Publié le 2024-11-21 14:35:00. L’humoriste américain Chris Fleming captive son public par un mélange unique d’observation culturelle pointue, de performance physique débridée et d’une capacité à transformer des prémisses absurdes en moments de rire ininterrompu, comme en témoigne son récent sketch « Bitmoji Anthropology ».
- Chris Fleming se distingue par son approche singulière de l’humour, refusant de plaire à un public conventionnel.
- Son sketch « Bitmoji Anthropology » illustre sa capacité à extraire le maximum de comique d’une idée de départ, en combinant une analyse culturelle précise avec une performance physique exubérante.
- Fleming accorde une importance capitale à la clarté dans sa communication avec le public, même lorsqu’il aborde des sujets insolites.
Chris Fleming, un nom qui résonne de plus en plus dans le paysage de la comédie américaine, ne cherche pas à se conformer. Il préfère explorer des territoires inattendus, comme il l’expliquait en 2019 à WBUR :
« J’aime vraiment créer des choses que personne ne demande. Je pense que c’est une façon de créer un travail inspiré. »
Chris Fleming
Cette philosophie, inspirée par les conseils de David Bowie – « ne jamais jouer à la galerie… Ne jamais travailler pour d’autres personnes dans ce que vous faites » – se traduit par un style scénique unique, oscillant entre le « hipster androgyne » et le « clown », où la seule limite semble être celle de son propre cerveau.
Son dernier spectacle, et plus particulièrement le segment « Bitmoji Anthropology » (disponible sur YouTube), en est une parfaite illustration. Fleming y décortique l’utilisation de Bitmoji par les baby-boomers, une génération souvent perçue comme peu à l’aise avec la technologie. Il commence par observer que ces aînés, loin d’être dépassés, « perfectionnent tranquillement » leurs compétences Bitmoji « dans l’ombre ». Il illustre cette idée en mimant une sorcière remuant un chaudron, une performance physique qui déclenche un rire immédiat.
Mais ce n’est pas seulement l’absurdité de la situation qui fait mouche. Fleming excelle dans l’art de l’accumulation comique, en enchaînant les détails et les observations avec une précision chirurgicale. À 35 secondes, il représente un baby-boomer découvrant Bitmoji, déclenchant une salve de rire ininterrompue grâce à son abandon simiesque, sans prononcer un seul mot. Rick Jenkins, propriétaire du Comedy Studio sur Harvard Square et mentor de Fleming, souligne l’importance de la clarté : « grâce à la clarté avec votre public, même l’idée la plus absurde peut être accessible ». Fleming, fort d’une formation théâtrale et d’une quasi-mineure en danse, possède un arsenal d’outils pour atteindre cette clarté, allant de ses vêtements excentriques à ses mouvements de corps amplifiés.
Fleming ne se contente pas d’analyser les baby-boomers, il les comprend. Il compare leur maîtrise de Bitmoji à celle d’une scientifique étudiant une espèce inconnue :
« Depuis que Goodall est entrée dans la jungle, nous n’avons pas fait de tels progrès dans la compréhension d’une population aussi mystificante. »
Chris Fleming
Il illustre cette comparaison en imitant la démarche de Jane Goodall, ajoutant une couche supplémentaire d’humour à son analyse. Il décrypte ensuite les messages énigmatiques envoyés par les baby-boomers via Bitmoji, comme « un rendu de dessin animé bâclé d’eux explosant sur un gâteau d’anniversaire qui dit ‘Party Time’, portant un grill et un soutien-gorge en noix de coco », qu’il interprète avec un enthousiasme contagieux.
Le sketch culmine avec une scène imaginaire où tous les baby-boomers se rassemblent sur la pelouse de la Maison Blanche, brandissant leurs Bitmoji indéchiffrables. Fleming se glisse alors dans la peau d’une experte, inspirée du film Premier Contact (Arrival), pour tenter de déchiffrer leur message. Il découvre finalement qu’ils ne préparent pas une attaque, mais souhaitent simplement recommander la série Incendie de Chicago, qu’ils ont trouvée « en fait plutôt bien ». Cette conclusion inattendue, accompagnée d’une bande sonore immersive et d’effets sonores saisissants, provoque une explosion de rire dans le public.
Fleming conclut son spectacle en brisant le quatrième mur, en se détournant brusquement du public alors qu’une nouvelle ovation se lève. Il éteint la musique sur son ordinateur portable, signalant la fin de la performance. Pour lui, il n’est pas nécessaire de prolonger ce moment de clôture, même pour un tour de force de huit minutes. Après tout, comme il le dit lui-même, il ne « joue pas pour la galerie ». Il joue pour lui-même.