Home Santé Comment les pesticides et la maladie de Parkinson sont-ils liés? La recherche d’un médecin s’étend sur 25 ans

Comment les pesticides et la maladie de Parkinson sont-ils liés? La recherche d’un médecin s’étend sur 25 ans

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Publié le 2025-10-03 19:51:00. Une épidémiologiste de UCLA, le Dr Beate Ritz, mène des recherches depuis plus de 25 ans pour comprendre les causes de la maladie de Parkinson, une maladie neurologique en pleine expansion. Ses travaux se concentrent notamment sur l’exposition aux pesticides et à la pollution de l’air dans la vallée centrale de Californie.

  • Le paraquat, un herbicide couramment utilisé, est désormais considéré comme une cause potentielle de la maladie de Parkinson.
  • La pollution atmosphérique, incluant les particules fines et les métaux, pourrait également jouer un rôle dans le développement de cette pathologie.
  • La mise en place d’un registre des patients atteints de Parkinson en Californie a permis d’accélérer la recherche et d’impliquer la communauté.

La quête de réponses du Dr Beate Ritz a débuté il y a plus d’un quart de siècle, déclenchée par la maladie de Parkinson de son ancien chef de département en Allemagne. Confrontée à l’absence de connaissances sur les causes de cette affection, elle s’est consacrée à élucider ses origines. Professeure éminente d’épidémiologie à la UCLA Fielding School of Public Health et enseignante au département de neurologie de la David Geffen School of Medicine à l’UCLA, elle a orienté ses recherches vers la vallée centrale de Californie, une région agricole d’importance majeure.

Ses travaux, notamment l’étude « Parkinson’s Environment Genes » (PEG), ont mis en évidence des liens entre l’exposition à des polluants environnementaux, tels que les pesticides et la pollution de l’air, et un risque accru de développer la maladie de Parkinson. Ces découvertes représentent une avancée significative dans la compréhension des facteurs étiologiques de cette maladie, pour laquelle il n’existe à ce jour ni guérison ni traitement curatif, seulement un accompagnement symptomatique.

L’exposition aux pesticides : une piste sérieuse

L’exploration de l’environnement comme facteur causal de la maladie de Parkinson remonte à la fin des années 1980, suite à l’observation des « toxicomanes figés ». Ces individus, après avoir consommé une forme synthétique d’héroïne, présentaient des troubles moteurs et vocaux sévères. Le produit incriminé s’avérait contaminé par une substance chimique proche du paraquat, un herbicide largement répandu.

Pour mener ses investigations, le Dr Ritz a exploité une ressource précieuse : les rapports d’utilisation des pesticides en Californie. Ces données lui ont permis de cartographier précisément les produits épandus sur les cultures fruitières et légumières de la vallée centrale. Les composés en question pouvaient ensuite contaminer les populations par inhalation, ingestion ou par le biais de la poussière et de l’eau des puits.

Les recherches du Dr Ritz ont ainsi révélé une corrélation entre l’exposition au paraquat et une augmentation du risque de développer la maladie de Parkinson. Parallèlement, de nombreux modèles animaux ont confirmé que le paraquat peut induire des symptômes parkinsoniens. « Nous sommes désormais convaincus que le paraquat peut provoquer la maladie de Parkinson », affirme le Dr Ritz.

Des analyses complémentaires portant sur des centaines de pesticides ont identifié plus d’une dizaine de substances directement toxiques pour les neurones dopaminergiques, responsables de la production de dopamine. L’équipe du Dr Ritz se penche actuellement sur les combinaisons de pesticides potentiellement les plus dangereuses.

La pollution de l’air, un facteur aggravant ?

Les recherches plus récentes du Dr Ritz explorent également le rôle de la pollution atmosphérique. Similairement aux pesticides, des liens ont été établis entre l’augmentation du risque de la maladie et l’exposition à des polluants liés au trafic routier, tels que le monoxyde de carbone et les particules fines.

La pollution de l’air, riche en métaux, est connue pour provoquer une inflammation généralisée, un phénomène impliqué dans le dysfonctionnement immunitaire qui contribue au développement de la maladie de Parkinson. Une autre connexion potentielle passe par le nez : la majorité des personnes atteintes de Parkinson perdent leur sens de l’odorat avant le diagnostic.

Le Dr Ritz avance l’hypothèse que les nanoparticules présentes dans la pollution pourraient traverser l’épithélium nasal, atteindre le bulbe olfactif, puis migrer vers le cerveau, contribuant ainsi au déclenchement de la maladie. Cependant, elle souligne la complexité de l’étude des effets de la pollution atmosphérique sur les maladies neurodégénératives, compte tenu de la multiplicité des sources polluantes, des co-expositions, des comorbidités et des vulnérabilités individuelles.

Un registre pour faire avancer la science et l’engagement

Au début de ses recherches sur la maladie de Parkinson, il n’existait aucun moyen de mesurer précisément son incidence ou sa prévalence en Californie. Le Dr Ritz, soutenue par des associations de patients et des neurologues tels que le Dr Jeff M. Bronstein, a plaidé pour la création d’un registre des patients. Une loi adoptée en 2004 par l’État de Californie (financée en 2017) impose désormais aux professionnels de santé de déclarer chaque nouveau cas de Parkinson.

Dans trois comtés de la vallée centrale, près de 1 000 personnes diagnostiquées ont accepté de participer aux études de l’UCLA. Un nombre similaire de volontaires, voisins et membres de la communauté n’ayant pas la maladie, ont accepté de servir de groupe témoin.

Ce registre a rendu la recherche scientifique possible et a renforcé le sentiment d’action au sein de la communauté, qui « a l’impression de souffrir silencieusement et seule », selon le Dr Ritz. Pour tenir la communauté informée de ses contributions, son équipe adresse chaque année des cartes de Noël détaillant ses découvertes et résumant les avancées dans le domaine de la maladie de Parkinson et des soins aux patients.

Vers des changements de politique ?

Les recherches du Dr Ritz visent à passer de la simple observation d’une association entre l’exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson à l’établissement d’un lien de causalité. Elle estime que l’approfondissement des mécanismes cellulaires aidera à cet objectif, afin de « voir des empreintes d’expositions sur le corps humain ».

La question de savoir si l’établissement d’une causalité pourra entraîner des changements politiques, notamment une réduction de l’usage des pesticides dans les communautés, reste ouverte. Le Dr Ritz a souligné, dans une analyse, que la régulation des insecticides constitue une mesure rentable pour alléger le fardeau de la maladie de Parkinson. Cependant, elle note que deux voies principales semblent possibles pour une action de l’industrie : une interdiction pure et simple, un processus long et complexe auprès de l’Environmental Protection Agency (EPA), ou une action en justice.

La Californie, plus ouverte que le reste des États-Unis à la réglementation des pesticides et aux méthodes de lutte intégrée, doit néanmoins concilier les intérêts parfois divergents de l’industrie agricole et de la santé publique. Le Dr Ritz intervient d’ailleurs comme témoin expert dans plusieurs poursuites judiciaires alléguant que l’exposition au paraquat a contribué au développement de la maladie de Parkinson. Malgré son interdiction dans plus de 70 pays en raison de ses dangers pour la santé humaine, l’utilisation du paraquat, dont la résistance des mauvaises herbes aux autres herbicides a favorisé la demande, continue de faire l’objet de débats aux États-Unis.

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