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Comment Phagos prévoit de tuer les superbactéries grâce à l’IA et aux virus naturels

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Publié le 20 octobre 2025. La startup Phagos, fondée en 2021, lève 25 millions d’euros pour développer une alternative innovante aux antibiotiques grâce aux bactériophages, des virus naturels capables d’éliminer les bactéries résistantes. L’entreprise, initialement axée sur la santé animale, entend révolutionner le traitement des infections bactériennes et, à terme, s’étendre à la santé humaine.

  • Phagos utilise l’intelligence artificielle pour identifier et adapter les bactériophages (phages) aux bactéries spécifiques, offrant des « médicaments évolutifs ».
  • La résistance aux antibiotiques représente une menace croissante pour la santé humaine et animale, ainsi que pour la sécurité alimentaire mondiale.
  • Après des succès dans la santé animale, l’entreprise prépare son expansion internationale et envisage d’appliquer sa technologie à la santé humaine d’ici 2030.

Face à l’épuisement des solutions antibiotiques traditionnelles, dont aucune nouvelle classe n’a été découverte depuis quarante ans, Phagos propose une approche révolutionnaire. La société, cofondée par Alexandros Pantalis, entrepreneur spécialisé dans la technologie, et la microbiologiste Dr Adèle James, s’appuie sur le bactériophage, le « prédateur naturel des bactéries », pour contrer les infections microbiennes.

Leur vision ambitieuse est de remplacer les antibiotiques actuels par des « médicaments évolutifs », une stratégie rendue possible par l’intelligence artificielle et la biologie des phages. Cette approche de médecine de précision vise à surmonter la résistance bactérienne croissante, une problématique reconnue par l’Organisation mondiale de la santé animale comme une menace majeure.

Les infections bactériennes figurent parmi les principales causes de mortalité dans le monde. Un rapport de *The Lancet* datant de 2022 a classé ces infections au deuxième rang des causes de décès humains en 2019. L’Organisation mondiale de la santé animale anticipe, pour 2025, des pertes économiques considérables dues à la résistance aux antimicrobiens (RAM), un risque pour la sécurité alimentaire de deux milliards de personnes et des difficultés accrues dans le traitement des infections animales.

« Aucun nouveau groupe d’antibiotiques n’a été découvert depuis 40 ans maintenant. C’est normal : si on continue à utiliser la même chose pour combattre les bactéries, il y aura des résistances. Nous avons aussi besoin de médicaments qui évoluent. »

Alexandros Pantalis, cofondateur de Phagos

Les bactériophages, ou « phages », découverts il y a environ un siècle par le microbiologiste Félix d’Hérelle, sont des virus microscopiques présents partout dans l’environnement. Chaque phage est un expert, programmé pour infecter et détruire une souche bactérienne spécifique, sans affecter les cellules humaines. Cette spécificité est leur atout majeur à l’heure où la résistance aux antibiotiques s’intensifie.

« Il existe d’innombrables phages, et chacun a un rôle précis à jouer. Notre travail consiste à trouver le bon phage et à le faire correspondre à la bonne bactérie. »

Alexandros Pantalis, cofondateur de Phagos

Jusqu’à récemment, l’identification et l’application de phages adaptés étaient des processus longs et complexes. Alexandros Pantalis souligne que si la connaissance des phages remonte à plus de 100 ans, leur industrialisation à grande échelle n’était pas possible jusqu’à l’avènement des technologies actuelles.

L’entreprise a rapidement mis son approche à l’épreuve sur le terrain. Une première intervention dans un parc ostréicole breton, où une infection bactérienne décimait les élevages, a démontré le potentiel de la phagothérapie. Après avoir isolé un phage capable de cibler la bactérie incriminée, l’application de ce traitement a permis de réduire la mortalité des huîtres de 40 %. Cet essai, d’un coût modique de 2 000 €, a confirmé la viabilité de leur solution.

Phagos a depuis étendu ses recherches, passant des huîtres aux élevages de volailles et de crevettes. L’entreprise a développé Alphagos, une plateforme d’intelligence artificielle propriétaire, pour accélérer la création de sa bibliothèque de phages et l’identification des traitements les plus efficaces. Cette IA analyse l’ADN bactérien pour prédire le phage le plus adapté parmi une collection de plus de 1 000 phages, en constante évolution.

« Nous avons construit une plateforme basée sur l’IA, Alphagos, pour éviter de tester manuellement des milliers de boîtes de Pétri. Notre solution n’est pas évolutive sans cela. Notre IA lit l’ADN bactérien et prédit quel phage de notre banque de plus de 1 000 phages en constante évolution fonctionnera le mieux. »

Alexandros Pantalis, cofondateur de Phagos

Le modèle économique de Phagos repose sur des partenariats B2B avec des fermes d’élevage et des agrégateurs, afin de fournir des traitements phagiques personnalisés. Le processus implique la collecte d’échantillons bactériens, l’identification du pathogène, l’analyse de la bibliothèque de phages, puis l’utilisation d’algorithmes de séquençage et d’apprentissage profond pour prédire et tester les combinaisons les plus efficaces. Les traitements sont ensuite livrés directement aux exploitations, avec un suivi rigoureux.

Actuellement, Phagos collabore avec plusieurs producteurs de volailles en France pour lutter contre des agents pathogènes tels que E. coli, Enterocoque, Salmonella Castellii et Campylobacter coli. Plus de 11 essais sur le terrain ont été menés, traitant plus de 300 000 animaux.

Au-delà de la prévention des maladies du bétail et de la réduction de la résistance aux antibiotiques, la technologie de Phagos a un potentiel d’application dans des domaines variés, allant de l’agriculture et de la sécurité alimentaire à la médecine humaine et à la protection de l’environnement.

Le récent tour de table de série A, d’un montant de 25 millions d’euros, a été mené par CapAgro, Hoxton Ventures, CapHorn et Demeter IM. Ce financement permettra de renforcer l’équipe, de faire évoluer la plateforme d’IA et d’accélérer l’expansion internationale de Phagos en Europe, en Asie et sur le continent américain. En outre, l’entreprise a obtenu l’autorisation de l’Agence nationale du médicament vétérinaire pour commercialiser ses solutions en France, une validation officielle de sa plateforme brevetée.

Le domaine de la phagothérapie connaît une croissance rapide, avec environ 150 entreprises actives dans le monde, dont une vingtaine dédiées à la santé animale. Phagos se positionne comme un acteur majeur dans ce marché, estimé à plus de 67 milliards de dollars, en se démarquant par une approche de médecine phagique personnalisée et évolutive, par opposition aux cocktails génériques qui risquent d’induire une résistance.

« La méthode pulvériser et prier est une mauvaise idée. Vous finirez seulement par créer une résistance aux phages. Nous nous concentrons constamment sur la recherche du prochain phage efficace – et il y en a toujours un. »

Alexandros Pantalis, cofondateur de Phagos

Alors que le monde fait face à une pénurie d’antibiotiques efficaces, Phagos offre des perspectives prometteuses pour les industries de l’aquaculture, de la volaille et de l’élevage. En développant sa technologie dans le secteur animal, l’entreprise prépare le terrain pour son application future dans la santé humaine, la protection des cultures et les solutions environnementales.

À court terme, Phagos prévoit d’étendre ses activités à l’agriculture et à l’aquaculture, ainsi que de poursuivre son développement international. D’ici 2030, l’objectif est d’investir le domaine de la santé humaine, en capitalisant sur son expérience vétérinaire pour combattre les infections résistantes dans les établissements de santé. Le modèle technologique-biologique de Phagos, alliant IA et phages, promet de proposer des « médicaments qui évoluent à mesure que les bactéries évoluent », selon les mots d’Alexandros Pantalis.

« Notre mission est de mettre fin aux maladies bactériennes. »

Alexandros Pantalis, cofondateur de Phagos

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