Home Divertissement Dan Jönsson : Dans l’imagination, un autre monde est possible

Dan Jönsson : Dans l’imagination, un autre monde est possible

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Publié le 24 septembre 2025. Dans un contexte mondial de plus en plus sombre, l’espace s’affirme comme une dernière utopie, un horizon où fantasmer un ordre différent. L’œuvre de Larissa Sansour, entre science-fiction et commentaire politique, explore cette aspiration à travers le prisme du conflit israélo-palestinien.

  • L’espace, dernière frontière utopique pour rêver d’un monde meilleur face aux difficultés terrestres.
  • L’artiste palestinienne Larissa Sansour utilise la science-fiction pour exprimer la perte et le désespoir liés au conflit.
  • Son travail, mêlant humour noir et visions dystopiques, invite à repenser la réalité face à l’imaginaire.

Alors que la Terre connaît des heures sombres, l’idée d’un ordre plus juste et raisonnable semble de plus en plus fantasmatique, poussant certains esprits vers le cosmos, cet espace où toutes les possibilités semblent encore ouvertes. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’œuvre de Larissa Sansour, une artiste qui emprunte volontiers les codes de la science-fiction pour décrypter les réalités politiques complexes.

Dans sa courte vidéo « A space exodus » (2009), projetée actuellement à Charlottenborg à Copenhague, une astronaute solitaire voyage dans l’immensité de l’espace. Sur l’air de « Ainsi parlait Zarathoustra » de Richard Strauss, popularisé par « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, elle pose sa fusée sur la Lune et plante le drapeau palestinien avant de poursuivre son chemin. Initialement conçue comme une installation sur le thème du « premier Palestinien sur la Lune », l’œuvre pouvait alors être interprétée comme un commentaire ironique sur la fragilité de la construction nationale palestinienne, conservant malgré tout un espoir tenace malgré les échecs diplomatiques.

« Lorsque l’astronaute de Sansour s’éloigne comme un point de plus en plus petit dans la Voie lactée, il n’est plus possible d’interpréter le film comme une ironie politique. »

Revoir cette œuvre aujourd’hui, en 2025, offre une tout autre perspective. Indépendamment de l’issue du dernier cessez-le-feu, le conflit et la destruction à Gaza ont creusé un gouffre historique. La Palestine de demain, sur laquelle il était encore possible de fantasmer en 2009, contraste violemment avec les ruines actuelles. L’éloignement progressif de l’astronaute dans la Voie lactée n’est donc plus une simple pirouette politique, mais le symbole d’une perte profonde et d’un chagrin immense.

La rétrospective « Ces moments disparaîtront aussi » (jusqu’au 15 février) de Larissa Sansour, actuellement présentée, résonne de manière particulièrement troublante avec l’actualité. Il semble de plus en plus fréquent dans l’art contemporain d’avoir recours à la science-fiction et au fantastique pour appréhender les traumatismes postcoloniaux. On retrouve cette démarche chez Inuk Silis Høegh et Asmund Mikkelsen avec leur documentation sur une armée d’invasion groenlandaise prenant le contrôle du monde dans une réalité alternative. Sur le sous-continent indien, le Népalais Subash Thebe propose des films où des voyageurs temporels corrigent l’histoire. Aux États-Unis, la vague afrofuturiste submerge l’art et la culture populaire avec des récits spéculatifs sur de futurs empires noirs.

L’histoire se trouve bouleversée, inversée. Un autre monde devient possible, du moins dans l’imaginaire. Si l’on peut parfois surinterpréter ces œuvres comme des processus politiques de deuil, il est clair avec Larissa Sansour que cette fantaisie débordante compense également une impuissance historique.

Dans « Dans le futur, ils mangeaient de la porcelaine la plus fine », un groupe de résistants archéologues exploite secrètement le sol palestinien avec des éclats de porcelaine ornée de motifs kaffiyeh, dans le but d’influencer les futurs historiens. Et dans « Nation Estate » (2012), les Palestiniens se retrouvent cantonnés dans un gratte-ciel de luxe au milieu du désert, où chaque étage porte le nom d’une ville palestinienne, et où des simulations numériques de la Mosquée al-Aqsa et du Mont des Oliviers s’affichent sur des écrans panoramiques. Il s’agit là d’une satire dystopique.

À une époque où la réalité dépasse constamment l’imagination, le concept même de réalisme semble de plus en plus flou. Le voyage de l’astronaute palestinien, loin d’être une fuite, devient une projection de nos désirs d’un ailleurs, une tentative de réécrire le destin face à une actualité implacable.

Pour en savoir plus, découvrez les écrits de Dan Jonsson et explorez le monde de l’art.

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