Publié le 2025-10-25 19:35:00. Le débat sur l’abolition du changement d’heure européen, relancé par une consultation populaire en 2018, reste en suspens faute de consensus entre les États membres. La Commission européenne, qui avait proposé d’y mettre fin, attend désormais que les pays membres parviennent à une décision commune.
- Une consultation européenne en 2018 a révélé une large majorité (84 %) en faveur de l’arrêt du changement d’heure.
- Le Parlement européen a voté en 2019 pour supprimer le changement d’heure d’ici 2021, mais la décision finale incombe aux États membres.
- L’Espagne plaide activement pour une décision rapide, tandis que d’autres pays préfèrent attendre des études d’impact supplémentaires.
Le dossier du changement d’heure, qui revient sur le devant de la scène deux fois par an, est devenu une sorte de rituel bien rodé, oscillant entre humour et lassitude lors des points de presse de la Commission européenne. Il faut dire que l’initiative européenne de 2018, une vaste consultation en ligne, avait suscité une forte mobilisation. Sur les 4,6 millions de réponses enregistrées, près de trois millions provenaient d’Allemagne, un chiffre record qui, paradoxalement, ne représentait qu’une infime fraction (moins de 1 %) des citoyens de l’Union européenne.
Fort de cet élan, le Parlement européen avait approuvé en mars 2019, à une large majorité, l’idée de supprimer le passage à l’heure d’été et à l’heure d’hiver d’ici 2021. Cependant, la Commission européenne avait subtilement déplacé la responsabilité sur les épaules des États membres, leur suggérant de trancher collectivement s’ils souhaitaient opter pour une heure d’été ou d’hiver permanente. C’est précisément cette absence de consensus entre les capitales européennes qui a conduit à l’enlisement du projet.
Afin de faciliter une décision, Apostolos Tzitzikostas, commissaire européen chargé des transports et du tourisme durables, avait annoncé en juin la commande d’une étude portant sur les conséquences juridiques et pratiques d’une telle abolition. La Commission européenne a indiqué mercredi à ORF.at que les résultats de cette étude devraient être publiés « prochainement ». Au-delà de ces analyses, la Commission réitère que « la balle est désormais dans le camp des États membres ». Ce n’est pas la première fois que la Commission appelle à l’abolition du changement d’heure ; sa proposition initiale date de 2018, mais les progrès au sein du Conseil des ministres sont restés limités depuis 2019.
Le sujet a été relancé récemment par l’Espagne. Lors de la réunion du Conseil des ministres des transports, des télécommunications et de l’énergie, Madrid a tenté d’inscrire ce point à l’ordre du jour. Cependant, une majorité d’États membres aurait préféré attendre les conclusions de l’étude de la Commission avant de poursuivre les discussions. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a exprimé clairement sa position dans une vidéo publiée sur la plateforme X : « Franchement, je n’y vois plus l’intérêt », a-t-il déclaré, rappelant que la consultation avait montré une majorité d’Européens opposés au changement d’heure. Selon lui, cette pratique ne permettrait pas de réaliser des économies d’énergie significatives et perturberait plutôt le rythme biologique des citoyens. Sanchez s’est dit déterminé à œuvrer pour une clarification de cette question au sein du Conseil, afin d’éliminer le changement d’heure d’ici 2026.
En Finlande, l’eurodéputée Anna-Maja Henriksson a également interpellé la Commission européenne, rappelant les résultats de la consultation et le vote du Parlement. « J’espère que la Commission agira le plus rapidement possible pour mettre fin aux changements d’heure frustrants et inutiles. Il est grand temps », a-t-elle écrit. Dans certaines régions de la Finlande, où le soleil se couche très tard en été et se lève tard en hiver, l’impact du changement d’heure est d’autant plus marginal.
L’Autriche, quant à elle, se prononce en faveur d’une heure d’été permanente. Une enquête réalisée en 2018 allait d’ailleurs dans ce sens auprès de la population autrichienne. De manière générale, l’indifférence semble prédominer quant à cette question, contrairement à l’Allemagne où les enquêtes annuelles soulignent une insatisfaction croissante. Selon une étude représentative de DAK-Gesundheit, une personne sur trois en Allemagne souffrirait des conséquences du changement d’heure, atteignant un niveau record depuis dix ans.
Les critiques du changement d’heure soulignent qu’au-delà des potentiels risques pour la santé, l’objectif initial d’économie d’énergie est difficilement quantifiable. L’idée était qu’en avançant l’heure au printemps, la consommation d’éclairage, et donc d’électricité, diminuerait pendant les mois les plus ensoleillés. Or, les analyses indiquent que ces effets sont, au mieux, minimes. De plus, le retour à l’heure standard en automne coïncide souvent avec le début de la « saison sombre », accentuant le sentiment que les journées raccourcissent brutalement, indépendamment de la gestion de l’heure.