Publié le 2025-10-14 06:28:00. Après quatorze ans de bataille juridique et médiatique, le bureau du médecin légiste de Philadelphie a réaffirmé sa conclusion initiale de suicide dans le cas de l’institutrice Ellen Greenberg, tuée de multiples coups de couteau en 2011. Cette décision intervient malgré une récente rétractation du pathologiste ayant pratiqué l’autopsie, et suscite la colère des parents qui dénoncent une « insulte » et une « honte ».
- Le bureau du médecin légiste de Philadelphie a conclu, dans un rapport de 32 pages, que le décès d’Ellen Greenberg était « un suicide ».
- Cette conclusion réitère celle de 2011, mais contredit la récente déclaration du pathologiste qui avait réalisé l’autopsie, lequel ne croyait plus au suicide.
- Les parents d’Ellen Greenberg dénoncent ce nouveau rapport comme une « tentative profondément erronée » de justifier une conclusion préétablie, affirmant que « la vérité ne viendra pas des forces de l’ordre de Philadelphie ».
En janvier 2011, Ellen Greenberg, 27 ans, était retrouvée sans vie dans sa cuisine, le corps portant une vingtaine de plaies de couteau et de nombreuses contusions. La conclusion initiale de suicide, rendue par le médecin légiste de la ville, avait été immédiatement contestée par ses parents, persuadés d’un meurtre. Leur combat pour faire éclater la vérité s’est étendu sur près de quinze ans, marqué par des procédures judiciaires, une pétition en ligne recueillant plus de 167 000 signatures, et une série documentaire diffusée sur Hulu, intitulée « Décès dans l’appartement 603 ».
Le nouveau rapport, émis lundi par la docteure Lindsay Simon, médecin légiste en chef de Philadelphie, s’appuie sur un examen approfondi de l’autopsie, des documents de police, de photographies, des témoignages d’experts, y compris ceux mandatés par la famille Greenberg, et même de la série documentaire. La docteure Simon a notamment souligné que, bien que la configuration des blessures soit « certes inhabituelle », Ellen Greenberg était « capable de s’infliger ces blessures ». Elle a identifié plusieurs de ces lésions comme des « blessures d’hésitation », caractéristiques de gestes auto-infligés avant une action fatale. Le rapport évoque également l’anxiété de la jeune enseignante liée à son travail, suggérant que celle-ci aurait pu agir sur ses « pensées anxieuses ».
Le fiancé de la victime, Sam Goldberg, avait découvert le corps et alerté les secours. Son rôle dans cette affaire a fait l’objet d’une enquête. Selon le rapport de la docteure Simon, il ressort que la relation entre Goldberg et Greenberg n’était pas abusive, et que l’ADN de Goldberg n’a pas été retrouvé sur le couteau utilisé. La chronologie des événements rapportée par le fiancé a été corroborée par des enregistrements téléphoniques, des messages textes, des images de surveillance et des badges d’accès. Aucune blessure défensive n’a été relevée sur le corps d’Ellen Greenberg, ni aucun signe de lutte dans l’appartement.
Malgré ces conclusions, William Trask, avocat représentant les parents de la victime, Josh et Sandee Greenberg, a vivement critiqué le rapport. Il le qualifie de « honte pour la Ville et une insulte à Ellen et à sa famille », arguant que le médecin légiste a « ignoré des preuves clés » contredisant la thèse du suicide, telles que des analyses 3D prouvant l’impossibilité pour Ellen de s’infliger toutes les blessures, des contusions inexpliquées, des images de surveillance manquantes, une serrure intacte, et des témoignages faisant état d’une relation toxique. Trask dénonce une « représentation déformée de la santé mentale d’Ellen » et une « distorsion cynique de l’anxiété ». Il affirme que, bien que la ville ait « tourné le dos à Ellen », la famille poursuivra ses démarches pour obtenir justice pour son « meurtre ».
L’affaire a connu un rebondissement en février de cette année, lorsque le bureau du médecin légiste avait accepté de réexaminer le dossier dans le cadre d’un règlement amiable suite à un procès intenté par les Greenberg contre plusieurs responsables municipaux. Ce règlement prévoyait également une compensation financière, sans que la ville de Philadelphie n’admette de responsabilité. Parallèlement, une autre action en justice avait été engagée par les Greenberg contre le Dr Marlon Osbourne, le pathologiste initial de l’autopsie. Cette procédure s’est également soldée par un accord en février, après que le Dr Osbourne eut réexaminé les preuves et déclaré par écrit que « la manière dont Ellen est décédée devrait être désignée comme autre chose que le suicide ».