Publié le 2025-10-17 04:03:00. La pièce Truman contre Israël, écrite par William Spatz, propose une confrontation fictive entre l’ancien président américain Harry Truman et la représentante Bella Abzug, explorant la relation complexe entre les États-Unis et Israël. Montée au Theatre at St. Clement’s à New York, la pièce suscite toutefois de nombreuses interrogations quant à sa pertinence historique et sa qualité dramatique.
- La pièce, se déroulant en partie en 1953 et en 1988, repose sur une rencontre imaginaire entre Truman et Abzug pour débattre de la politique américaine envers Israël, notamment l’embargo sur les armes.
- Critiquée pour sa prémisse invraisemblable et son sujet jugé fastidieux, la pièce peine à convaincre par son propos et ses dialogues.
- Malgré des performances énergiques de la part de la troupe, le texte souffre d’une exposition excessive et de références datées.
L’idée de confronter deux figures politiques de premier plan semble avoir guidé William Spatz dans l’écriture de Truman contre Israël, désormais à l’affiche hors Broadway. Le sous-titre, « Abzug et le déshabillage de Truman », promettait un affrontement percutant, mais l’exécution semble en deçà des attentes. La pièce débute en 1948, avec un soldat en plein conflit, avant de plonger le spectateur en 1988. La représentante Bella Abzug, interprétée par Helen Laser, apprend lors d’un portrait que le peintre qualifie Israël d’« État d’apartheid », déclenchant un récit sur sa rencontre supposée en 1953 avec l’ancien président Harry S. Truman (joué par Willy Falk).
Le cœur du conflit réside dans l’embargo sur les armes que Truman aurait maintenu sur Israël pendant la guerre qui a suivi sa création en 1948. Abzug et son associé Don Muller (Matt Caplan) chercheraient alors à dissuader Truman d’intenter un procès en diffamation contre un chroniqueur, en simulant le contre-interrogatoire qu’il pourrait subir, remettant en question ses motivations et l’accusant d’antisémitisme. Cette hypothèse d’une rencontre entre Truman et Abzug n’est d’ailleurs étayée par aucune trace historique.
La critique pointe du doigt la prémisse peu crédible de la pièce, ainsi qu’un sujet jugé rébarbatif, évoquant un diaporama sur des avions de combat Messerschmitt d’occasion. Truman contre Israël peinerait à animer ses personnages historiques, se reposant sur des « trumanismes » éculés, comme la célèbre phrase « si vous voulez un ami à Washington, achetez un chien ! », et des élans « abzugiens » parfois ridicules, tel un discours en yiddish. La pièce revient également sur les parcours militaires et politiques des deux personnalités, alourdissant la narration.
Sous la direction de Randy White, les acteurs livrent des performances pleines d’entrain, malgré quelques répétitions jugées insuffisantes. Helen Laser, qui a rejoint la production il y a peu, incarne avec vivacité une Bella Abzug qui rappelle l’univers de La Merveilleuse Mme Maisel. Willy Falk, présent depuis les débuts de la production, semble en revanche encore peu à l’aise dans son rôle de Truman. Mark Lotito, dans ses doubles rôles de peintre et d’Eddie Jacobson (ami de Truman), se montre « raide mais affable », tandis que Matt Caplan campe un avocat « tragiquement constipé » dont les motivations restent floues, mais qui contribue à mener la pièce à sa conclusion.
La conception scénique est saluée, avec un décor soigné de Lauren Helpern, des costumes d’époque convaincants de Sydney Gallas, un éclairage précis de Tyler Micoleau et une conception sonore naturaliste d’Elisabeth Weidner. Ces éléments contribuent à faciliter les transitions entre les différentes époques et les cadres narratifs. Il est à noter qu’une version antérieure de cette pièce avait déjà été présentée en 2018 au Greenhouse Theatre de Chicago, où William Spatz occupe le poste de directeur exécutif.