La disparition de l’ETA de la liste des organisations terroristes de l’Union européenne suscite une vive controverse et une profonde indignation en Espagne. L’organisation basque séparatiste ne figure plus, au moins depuis juillet 2023, sur la liste consolidée des groupes terroristes que le Conseil de l’UE réexamine semestriellement.
L’annonce a provoqué une réaction immédiate au Parlement européen, où le parti Vox a exigé des explications urgentes auprès de Bruxelles. Mais c’est surtout parmi les associations de victimes que l’inquiétude est palpable. Daniel Portero, président de Dignidad y Justicia, a exprimé son indignation, dénonçant une décision inacceptable alors que des centaines de crimes restent impunis.
« Avec 376 affaires non résolues – près de 40 % des meurtres pour lesquels aucune justice n’a été rendue aux victimes – ils retirent l’organisation terroriste ETA de la liste européenne, comme si elle n’existait plus, » a déclaré Portero. Il souligne également que plus de 30 anciens membres de l’ETA, recherchés pour des crimes potentiels, se sont réfugiés à l’étranger, notamment au Venezuela, en Argentine, au Mexique, à Cuba et à Sao Tomé.
Portero accuse le gouvernement de Pedro Sánchez d’être « pro Bildu et pro soutien aux terroristes de l’ETA », qualifiant cette situation de « honte absolue » et de « mépris total » envers les victimes. Il dénonce un « coup moral » porté aux familles endeuillées, affirmant que le gouvernement est prêt à faire d’énormes concessions – « cinq votes sanglants de Bildu » – au détriment de l’Espagne et de la mémoire des victimes. « C’est le pire gouvernement que la démocratie espagnole ait connu, le plus traître et le plus criminel que toutes les victimes du terrorisme aient pu imaginer, » a-t-il ajouté.
Le président de Dignidad y Justicia insiste sur le fait que l’ETA n’a pas été réellement dissoute en 2018. Il dénonce un accord conclu entre Bildu et le Parti socialiste, orchestré par Santos Cerdan, visant à rapprocher les prisonniers de l’ETA du Pays basque, à faciliter leur libération par le gouvernement basque et à résoudre la situation des fugitifs. « En mai 2018, il y avait 65 personnes en fuite avec des dossiers en cours. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 30. Autrement dit, plus de la moitié sont restées impunies, sans que rien ne soit éclairci, » a-t-il précisé.
Portero critique un gouvernement qu’il juge indifférent à la souffrance des 376 familles en quête de justice. « Leurs bouches sont pleines de discours sur le franquisme, mais elles ne résolvent pas le problème de rendre justice à ces familles et d’exiger que Bildu, l’ETA et tous les fugitifs clarifient les meurtres, même s’ils sont prescrits, afin que la vérité soit connue. Mais même la vérité, ce gouvernement n’est pas capable de l’exiger, » a-t-il déclaré.
Cette polémique intervient également à un moment symbolique, à l’occasion du 30e anniversaire de l’assassinat du juriste et ancien président du Tribunal constitutionnel, Francisco Tomás y Valiente, par l’ETA le 14 février 1996 dans son bureau de l’Université autonome de Madrid. Un rappel poignant que la mémoire, la justice et la vérité demeurent une dette impayée.