Le débat fait rage au Parlement zurichois sur une nouvelle loi visant à moderniser les outils à disposition de la police, notamment en matière de surveillance et d’échange de données. Face à l’évolution des techniques utilisées par les criminels, les autorités cherchent à adapter le cadre légal pour garantir la sécurité tout en préservant les libertés individuelles.
Au cœur des discussions, la possibilité pour la police zurichoise d’échanger directement des informations avec ses homologues d’autres cantons, voire d’autres pays de l’espace Schengen. Actuellement, un cambrioleur interpellé à Zurich et se rendant en Argovie ne déclenche pas d’alerte automatique auprès des forces de l’ordre argoviennes. En revanche, si le même individu passe la frontière allemande, la police allemande est immédiatement informée par Zurich. Cette situation illustre, selon les partisans de la loi, un décalage entre la réalité du terrain et le cadre légal existant.
La nouvelle loi permettrait également à la police d’utiliser l’intelligence artificielle (IA) pour analyser de grandes quantités de données et identifier des suspects potentiels. Elle autoriserait également l’accès à des forums en ligne fermés, sous contrôle judiciaire. « Il serait absurde d’empêcher la police d’utiliser l’IA. Quiconque s’y oppose aurait empêché la police d’acheter des voitures au début du 20e siècle », a argumenté Mario Senn, député du Parti libéral-démocrate (PLD).
L’utilisation de caméras de surveillance dans l’espace public est un autre point sensible. La police pourrait surveiller le trafic routier en continu, avec transmission d’images floues en temps normal. En cas de « danger grave », elle pourrait activer la reconnaissance faciale et des plaques d’immatriculation. Cette mesure a suscité l’opposition de la gauche, qui y voit une atteinte disproportionnée à la vie privée. « Ces moyens doivent être limités au minimum absolu. Les conséquences pour les usagers innocents de la route sont importantes », a déclaré Sabine Arnold, députée des Verts.
Les opposants à la loi ont également évoqué le scandale des fiches, qui avait révélé la surveillance massive de citoyens suisses par la police fédérale entre 1945 et 1980. Ils craignent que les nouvelles technologies ne conduisent à des dérives similaires. « Avec ces méthodes, de très nombreuses personnes finissent par être ciblées par la police. Nous plaidons pour la protection des données de toutes les personnes innocentes », a insisté Sabine Arnold.
Le conseiller du gouvernement Mario Fehr a défendu fermement le projet de loi, assurant qu’il respectait l’État de droit et ne conduirait pas à une surveillance de masse. « Ma police n’est pas comme celle des États-Unis », a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’adapter les outils de la police à l’évolution des techniques criminelles. Les propositions de la gauche visant à limiter l’utilisation de l’IA et de la vidéosurveillance ont été rejetées.