Home Santé Comment les chercheurs tentent depuis des années de réveiller la politique néerlandaise au sujet des champignons mortels | Aiguille

Comment les chercheurs tentent depuis des années de réveiller la politique néerlandaise au sujet des champignons mortels | Aiguille

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Publié le 2024-06-04 09:00:00. Depuis près de trois décennies, une résistance croissante aux antifongiques chez une moisissure pathogène, Aspergillus fumigatus, préoccupe la communauté scientifique. Cette problématique, d’abord reléguée au rang de recherche académique, est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, appelant à des mesures politiques concrètes.

  • Une résistance aux azoles, médicaments antifongiques essentiels, s’est développée chez Aspergillus fumigatus, rendant les traitements inefficaces.
  • Cette résistance est liée à l’utilisation d’azoles dans l’agriculture et la médecine, soulevant des questions intersectorielles.
  • Malgré des décennies de recherche et d’alertes, les mesures politiques concrètes ont tardé à être mises en œuvre.

L’alerte a sonné dès 1997. Un rapport, alors peu compris, soulignait déjà l’augmentation des cas d’aspergillose invasive, une maladie causée par le champignon Aspergillus fumigatus. Paul Verweij, professeur de mycologie clinique, et ses collègues tiraient la sonnette d’alarme : le champignon infectait de nouveaux groupes de patients, et le tableau clinique devenait plus complexe. Face à cette menace émergente, la réaction fut tiède, le monde médical peinant à croire à une résistance aux antifongiques.

Cinq ans plus tard, en 2002, une étude nationale de surveillance confirmait les craintes. Les azoles, principaux agents antifongiques, perdaient de leur efficacité contre Aspergillus fumigatus. Les données étaient sans appel : les médicaments utilisés pour traiter les infections humaines devenaient impuissants face au champignon. Le scepticisme initial laissait place à une prise de conscience progressive de la gravité du phénomène.

De la recherche académique aux enjeux de santé publique

Au fil des années, le message a trouvé un écho médiatique croissant. La résistance de ce champignon potentiellement mortel aux substances actives des pesticides et des médicaments est devenue un sujet de préoccupation publique. Les recherches de Paul Verweij et de son équipe avaient mis en évidence que près de 6 % des souches étudiées présentaient déjà une insensibilité aux traitements. Le débat scientifique se mua en un véritable enjeu de santé publique.

En 2009, un nouvel article, « Aspergillose invasive résistante aux azoles », réitère l’urgence. Les avertissements atteignent cette fois les sphères politiques. Les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement sollicitent l’avis de l’Autorité néerlandaise de sécurité des produits alimentaires et de consommation (NVWA). Cependant, la NVWA estime que les connaissances disponibles sont insuffisantes pour justifier des mesures concrètes, pointant le manque de précisions sur l’origine exacte des souches résistantes, l’usage des azoles en agriculture, et les moyens d’inhiber cette résistance.

Face à ce constat, le ministère initie alors cinq missions de recherche, visant à cartographier l’utilisation des azoles et à évaluer les coûts des infections résistantes.

Le gouvernement entre en action

Quatre ans plus tard, en septembre 2013, un rapport de la société Haskoning, commandé par le ministère, est remis. Cette analyse détaillée du développement des résistances aux biocides et produits phytosanitaires répondait précisément aux recommandations de la NVWA formulées en 2009. Le Parti pour les Animaux s’empare de ce rapport, parmi d’autres études, pour interpeller la Chambre des représentants, démontrant ainsi l’interconnexion entre agriculture, environnement et santé publique dans ce dossier.

Le 18 février 2014, la réponse officielle du gouvernement tombe. Il annonce une consultation du Centre d’expertise national pour la santé publique et l’environnement (RIVM) concernant les recommandations de l’étude Haskoning. Deux mois plus tard, une nouvelle lettre à la Chambre des représentants confirme la mise en place d’une étude indépendante, pilotée par le RIVM, explorant le lien entre l’usage des (tri)azoles et l’apparition de souches résistantes. Ce qui peut sembler une complexité technique se résume en réalité à ce que Verweij et ses collègues réclamaient depuis des années.

Toujours plus de recherche

En mai 2016, une autre lettre à la Chambre des représentants annonce le lancement de l’enquête. Sa première phase est achevée, et un nouveau rapport est publié. Cette publication s’inscrit comme une pièce supplémentaire dans un puzzle qui dépasse la seule question d’un champignon pour englober l’interrelation complexe entre les pratiques agricoles, le secteur médical et les politiques environnementales.

Parallèlement, un autre axe de recherche se développe. Entre 2013 et 2017, le cabinet de conseil environnemental CLM et le Centre médical universitaire Radboud mènent cinq études consécutives sur la sélection des résistances dans l’environnement. Les questions centrales portent sur le développement du champignon, les mécanismes d’apparition de la résistance, les alternatives possibles et les conséquences du remplacement des azoles. Des chercheurs, tels que Peter Leendertse, publient une série de rapports durant cette période, aboutissant à des conclusions de plus en plus alarmantes : les mécanismes et origines de la résistance sont désormais clairement identifiés.

L’heure de la décision politique

En 2019, le RIVM publie un nouveau rapport, dirigé par Sijmen Schoustra, professeur en systèmes microbiens à l’université de Wageningen. Intitulé « New insights into the development of azole resistance in Aspergillus fumigatus », ce rapport affirme sans équivoque : le savoir scientifique est désormais suffisant. L’heure est à l’action politique. Cependant, le silence s’installe. Les connaissances s’accumulent, sont analysées, structurées, mais ne se traduisent pas encore en mesures concrètes.

Il faudra attendre 2024 pour que le Conseil de la Santé intervienne enfin. Ses recommandations sont claires et directes : la résistance aux azoles compromet sérieusement le traitement des infections fongiques et nécessite une action immédiate. La proposition est nette : réduire l’usage des azoles dans l’agriculture, renforcer la réglementation et améliorer le contrôle. Nous sommes aujourd’hui un an après cette intervention.

Pour en savoir plus sur ce champignon dangereux et sa progression aux Pays-Bas, découvrez l’émission Pointer ci-dessous :

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