Publié le 2024-05-15 12:00:00. La quête d’une meilleure santé et d’une longévité accrue, souvent associée à une consommation accrue de protéines, pourrait paradoxalement accélérer le vieillissement et accroître les risques de maladies chroniques, selon des experts en nutrition et en longévité. Une tendance qui soulève des questions sur l’équilibre alimentaire.
- Une consommation excessive de protéines, particulièrement d’origine animale, est mise en cause par des spécialistes pour son rôle potentiel dans l’accélération du vieillissement biologique.
- Aux États-Unis, certains adultes consomment jusqu’à trois fois plus de protéines que les recommandations officielles, sans que cette supplémentation soit nécessaire pour la population générale.
- L’équilibre est la clé : un apport protéique inadéquat comme un excès peuvent activer des voies métaboliques liées au vieillissement.
La culture du bien-être actuelle a fait des protéines un véritable objet d’obsession, poussant de nombreuses personnes à dépasser largement les apports journaliers recommandés. Mélanie Murphy Richter, spécialiste de la longévité et de la nutrition holistique, alerte sur cette tendance dans une interview accordée à Parade : « Dans la culture du bien-être d’aujourd’hui, les protéines sont devenues une obsession et, dans de nombreux cas, nous les avons surconsommées. »
Des données récentes indiquent que les adultes dans les pays développés dépassent fréquemment la quantité quotidienne recommandée de protéines. Aux États-Unis, par exemple, les hommes adultes âgés de 19 à 59 ans ingèrent couramment jusqu’à trois fois la quantité de protéines conseillée par les « Dietary Guidelines for Americans 2020-2025 ». Cet excédent, surtout lorsqu’il provient de sources animales telles que le bœuf, le poulet ou les œufs, pourrait s’avérer néfaste pour la santé à long terme.
Pourtant, les protéines jouent un rôle essentiel dans l’organisme. Elles sont non seulement impliquées dans la formation et la réparation des tissus, mais participent également à la synthèse d’enzymes et d’hormones, tout en soutenant le développement et le maintien de la masse musculaire.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise un apport quotidien minimum de 0,8 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel. Ce chiffre peut être ajusté en fonction de l’âge, du sexe, du niveau d’activité physique et de l’état de santé général.
À titre d’exemple, une personne pesant 70 kilogrammes devrait consommer environ 56 grammes de protéines par jour. Or, un steak de bœuf peut contenir jusqu’à 62 grammes de protéines, selon la Clinique Universidad de Navarra. Globalement, dans le cadre d’une alimentation équilibrée, il est estimé qu’entre 10 % et 35 % des calories quotidiennes devraient provenir des protéines.
La Clinique Universitaire de Navarre distingue les protéines d’origine animale (viande, volaille, poisson, produits laitiers), généralement riches en acides aminés essentiels, des protéines d’origine végétale (légumineuses comme les haricots, lentilles, pois chiches, ainsi que les noix et graines).
Le docteur Joseph Antoun, médecin et directeur exécutif de L-Nutra, explique que des études révèlent qu’un apport insuffisant en protéines peut entraîner une baisse des niveaux d’IGF-1 (facteur de croissance analogue à l’insuline 1). Cette baisse peut, paradoxalement, activer des voies métaboliques favorisant le vieillissement et affectant la masse musculaire.
« Cette voie métabolique est indispensable pendant l’enfance et l’adolescence, car elle favorise la croissance et la formation des tissus. Cependant, maintenir cette voie de croissance active tout au long de l’âge adulte, notamment entre 18 et 65 ans, accélère le vieillissement biologique au lieu de le retarder. »
Dr Joseph Antoun, médecin
Des niveaux élevés d’IGF-1 ont été corrélés à des maladies telles que le diabète de type 2 et les pathologies cardiovasculaires, associées à une espérance de vie réduite. Le docteur Antoun met en garde : stimuler constamment la croissance cellulaire au détriment de la réparation peut diminuer l’autophagie – le processus de nettoyage cellulaire essentiel à un vieillissement sain – et augmenter le risque de développer certains types de cancer.
Les experts soulignent que les besoins varient en fonction de facteurs tels que la masse musculaire, l’âge et le sexe. Pour les personnes de moins de 65 ans, le Dr Antoun recommande un apport de 0,7 à 0,8 gramme de protéines par kilo de poids corporel et par jour, en privilégiant les sources végétales. Pour les seniors, et en cas de perte de masse musculaire ou de poids, une légère augmentation de l’apport est suggérée, incluant davantage de protéines animales comme le poisson, les œufs, le fromage et les yaourts à base de lait de brebis ou de chèvre. Cependant, les deux spécialistes insistent sur le fait que l’excès comme la carence peuvent activer des voies métaboliques liées au vieillissement : l’équilibre reste donc primordial.
Les signes d’une consommation excessive de protéines peuvent inclure une indigestion, une déshydratation, des nausées, des troubles du transit intestinal, de l’irritabilité, une mauvaise haleine, une prise de poids ou de la fatigue. Ces symptômes, bien que non exhaustifs, peuvent indiquer la nécessité de réévaluer son alimentation. Un régime trop riche en protéines peut, dans les cas extrêmes, augmenter le risque de maladies coronariennes, de cancer, de diabète et de problèmes rénaux.
Atteindre un équilibre nutritionnel optimal peut s’avérer complexe, surtout pour ceux qui cherchent à éviter les troubles alimentaires ou manquent de temps pour planifier leurs repas. Dans ces situations, l’accompagnement par un nutritionniste est fortement recommandé pour une approche personnalisée et une meilleure santé sur le long terme.