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Comment les pertes du marché baissier peuvent réduire de plusieurs années vos gains composés

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Marchés baissiers : au-delà des pourcentages, la vraie destruction du capital

Les marchés financiers traversent des périodes difficiles, souvent résumées par des pourcentages chocs : « Le marché a chuté de 20 % ». Ces chiffres, bien qu’annonciateurs de pertes, masquent la réalité brutale de ces corrections et l’impact dévastateur qu’elles peuvent avoir sur l’épargne des investisseurs, surtout lorsqu’ils ne comprennent pas les mathématiques sous-jacentes.

L’idée que les marchés haussiers compensent toujours les baisses, une perspective souvent véhiculée par des analyses centrées sur les rendements bruts, crée une dangereuse illusion de sécurité. Si les gains historiques tendent à surpasser les pertes sur le très long terme, cette vision simpliste ignore les ravages que peuvent causer les marchés baissiers sur le capital, les objectifs financiers et le précieux temps de l’investisseur.

Comme le souligne Ben Carlson, les marchés baissiers, bien qu’ils puissent sembler des « incidents » à distance, sont vécus comme des événements brutaux. La perte d’une partie significative d’un portefeuille peut ébranler la confiance d’un investisseur. Pourtant, la tendance est de relativiser ces chutes en se basant sur des graphiques montrant des rendements positifs sur de longues périodes.

Cependant, cette approche est trompeuse. Elle occulte le véritable coût de ces corrections. Une perte de 20 % n’est pas une simple baisse ; c’est une réinitialisation qui affecte la valeur actuelle des investissements et, par conséquent, la richesse future. Plus la perte est importante, plus la remontée sera longue et ardue. Les études comportementales montrent que, face à de telles chutes, nombreux sont les investisseurs qui paniquent et vendent à perte, amplifiant ainsi les dégâts.

Les mathématiques implacables de la perte

Le problème fondamental réside dans la nature asymétrique de la reprise. Pour récupérer une perte, un gain proportionnellement plus élevé est nécessaire. Par exemple :

  • Une perte de 20 % nécessite un gain de 25 % pour revenir à l’équilibre.
  • Une perte de 30 % exige près de 43 % de gains.
  • Une perte de 50 % double littéralement le capital investi pour retrouver le niveau initial.

Prenons un exemple concret : si un indice passe de 1000 à 8000, cela représente un gain de 700 %. Une correction de 50 % ramènerait l’indice à 4000. Ce n’est pas une perte de 650 % (700 % – 50 %), mais une réduction de 4000 points qui fait chuter le gain à 300 %. Le défi devient alors de récupérer ces 4000 points perdus.

L’histoire récente le confirme. Entre 2007 et 2009, le S&P 500 a perdu plus de 56 %. Il a fallu plus de 113 % de gains pour effacer cette perte, et ce, jusqu’en 2013. Six années ont été nécessaires pour retrouver l’équilibre, et cela, en supposant une absence totale de retraits et une participation complète à la reprise. La réalité est que beaucoup d’investisseurs, pris de panique, ont liquidé leurs actifs, manquant ainsi la phase de rebond.

Le temps perdu, un coût inestimable

Au-delà de la destruction de capital, les marchés baissiers volent le temps, une ressource irremplaçable pour tout investisseur. Le temps est le carburant de la capitalisation.

Imaginons un scénario où un investisseur vise un taux de rendement moyen sur cinq ans. Après trois années de rendements constants de 10 %, une seule année de baisse de 10 % peut réduire le taux de croissance annuel composé moyen de 50 %. Pour retrouver le rendement initialement visé, il faudrait alors un gain de 30 %.

La différence entre les rendements « promis » par une planification basée sur des moyennes et les rendements réels, impactés par la volatilité, est substantielle sur le long terme. L’effet de la composition est sapé par ces revers.

Le graphique qui illustre les rendements pour différentes périodes de départ montre que, même sur 35 ans, sans aucun retrait, le capital investi peut rester en deçà de l’objectif promis. La période de démarrage de 2009, particulièrement favorable, pourrait voir ses gains annulés par une future correction.

Pour les investisseurs approchant de la retraite, l’impact est encore plus critique. Une correction significative cinq ans avant le départ à la retraite peut obliger à retarder celle-ci, à réduire ses ambitions financières ou à travailler plus longtemps. Le problème s’aggrave si le retrait de fonds coïncide avec un marché baissier.

C’est le piège de la « séquence des rendements ». Les premières années de retraite sont particulièrement sensibles. Des études montrent que des retraités retirant 4 % annuellement et faisant face à des pertes importantes en début de retraite ont un risque accru de manquer de fonds. L’ordre des rendements prime sur leur moyenne.

Stratégies pour naviguer les tempêtes financières

Comprendre la véritable ampleur des dégâts est une chose, agir en est une autre. Face à la certitude des marchés baissiers, six stratégies peuvent aider à protéger son portefeuille et ses plans financiers :

  1. Limiter l’inconvénient : Réduire l’ampleur des pertes est plus important que de capter chaque hausse. Un portefeuille qui chute moins se rétablit plus rapidement.
  2. Maintenir une réserve de trésorerie : Constituer une épargne de précaution de deux à trois ans de frais de subsistance évite de vendre ses actifs à perte en période de crise.
  3. Rééquilibrer avec discipline : Un calendrier de rééquilibrage régulier impose d’acheter bas lorsque le marché baisse, à condition de faire preuve de discipline malgré la peur.
  4. Adapter son exposition au risque : Réduire l’exposition aux actions lorsque les valorisations sont élevées et l’augmenter lorsque le risque est mieux rémunéré. Rester flexible et axé sur les résultats ajustés au risque.
  5. Sécuriser sa retraite : Pour ceux proches de la retraite, réduire le risque de séquence en diminuant le taux de retrait en période de tension, en reportant les grosses dépenses et en privilégiant des allocations plus conservatrices.
  6. Respecter le cycle : Les marchés baissiers font partie intégrante de l’investissement. L’idée d’une reprise automatique ne s’applique pas toujours à votre horizon temporel et à vos objectifs personnels.

En conclusion, une perte de 20 % n’est pas un simple obstacle, mais une réinitialisation coûteuse en capital et en temps. Les investisseurs avertis pensent en termes de dollars, d’années et d’objectifs, plutôt qu’en pourcentages de gains quotidiens. En protégeant ses pertes, en gérant ses risques et en préservant son temps, on reste sur la bonne voie.

Comme le disait Benjamin Graham, « Le principal problème de l’investisseur – et même son pire ennemi – est probablement lui-même. »

« Si quelqu’un vous suggère d’ignorer les corrections d’un marché baissier, demandez-lui s’il en a déjà vécu une. »

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