’Ukraine.

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