Mémoire : Quand la génétique rencontre le mode de vie pour prévenir le déclin cognitif
Le souvenir d’une grand-mère bienveillante et les avancées scientifiques se rejoignent pour éclairer la lutte contre les troubles cognitifs. Comprendre la différence entre déclin cognitif, démence et Alzheimer, tout en explorant le rôle de la génétique et l’impact de nos choix quotidiens, s’avère crucial pour préserver notre acuité mentale.
Une grand-mère, des souvenirs, une maladie
Les récits personnels résonnent souvent avec des vérités universelles. L’auteur de ces lignes évoque avec une profonde tendresse sa grand-mère, pilier de sa famille à Trinidad, pendant que sa mère travaillait aux États-Unis pour offrir un avenir meilleur. Cette aïeule, dotée d’une sagesse puisée dans l’expérience de vie, prodiguait des conseils précieux avec une discrétion touchante. Aimée de tous, elle incarnait une présence réconfortante.
Il y a une dizaine d’années, une ombre a commencé à planer. Des signes de léger déclin cognitif sont apparus, parallèlement chez d’autres membres de sa fratrie. Progressivement, la confusion s’est installée. La grand-mère, persuadée de devoir encore partir pour Port of Spain ou une autre ville de Trinidad, préparait ses affaires. Il fallait alors lui expliquer qu’ils résidaient désormais aux États-Unis et qu’un vol serait nécessaire pour rejoindre la ville caribéenne. Parfois, elle comprenait, parfois non. L’auteur se souvient avec émotion du jour où il a dû littéralement barricader la porte pour l’empêcher de sortir, son regard triste et perdu lui brisant le cœur. Ces souvenirs, encore poignants aujourd’hui, soulignent la détresse de ces moments.
Démêler les termes : déclin cognitif, démence, Alzheimer
Face à ces manifestations, il est essentiel de distinguer les différents stades et types de troubles :
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Le déclin cognitif est un processus naturel de perte progressive des fonctions cognitives, telles que la mémoire, la réflexion et le traitement de l’information. Lorsqu’une personne se trouve dans les premières étapes de ce processus, on parle de déficit cognitif léger (DCL). Les personnes atteintes de DCL présentent un risque accru de développer une démence ou la maladie d’Alzheimer.
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La démence est un terme général désignant un syndrome qui affecte la capacité à traiter l’information. Elle peut impacter la mémoire, la planification, le jugement et le raisonnement, et entraîner des changements de personnalité. Les causes de la démence sont multiples et peuvent inclure des traumatismes crâniens, une démence vasculaire suite à des AVC, ou l’accumulation de protéines anormales dans le cerveau.
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La maladie d’Alzheimer est un type spécifique de démence, la plus fréquente chez les personnes âgées. Elle est causée par l’accumulation de plaques amyloïdes et d’enchevêtrements neurofibrillaires dans le cerveau. Bien que les symptômes puissent être reconnus, un diagnostic définitif ne peut être posé qu’après examen du tissu cérébral post-mortem.
La composante génétique : l’apolipoprotéine E (APOE)
La génétique joue un rôle indéniable dans le risque de développer des démences. L’apolipoprotéine E (APOE), une protéine impliquée dans le transport du cholestérol, possède différentes variantes (allèles) qui influencent ce risque. L’allèle APOE ε4 est reconnu comme le principal facteur de risque génétique pour la maladie d’Alzheimer à apparition tardive. Les personnes porteuses de cet allèle ont un risque accru, estimé à environ 20 % chez les plus de 55 ans et 12,9 % chez les plus de 75 ans, comparativement à celles possédant l’allèle le plus courant, APOE ε3. À l’inverse, l’allèle APOE ε2 est associé à un risque génétique plus faible.
Il est cependant crucial de noter que le port de l’allèle APOE ε4 ne garantit pas le développement d’une démence. D’autres facteurs, notamment environnementaux, modulent cette susceptibilité génétique.
Prévenir ou retarder le déclin cognitif : une approche holistique
Pour ceux qui ont des antécédents familiaux de démence, la question de la prévention ou du retardement de ces troubles est primordiale. Les bonnes nouvelles sont multiples : des actions concrètes peuvent être entreprises.
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Privilégier le rire et les interactions sociales : La recherche démontre que le rire améliore la mémoire et peut aider à prévenir ou retarder le déclin cognitif. Le soutien social et les relations interpersonnelles jouent un rôle déterminant.
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Maîtriser sa glycémie : Des niveaux de glucose élevés, même chez les personnes non diabétiques, sont un facteur de risque pour la démence. Une alimentation équilibrée, riche en aliments complets (grains entiers, fruits, légumes) et pauvre en produits transformés, contribue à un meilleur contrôle glycémique.
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Éliminer les facteurs de risque vasculaire : L’hypertension artérielle, les antécédents d’accident vasculaire cérébral ou d’insuffisance cardiaque sont associés à un risque accru de démence et de maladie d’Alzheimer, indépendamment de la présence de l’allèle APOE ε4.
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S’accorder des pauses et des loisirs : La pratique régulière d’activités de loisirs est corrélée à un risque réduit de démence et de maladie d’Alzheimer.
La génétique n’est pas une fatalité
Des études récentes confirment que même chez les individus présentant un risque génétique accru lié à l’APOE ε4, un parcours académique supérieur, des activités de loisirs stimulantes, un bon contrôle de la glycémie, la gestion des facteurs de risque vasculaire et le maintien d’une vie mentale, physique et sociale active peuvent réduire le risque associé à ces variations génétiques d’environ 40 %. En somme, le destin de la démence n’est pas scellé par notre patrimoine génétique.
Pour ceux qui souhaitent explorer plus en profondeur les tests génétiques et une approche globale pour réduire leurs facteurs de risque, des ressources et une aide personnalisée sont disponibles.