Publié le 10 février 2026 à 01h45. L’économie cubaine a connu une contraction de près de 5 % en 2025, aggravant une crise multidimensionnelle qui se traduit par une détérioration des conditions de vie et une émigration massive, malgré les prévisions optimistes du gouvernement pour 2026.
- L’économie cubaine s’est contractée d’environ 5 % en 2025, la troisième année consécutive de baisse.
- Depuis 2020, l’île a accumulé une contraction de plus de 15 %, signe d’un modèle économique épuisé.
- La crise énergétique, la chute des revenus étrangers et l’augmentation de la pression américaine sont pointées du doigt.
La situation économique de Cuba continue de se détériorer, selon une analyse récente du Centre d’études de l’économie cubaine (CEEC), un organisme officiel dépendant de l’Université de La Havane. Le rapport révèle une contraction d’environ 5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, prolongeant une spirale négative qui dure depuis trois ans. Au total, l’économie cubaine a perdu plus de 15 % de sa substance depuis 2020, une situation que le CEEC qualifie de « stagnation structurelle » résultant d’un « modèle économique épuisé ».
Le régime cubain n’a pas encore publié de chiffres officiels définitifs pour l’année écoulée, mais le président Miguel Díaz-Canel a reconnu une baisse de 4 % au cours des trois premiers trimestres. Cet écart entre les estimations du CEEC et les déclarations gouvernementales souligne le manque de transparence dans la gestion de l’information économique, même lorsqu’elle émane de ses propres institutions. Le rapport du CEEC met en évidence une crise multiple, allant de l’effondrement du secteur énergétique à la détérioration rapide des conditions de vie de la population.
Selon le CEEC, l’absence de « réformes structurelles et macroéconomiques » substantielles est l’une des principales causes de cette situation. Bien que le gouvernement ait réussi à réduire le déficit budgétaire à des niveaux jugés « gérables », le rapport dénonce une paralysie du système économique. « La dynamique de l’économie cubaine en 2025 était cohérente avec l’utilisation d’un modèle économique épuisé et sans ressorts efficaces qui permettent de tirer des leviers pour transformer une réalité nécessitant des changements structurels », est-il écrit.
La crise énergétique est identifiée comme un facteur aggravant majeur. La production d’électricité a chuté de 13,7 % sur un an, conséquence directe du vieillissement des centrales thermoélectriques, dont beaucoup datent des années 1960 et 1970 et utilisent une technologie soviétique obsolète. L’état du Système Électrique National (SEN) est qualifié de « critique », avec des coupures de courant récurrentes qui paralysent l’activité productive et aggravent la précarité de la vie quotidienne des Cubains. Cette situation n’est pas un accident, mais le résultat de décennies de sous-investissement, de mauvaise gestion et de dépendance à des subventions extérieures qui ne se renouvellent plus.
Le CEEC estime l’inflation à 14,07 % en 2025, mais reconnaît que des « estimations non officielles plus élevées » situent l’augmentation du coût du panier de base à 70 % sur un an. L’indice des prix à la consommation a triplé entre 2021 et 2024, selon l’Office national des statistiques et de l’information (ONEI). Des experts indépendants estiment que l’inflation réelle est encore plus élevée. Le rapport souligne une « érosion cumulative du pouvoir d’achat », car les augmentations de salaires dans le secteur public ne compensent pas l’impact de l’inflation, laissant des millions de Cubains pris au piège d’une spirale de pauvreté.
Les conséquences humaines de cette crise économique sont désastreuses. Le CEEC relève une augmentation de la mortalité infantile de près de cinq points, atteignant 9,8 pour mille depuis 2020, annulant ainsi des décennies de progrès. L’exode massif de la population est encore plus révélateur : Cuba a perdu 1,5 million d’habitants en cinq ans, un phénomène migratoire sans précédent qui témoigne du rejet par les Cubains d’un modèle économique sans avenir.
Pour 2026, le CEEC anticipe un « scénario dominé par l’incertitude », exacerbé par la situation au Venezuela et les sanctions pétrolières imposées par les États-Unis, qui menacent de paralyser le pays en quelques semaines. Dans ce contexte, le centre considère comme « optimiste » la prévision gouvernementale d’une croissance de 1 % pour cette année. « Cuba traverse ce que l’on pourrait décrire comme un « moment critique », défini comme une situation d’intersection et de chevauchement de plusieurs crises : troubles sociaux, remise en question des institutions établies, effondrement de la « normalité », apparition de nouveaux sujets sociaux qui ont également un rôle politique, stagnation du modèle opérationnel précédent et débat, explicite ou non, sur le projet du pays », conclut le rapport, avec un langage académique qui dissimule à peine l’ampleur de l’échec d’un régime qui refuse de se réformer tout en plongeant sa population dans la misère.