Publié le 2026-02-20 12:51:00. Au Suriname, le district de Coronie reste étonnamment épargné par les épidémies de chikungunya, un phénomène qui interroge les autorités sanitaires et met en lumière l’importance des pratiques locales de prévention.
- Le district de Coronie n’a signalé aucun cas confirmé de chikungunya lors des épidémies de 2014 et de celles actuelles (2025-2026).
- L’utilisation quotidienne de l’huile de coco, l’entretien des cours et la fumigation des coques de noix de coco pourraient jouer un rôle dans cette résistance épidémiologique.
- Cette situation souligne l’importance de la santé publique à l’échelle locale et des initiatives communautaires.
En 2014, le Suriname a été frappé par une épidémie de chikungunya, caractérisée par de fortes fièvres et des douleurs articulaires intenses, saturant les services de santé. Presque tous les districts côtiers ont été touchés, à une exception notable : Coronie. Ce district, connu pour sa production d’huile de coco, est resté à l’abri du virus. Et l’histoire se répète aujourd’hui, alors que le pays fait face à une nouvelle vague épidémique entre 2025 et 2026 : Coronie continue de ne signaler aucun cas confirmé.
Coronie se distingue par son paysage dominé par les cocotiers. L’huile de coco y est non seulement produite, mais également largement utilisée par les habitants, qui l’appliquent quotidiennement sur leur peau. Les cours des maisons y sont souvent plus propres et mieux entretenues qu’ailleurs, avec moins d’encombrement et moins d’eau stagnante – un environnement moins propice à la prolifération des moustiques Aedes aegypti, vecteurs du chikungunya.
Une tradition locale, la fumigation des coques de noix de coco, pourrait également contribuer à cette protection. La fumée dégagée par la combustion des coques est censée repousser les moustiques avant qu’ils ne puissent piquer. S’agit-il d’une simple coïncidence, ou d’une forme de prévention empirique ?
Le chikungunya est transmis par la femelle du moustique Aedes aegypti, qui se reproduit dans les eaux stagnantes à proximité des habitations. Moins de sites de reproduction signifient moins de moustiques, et donc une diminution du risque de transmission. Il ne s’agit pas de mystère, mais de biologie élémentaire.
La taille plus réduite de Coronie et sa moindre mobilité, comparées aux centres urbains comme Paramaribo, constituent également des facteurs atténuants. Moins de déplacements impliquent un risque plus faible d’introduction du virus.
Cependant, deux périodes épidémiques successives sans aucun cas confirmé à Coronie méritent une attention particulière. La réponse pourrait se trouver dans les pratiques locales. Alors que d’autres régions attendent des opérations de pulvérisation et des mesures d’urgence, Coronie semble démontrer l’efficacité d’une approche différente :
La santé publique commence à la maison, dans la cour, dans les gouttières et les récipients vides. Elle ne se limite pas à une conférence de presse ou à une réunion de crise.
Il est possible que la discipline, l’habitude et l’esprit communautaire expliquent le succès de Coronie. Peut-être devrions-nous moins chercher des solutions miracles et nous inspirer des pratiques mises en œuvre depuis des années dans ce district.
Parfois, la clé se trouve juste sous nos yeux, appuyée contre un cocotier.
John Codrington