Publié le 2025-10-29 06:53:00. La menace d’un arrêt de production chez Volkswagen, causée par une pénurie de puces Nexperia, met en lumière les nouvelles dynamiques géopolitiques qui pèsent sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce n’est plus une simple question de logistique, mais un choc technologique à coloration politique, comme l’expliquent des experts.
- La crise chez Volkswagen est le symptôme d’une interconnexion accrue entre intérêts économiques et politiques, où des tensions commerciales peuvent rapidement paralyser la production.
- La Chine utilise le contrôle des exportations comme un levier stratégique, s’appuyant sur une législation volontairement vague pour adapter ses restrictions à ses objectifs industriels et de sécurité nationale.
- Les entreprises allemandes et européennes doivent intégrer les risques géopolitiques dans leur planification, anticipant des blocages d’approvisionnement potentiels sur une large gamme de produits.
L’affaire Volkswagen, liée à une pénurie de semi-conducteurs fournis par Nexperia, entreprise sous contrôle chinois, révèle une nouvelle donne dans les relations commerciales internationales. Selon les analyses, la situation ne relève pas d’un problème logistique classique, mais d’un « choc technologique d’origine politique ». L’intervention du gouvernement néerlandais, sous pression américaine, a entraîné une réaction de Pékin sous forme de restrictions d’exportation, illustrant la rapidité avec laquelle des conflits commerciaux peuvent avoir des répercussions directes sur la production industrielle.
Les fondements de ces interdictions d’exportation s’ancrent dans la loi chinoise sur le contrôle des exportations, entrée en vigueur en décembre 2020. Cette législation, dont les contours ont été précisés au fil des années, permet à Pékin de prohiber l’exportation de biens, technologies ou services jugés contraires aux intérêts de sa sécurité nationale. La problématique pour les entreprises internationales réside dans la terminologie souvent « vague » de ces textes, laissant une marge de manœuvre importante au gouvernement pour adapter ses décisions d’un point de vue politique, rendant ainsi la prévisibilité difficile.
Ces contrôles à l’exportation s’inscrivent dans une stratégie industrielle globale de la Chine, visant à réduire ses dépendances technologiques et à consolider les étapes critiques de la chaîne de valeur sur son territoire. Cette démarche s’inscrit dans un contexte de relations tendues avec les États-Unis. Un exemple concret est l’instauration, à compter du 1er janvier 2026, d’une norme favorisant les « produits nationaux » dans les marchés publics, octroyant une réduction de prix de 20 % si les exigences sont remplies. Pour les entreprises allemandes et européennes, cela implique une vigilance accrue quant à la possibilité de voir des composants ou des technologies leur être soudainement interdits d’exportation ou de fourniture, que ce soit pour les puces, les matériaux de batterie, les machines spéciales ou les logiciels.
Face à cette conjoncture, les entreprises allemandes qui souhaitent maintenir des liens avec la Chine comme fournisseur ou site de production sont conseillées de procéder à une analyse approfondie de leurs chaînes d’approvisionnement afin d’identifier les vulnérabilités. Une diversification des sources, par exemple en recourant à des fournisseurs secondaires dans des pays tiers, est préconisée. Il est également crucial de vérifier les systèmes de conformité interne pour s’assurer du respect des contrôles à l’exportation, y compris lorsqu’on travaille avec des partenaires chinois.
Un audit de résilience juridique et contractuelle s’avère indispensable. Les contrats d’approvisionnement doivent être examinés pour déterminer comment les entreprises peuvent réagir face à des interdictions d’exportation ou des interventions gouvernementales. Les clauses de force majeure classiques pourraient se montrer insuffisantes, nécessitant des dispositions plus précises concernant les obstacles à la livraison dus à des mesures gouvernementales, incluant des obligations d’information et de notification. La veille des sanctions doit également être intégrée.
Au quotidien, les entreprises industrielles allemandes de taille moyenne opérant en Chine voient leur sensibilité aux risques géopolitiques considérablement accrue. Beaucoup adoptent désormais des stratégies de type « Chine+1 », combinant une présence locale en Chine avec des capacités additionnelles dans d’autres pays asiatiques. Loin de vouloir quitter le marché chinois, ces PME cherchent plutôt à s’y adapter, en développant par exemple la R&D locale ou en créant des coentreprises pour sécuriser l’accès aux technologies et au savoir-faire. Les maîtres mots sont « La Chine pour la Chine » ou « Localisation 3.0 ». L’heure est donc moins à un repli qu’à un réalignement stratégique, exigeant une sécurisation rigoureuse tant sur le plan juridique qu’économique.
La leçon principale à tirer de l’exemple Volkswagen est que la « conformité géopolitique » est désormais au cœur des préoccupations commerciales. Les entreprises opérant dans les chaînes d’approvisionnement mondiales doivent non seulement maîtriser les risques techniques, mais également les risques juridiques et politiques. Une approche proactive, anticipant les scénarios de rupture d’approvisionnement ou de classification de composants comme « critiques », est nécessaire. Cette prévention des risques doit être une préoccupation de la direction générale, et non pas uniquement du service juridique.
En ce qui concerne la coopération à long terme entre l’Allemagne et la Chine, les experts n’anticipent pas un désengagement, mais plutôt un réajustement. L’interdépendance économique demeure forte, mais le cadre juridique jouera un rôle prépondérant. Les entreprises européennes ne doivent pas fuir la Chine, mais l’aborder avec une vision plus réaliste, en la considérant à la fois comme un partenaire, un marché, et un acteur régulateur avec son propre agenda. Le nouveau plan quinquennal chinois sera déterminant. Des opportunités subsistent pour les entreprises européennes, notamment dans les secteurs de la fabrication moderne, de l’automatisation industrielle, de la robotique, de l’intelligence artificielle et de la transition écologique. D’autres domaines porteurs incluent l’aérospatiale, les transports, la biotechnologie, le secteur médical et la technologie de mesure de la qualité. Une bonne compréhension de ces évolutions et un positionnement adéquat permettront de prospérer, même dans un environnement géopolitique plus complexe.