Publié le 25 mai 2025. Une nouvelle étude britannique révèle le mécanisme inquiétant par lequel les particules de pollution inhalées parviennent à se diffuser dans tout l’organisme : elles s’accrocheraient aux globules rouges.
- Les particules fines issues de la pollution automobile s’agglutinent aux globules rouges, facilitant leur transport dans tout le corps.
- Une heure d’exposition à une route très fréquentée à Londres a suffi à doubler, voire tripler, la présence de ces particules sur les cellules sanguines des participants.
- Le port d’un masque FFP2 a démontré une efficacité significative pour empêcher ces particules de se fixer aux globules rouges.
Longtemps suspectée, la migration des polluants atmosphériques au-delà des poumons est désormais mieux comprise. Des chercheurs de l’Université Queen Mary de Londres ont mis en évidence un mécanisme clé : les particules de pollution, même les plus fines (PM2,5), ne restent pas confinées aux voies respiratoires. Elles s’incrusteraient sur les globules rouges, ces transporteurs essentiels d’oxygène, leur offrant ainsi un accès privilégié à l’ensemble du corps humain.
Pour parvenir à cette conclusion troublante, l’équipe scientifique a mené une expérience originale. Des volontaires sains ont passé une heure dans un environnement pollué, à proximité d’une artère très fréquentée de la capitale britannique. Avant et après cette exposition, des échantillons sanguins ont été prélevés. L’analyse microscopique a révélé une augmentation notable, allant du simple au double, voire triple, du nombre de particules de pollution adhérant aux globules rouges après cette heure d’exposition. Les chercheurs estiment que même si seulement 2 à 3 globules rouges sur 1 000 sont concernés, cela représente tout de même environ 80 millions de cellules potentiellement contaminées chez un adulte moyen.
La composition de ces particules a également été détaillée. Elles sont constituées d’éléments courants dans les gaz d’échappement des véhicules, tels que le fer, le cuivre, le silicium, le chrome et le zinc, mais aussi d’éléments issus de l’usure des freins et des pneus, comme l’argent, le cuivre et le molybdène. Leur taille, inférieure à 2,5 micromètres, leur permet de pénétrer profondément dans les poumons.
L’étude a également comparé les niveaux de pollution intérieure et extérieure, confirmant que l’air en bord de route est près de cinq fois plus pollué que l’air ambiant d’un bureau. Un test complémentaire a été effectué en demandant à certains volontaires de porter un masque FFP2, un équipement de protection respiratoire conçu pour filtrer les particules fines. Les résultats ont été particulièrement révélateurs : malgré une exposition aux mêmes niveaux de pollution atmosphérique, les participants portant un masque FFP2 n’ont montré aucune augmentation des particules polluantes sur leurs globules rouges, démontrant ainsi l’efficacité de ce type de protection.
Afin de corroborer ces observations chez l’humain, des tests en laboratoire ont été réalisés sur des globules rouges humains et murins, exposés à des particules issues de gaz d’échappement diesel. Là encore, les particules se sont fixées aux cellules, et leur quantité augmentait proportionnellement à l’exposition. Le professeur Jonathon Grigg, qui a dirigé l’étude, a souligné l’importance de ces découvertes : « Dans notre corps, les globules rouges travaillent en collectant l’oxygène de nos poumons et en le livrant dans tout le corps. Avec cet ensemble d’expériences, nous avons montré que les particules de pollution atmosphérique détournent nos globules rouges, ce qui signifie qu’elles peuvent également voyager presque partout dans le corps. » Il a ajouté que la technique employée permettait de mesurer simplement la quantité de pollution entrant dans l’organisme et d’évaluer l’efficacité de mesures de réduction. « Nous avons été surpris de découvrir à quel point un masque facial FFP2 empêche ces très petites particules d’atteindre et de se fixer aux cellules sanguines », a-t-il précisé.
Le professeur Ane Johannessen de la Société Européenne de Recherche Respiratoire a insisté sur la gravité de la situation, malgré l’espoir suscité par l’efficacité des masques. « Ces minuscules particules sont produites par des véhicules et des processus industriels et libérées dans l’air que nous respirons. Cette étude met en lumière la façon dont ces particules dangereuses pourraient infiltrer chaque partie du corps via la circulation sanguine. […] Cependant, la plupart d’entre nous ne peuvent éviter d’être exposés à des niveaux dangereusement élevés de pollution atmosphérique dans notre vie quotidienne, nous avons donc besoin de lois pour réduire considérablement la pollution de l’air et réduire le risque pour tout le monde. »
L’étude complète a été publiée dans la revue ERJ Open Research.